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Iran : Rafsandjani joue la carte du profil bas par dépit
25.08.2009

Samedi dernier à l’occasion d’une session du Conseil de Discernement (ci-dessous), Rafsandjani qui avait pendant deux mois fustigé publiquement le Guide suprême Khamenei a changé de discours pour appeler le peuple à le suivre « au nom de l’unité du pays ! »
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Pendant près de 2 mois, en se basant sur les expertises des lobbyistes du régime, les médias occidentaux ont sans cesse parlé en long et en large de la « guerre interne au sein du régime », une guerre opposant le « modéré Rafsandjani, protecteur du réformateur Moussavi », au psychorigide « Khamenei, protecteur du populiste Ahmadinejad ». Ils se sont ainsi fourvoyés dans une théorie promue par Téhéran et ne savent que dire face à cette réconciliation plus que prévisible dont nous avions parlé sur ce site à l’occasion d’un article sur Khamenei.

Il n’y a jamais eu de guerre interne au sein de l’appareil politique du régime : un organisme plénipotentiaire, le Conseil de Discernement de l’Intérêt du régime (créé et présidé par Rafsandjani), décide de l’ensemble des politiques du régime dans tous les domaines. Dans l’intérêt du régime de paraître une démocratie, cet organisme a toujours mis en scène des querelles internes entre différentes factions soi-disant opposées. Par la suite, le régime utilise l’alternance politique entre ces courants pour remettre en cause les engagements de l’Etat iranien. C’est ainsi que le régime des mollahs gère ses relations avec l’Occident en particulier son conflit dans le dossier nucléaire depuis le début de la crise en 2003.

Gestion par alternance | Au départ, Khatami insistait sur le droit à l’enrichissement et refusait tout compromis, multipliant les provocations face à l’AIEA. C’est la politique de base du régime : provoquer pour amplifier la crise en espérant faire capituler les Occidentaux sous la menace d’une guerre touchant le Golfe Persique. Ce chantage trouve généralement sa limite face à un autre chantage : la menace des sanctions. Ainsi, après plusieurs mois d’évocation de possibles sanctions, quand les Occidentaux ont parlé d’un transfert du dossier vers le Conseil de Sécurité, Khatami a accepté un compromis en novembre 2004. Ce fut « l’accord de Paris ». Téhéran a ainsi échappé à des sanctions. Il a aussitôt imaginé comment ne pas tenir son engagement : à l’occasion de l’élection présidentielle de juin 2005, il a remplacé le soi-disant modéré Khatami par Ahmadinejad qui a immédiatement remis en cause l’accord de Paris sans soulever la moindre critique des modérés ou de leur chef Khatami. Ce dernier n’a rien dit car l’opération avait permis de revenir à la case de départ : le rétablissement du programme nucléaire, l’intransigeance d’un droit à l’enrichissement et le retour à une politique de provocations pour amplifier la crise présageant une guerre.

Enjeu régional | Téhéran accepte tous les risques et tient avec force à ce droit car il sous-entend la possibilité d’une puissance nucléaire très populaire dans la rue arabe qui rêve d’un leader pour écraser Israël ou du moins le contraindre à obéir aux Arabes. Le slogan nucléaire est un moyen sûr de s’assurer le soutien de la rue arabe pour devenir ce leader : grâce à ce slogan et l’effort pour obtenir le droit à l’enrichissement, Téhéran pourrait étendre son rôle régional au-delà du Liban ou de la bande de Gaza à l’ensemble des pays arabo-musulmans. C’est l’aboutissement des efforts entamés pour devenir le patron de la région. C’est un pari. Pour le gagner Téhéran doit continuer, s’il cède ou s’il accepte un apaisement avec les Américains alliés d’Israël : il perdra le soutien de la rue arabe et ses milices islamistes pourraient même le laisser tomber. C’est l’avenir du régime qui est en jeu.

Solution paradoxale | En 2005, Téhéran a mis en place Ahmadinejad pour aller à la confrontation pour obtenir ce droit. Malgré toutes sortes de provocations nucléaires, balistiques, militaires ou humaines, en 4 ans, Ahmadinejad n’a pas réussi à faire capituler l’Occident qui a dans le même temps renforcé ses sanctions. En 2009, Téhéran s’est retrouvé dans une situation d’urgence : il fallait un modéré pour limiter les sanctions, mais aussi un anti-modéré pour refuser tout dialogue.

De cette situation paradoxale est né le plan d’urgence pour bloquer la situation en simulant une crise interne avec un président contesté, donc non représentatif, et un remplaçant réputé modéré qui aurait pu reprendre le relais pour un compromis salvateur...

Pour le succès du projet, il aurait fallu que les Occidentaux en particulier le très démocrate Obama mordent à l’hameçon. L’appât a été la simulation d’une contestation populaire (sous-entendue démocratique) de la légitimité d’Ahmadinejad, une révolution verte !

Contretemps en chaîne | Peu avant les élections, Rafsandjani, le patron politique du régime, a écrit une lettre ouverte au Guide « pour le mettre en garde contre une tentative de fraude, afin d’éviter des rues en feu ». L’élection eut lieu. On a crié à la fraude et mis sur le pavé plusieurs milliers de manifestants habillés en vert criant des slogans en faveur de Moussavi. Les Occidentaux étaient perplexes et ils n’ont pas bougé.

Le régime a fait l’erreur d’autoriser un grand rassemblement populaire et le projet a dérapé : 3 millions d’Iraniens sont descendus dans la rue non pour soutenir Moussavi mais pour contester le régime. Obama qui avait tardé à s’exprimer sur cette révolution ovni s’est retrouvé avec un peuple en soulèvement (dont il ne soutient pas le rêve d’un Iran laïque). Le projet du Mouvement Vert des mollahs a tourné à l’échec.

Improvisations | Pour faire sortir Obama de son silence, Téhéran a improvisé en faisant scander des slogans contre le Guide, sans obtenir l’effet désiré. Enragé, Téhéran a forcé la dose : pour impliquer Obama, plusieurs personnes dont des membres du Conseil des Experts, organe chargé de destituer le Guide, ont demandé une session d’urgence pour démettre ce serviteur du régime de ses fonctions. Toujours rien. Téhéran a exploré d’autres pistes comme le procès des contestataires ou l’évocation de viol à leur encontre sans rien obtenir dans le sens d’un soutien aux contestataires qui établirait la contestation de la légitimité d’Ahmadinejad. Agacés par ces manœuvres des mollahs, tour à tour, les Etats-Unis, la France et l’ONU ont reconnu le président élu Ahmadinejad et signé l’arrêt de mort de son projet de contestation.

Dès lors, le régime a entrepris un effort nécessaire pour trouver une porte de sortie honorable à ces tentatives déstabilisatrices pour lui-même : il a d’abord nommé un nouveau chef du pouvoir judicaire pour clore le procès, puis il a formé une commission pour enquêter sur les rumeurs de viols…

Hier, le patron politique du régime Rafsandjani a officiellement classé l’affaire de la contestation du Guide. Ce n’est d’ailleurs par son premier geste en ce sens. La semaine dernière, en tant que président du Conseil des Experts, il avait ajourné toutes les sessions de ce conseil pendant un mois pour calmer définitivement le jeu.

D’autres décisions ont été prises dans la foulée : les premières déclarations du gouvernement qui insiste sur sa volonté de coopérer avec l’AIEA en autorisant un renforcement de l’observation de l’usine de l’enrichissement de Natanz. Comme à chaque fois que la menace des sanctions devient plus palpable, Téhéran joue le profil bas.

En fait, il faut préciser que ce profil bas était prévu dans le plan de contestation d’Ahmadinejad. Le président affaibli devait accepter un compromis qui aurait été refusé par son challenger et le Mouvement Vert. Mais à présent, le régime accepte le profil bas sans un plan efficace pour le remettre en cause.

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| Mots Clefs | Mollahs & co : Rafsandjani |
| Mots Clefs | Mollahs & co. Militaire : Khamenei |

| Mots Clefs | Institutions : Démocratie (médiatico)-Islamique |

| Mots Clefs | Institutions : Diplomatie (des mollahs) |

| Mots Clefs | Nucléaire 2 : DROIT à l’enrichissement |
| Mots Clefs | Enjeux : Rôle régional de l’Iran |