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Iran : La partie commence maintenant !
04.07.2009

Il y a presque un mois, le régime des mollahs organisait ses élections présidentielles. L’enjeu était de placer à l’exécutif, un homme capable de repousser l’offre de dialogue d’Obama, offre qui entend engager le régime dans un processus d’apaisement contraire à sa vocation d’agitateur régional. Pour répondre à ce défi, le régime a d’abord pensé à un retour de Khatami, puis à une réélection d’Ahmadinejad avant de faire le choix d’une nouvelle révolution islamique, la vague verte, avec Moussavi dans le rôle de Khomeiny. Enjeux et détails d’un plan à haut risque pour le régime.



Election et sanctions | Le régime des mollahs a joué sa plus longue partie de poker pendant ces trois derniers mois. Il a mis tout le monde à contribution et en premier lieu les membres à vie du Conseil de Discernement du Régime, l’unique et principal centre des décisions de la république islamique d’Iran, centre qui a été créé par Khomeiny avant sa mort pour son demi-frère Rafsandjani afin qu’il préserve le régime. Téhéran a aligné face à Ahmadinejad, 3 membres à vie de ce conseil : Rezaï, Karroubi et Moussavi, tous qualifiés de modérés ! Après le suffrage, ces trois-là ainsi que Rafsandjani, le patron du régime et de ce conseil, ont contesté les résultats qui avaient été confirmés par l’Ayatollah Jannati, président du Conseil des Gardiens, lui aussi membre à vie du Conseil de Discernement.

Ces 5 personnages (Rezaï, Karroubi, Moussavi, Jannati et Rafsandjani) ont alors joué une comédie sans fin pour amplifier la crise et gonfler les rumeurs de fraude. De par le monde et surtout dans les pays européens, tous les lobbyistes du régime ont encouragé l’Europe et les Etats-Unis à prendre le parti de Moussavi afin d’aider les « modérés iraniens ».

Le régime espérait ainsi pousser Obama à prendre le parti de Moussavi, ce qui aurait été un plébiscite de la part du président américain pour ce candidat et son programme en matière nucléaire, un programme 100% identique à celui d’Ahmadinejad, c’est-à-dire le dialogue, mais à condition d’une levée de toutes les sanctions contre l’Iran.

La levée des sanctions est au centre des préoccupations des mollahs. Cela fait des années que les Américains imposent des sanctions pour faire changer l’attitude des mollahs, c’est-à-dire les forcer à devenir leurs alliés dans la région. Ceci est une nécessité pour les Etats-Unis car l’Iran est un carrefour géopolitique, un couloir d’accès vers l’Asie centrale et le régime a un fort potentiel d’agitateur qui convient à Washington pour agiter les régions musulmanes de l’ouest de la Chine et du sud de la Russie. Pour intensifier ces sanctions, Washington a eu l’idée de diaboliser au-delà du raisonnable le programme nucléaire des mollahs, le programme d’enrichissement qui piétinait depuis des années faute de technologies ou d’une fiabilité politique qui inciterait la Russie ou la Chine à prendre en charge cette lacune.

Origines des sanctions | De 2003 à novembre 2007, Bush a sans cesse joué sur la menace nucléaire iranienne pour alourdir les sanctions afin d’affaiblir les mollahs et les pousser à accepter une entente. Parallèlement à ces sanctions molles destinées à affaiblir et non pas renverser les mollahs, Bush évoquait très régulièrement la possibilité d’un dialogue si Téhéran suspendait ses activités d’enrichissement. Finalement, Cette exigence de suspension est devenue un obstacle car pour fuir le dialogue Téhéran exigeait son abandon à travers la formule : droit à l’enrichissement, ce qui sous-entendait la fin des sanctions aussi. Bush ne pouvait pas accepter car il avait bâti sa politique iranienne sur les sanctions qui pénalisaient le maintien de l’enrichissement.

Obama, le dialogue et les sanctions | A son arrivée à la Maison-Blanche, Obama a changé d’approche en évoquant un dialogue sans condition préalable de la suspension de l’enrichissement, que l’on a qualifié de la main tendue à Téhéran, mais en fait, il renonçait à la clause de Bush sans désactiver les sanctions. Il a en fait opéré un changement cosmétique qui prive les mollahs d’une excuse facile pour se dérober au dialogue. Après ce changement tactique, il n’a cessé de les inviter à diverses conférences pour engager le dialogue et ainsi casser leur forteresse d’anti-américanisme qui est leur fonds de commerce régional.

On l’a vu au moment de l’invitation à la conférence de La Haye sur l’Afghanistan, Téhéran était gêné, ne voulait pas y aller et quand il a dû accepter suite à des médiations répétitives des alliés régionaux des Etats-Unis, son représentant a refusé jusqu’à reconnaître avoir dit bonjour aux représentants américains.

La véhémence des Américains à les forcer à dialoguer a poussé les mollahs à se lancer dans des actions anti-américaines comme la prise d’otage de Roxana Saberi où ils espéraient une intervention musclée d’Obama pour pouvoir bouder. Washington n’a rien fait de tel et réussi à faire libérer Saberi en simulant la condamnation d’un important agent financier du régime aux Etats-Unis.

Fuir le dialogue | Loin de se décourager, les Américains ont renouvelé leurs offres de dialogue et Téhéran a compris qu’il n’y avait pas d’autre issue que de trouver un moyen de désactiver les sanctions pour au moins se retrouver face à l’adversaire en position d’égalité. Ce qui a donné lieu au projet de victimisation de Moussavi qui aurait dû se solder par un soutien d’Obama à ce modéré et l’acceptation de facto de son programme qui accepte le dialogue à condition d’une levée totale de toutes les sanctions en vigueur contre Téhéran.

Le projet Moussavi a échoué car Obama n’a pas marché dans la combine et le peuple a profité de l’ouverture pour descendre dans la rue et crier son hostilité au régime dans son ensemble. Cet élément inattendu a provoqué une réaction inattendue : une scission au sein des Pasdaran. Le régime a alors reculé d’un pas avant de revenir à la charge avec une nouvelle version du projet Moussavi où au lieu de solliciter le soutien d’Obama, Moussavi nie la légitimité d’Ahmadinejad et affirme que tout éventuel dialogue, compromis et apaisement acceptés par ce dernier seront à ses yeux illégitimes et sans valeur, ce qui bloquera tout dialogue avec l’Iran pendant 4 ans.

Renforcer Moussavi | Cette annonce de Moussavi fut une douche froide pour les Occidentaux qui avaient marché dans la combine et avaient contribué à façonner cette idole ! Leur silence gêné a encouragé Téhéran à aller au-delà en évoquant une possible condamnation de Moussavi à 10 ans de prison ferme pour en faire un Mandela iranien, « hostile » (à vie) à « tout compromis anti-national signé par un gouvernement de Coup d’Etat sans légitimité populaire ou démocratique ».

Pour appuyer ce projet, le régime a réactivé tous ses agents à travers le monde avec un seul mot d’ordre : employer de manière redondante l’expression de « Coup d’Etat » pour désigner la situation et le mot « Putschistes » pour désigner Ahmadinejad et ses ministres. L’annonce de l’arrestation possible de Moussavi et l’avalanche de mot « Putschistes » n’ont pas déclenché de réactions attendues de la part des Occidentaux, ces derniers ont même annoncé un possible renforcement de toutes sortes de nouvelles sanctions.

Ouverture à risques | Le 1er juillet, Téhéran a décoché sa dernière flèche : il y aura trois jours de grève (retraite spirituelle autorisée par la charia) à partir de lundi en faveur de Moussavi, les 6, 7 et 8 juillet ! La nouvelle a été diffusée à une vaste échelle dès le lendemain via un blog récent qui vaut le détour [1] ! Le régime prévoit large pour mettre en place cette vague sans laquelle Moussavi ne sera jamais crédible. Nous nous retrouvons à la veille du 15 juin, quand les Iraniens ont profité d’une ouverture pour descendre massivement dans la rue et défier le régime dans son ensemble.

Le risque est grand et le régime le sait. Il a déjà mis en place des mécanismes de riposte. Marjane Satrapi a sorti dardare une nouvelle version de sa BD pour éduquer les Occidentaux afin qu’ils n’apportent pas leur soutien à une nouvelle vraie révolution, mais uniquement à Moussavi. Et pour influencer les Iraniens et les encourager à soutenir Moussavi, le régime a réveillé son agent dormant à Washington : Mohsen Sazgara, le fondateur des Pasdaran.

Il y a une semaine à peine (le 25 juin), après la fin des manifestations de la première vague des manifestations en Iran, il avait donné une interview où il ne parlait pas du tout de Moussavi, mais de la nécessité pour le peuple de garder le contrôle de la rue pour provoquer un ralliement des Pasdaran les plus croyants à leur cause. Mais quand Téhéran a décidé de miser pleinement comme dernier joker sur Moussavi, il a commencé à modifier son discours. Le 1er juillet sur CNN, il a défendu les qualités morales de Moussavi avant d’aller sur le net en T-shirt vert pour recommander aux jeunes iraniens de participer massivement à toutes les futures manifestations en leur précisant de préserver leur anonymat « en portant des masques anti-pollution ou à défaut des bandeaux verts ! » Le mot vert a été glissé timidement parmi les propositions, mais cela change tout, on peut désormais craindre un ralliement des Pasdaran à Moussavi selon un plan prédéfini.
© WWW.IRAN-RESIST.ORG

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Il y a une semaine pendant son interview où il ne parlait pas de Moussavi, Sazgara (ci-dessus) avait esquivé une question sur Ali Fazli, le haut commandant des pasdarans, qui avait refusé de tirer sur la foule. A l’époque nous avions mis cela au compte d’une volonté de discrétion, mais à la lumière de ses prestations sur Youtube, on peut envisager que ce commandant était un imprévu au plan de ralliement des pasdaran à Moussavi pour mettre en scène une nouvelle révolution islamique fidèle aux principes politiques de 1979.

Ces efforts discrets (de Sazgara) que nous avons découverts par hasard sont suspendus à un seul facteur : le peuple iranien. Il peut rester à couvert par peur du succès du plan machiavélique des mollahs. Il peut aussi descendre dans la rue pour scander des slogans non prévus dans le plan, sans porter du vert, et alors bénéficier d’un soutien imprévu de certains Pasdaran comme le commandant Fazli. C’est une occasion parfaite car pour renforcer Moussavi Téhéran doit éviter de réprimer. Le jeu est donc très ouvert.

La partie commence maintenant.


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| Mots Clefs | Résistance : Manifestations hostiles au régime |
| Mots Clefs | Résistance : Menace contre le régime |

| Mots Clefs | Institutions : Démocratie (médiatico)-islamique |
| Mots Clefs | Mollahs & co : Mir-Hossein Moussavi |
| Mots Clefs | Institutions : Pasdaran, Gardiens de la Révolution |

| Mots Clefs | Décideurs : P5+1 (les Six) |

| Mots Clefs | Enjeux : Rétablir les rel. avec les USA & Négociations directes |
| Mots Clefs | Enjeux : Sanctions unilatérales (en cours d’application ou à venir) |

[1Le créateur du blog pro-Moussavi (pro-mollahs), nous a mis en lien pour se donner une certaine respectabilité.

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