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Iran : La semaine en images n°168
08.05.2011

La semaine dernière, l’actualité iranienne était focalisée sur la fièvre de l’or. Les collaborateurs du régime achetaient de l’or sous l’effet de l’inquiétude née de la passivité affichée par les Pasdaran, les Bassidjis et les militaires lors de la contestation du régime sous la forme inédite de rassemblements mixtes et dansants célébrant des fêtes zoroastriennes interdites par le clergé. Le régime était en difficulté. Il devait regagner le soutien de ses miliciens pour empêcher les achats d’or évoquant le manque de confiance de ses collaborateurs en sa survie, une situation propice à un effondrement graduel ou soudain. Le régime a tenté de regagner le soutien de ses miliciens en les menaçant. Il a même tué trois d’entre eux pour intimider les autres avant de leur proposer des cadeaux de grande valeur. Mais il n’a pas réussi à les soumettre. Le régime était très en difficulté.

Une semaine après, le sujet est oublié car tous les médias iraniens parlent d’une « querelle entre Ahmadinejad et le Guide Suprême et leurs bandes respectives de miliciens pour exercer le pouvoir ». Mais cela est une ineptie car selon la constitution de la république islamique, le Guide n’a aucun pouvoir et ne décide rien. Le pouvoir est exclusivement exercé par le Conseil de Discernement de l’Intérêt du Régime (composé de 22 membres à vie) qui signe les traités, les contrats et choisit toutes les orientations et les programmes du pays dans tous les domaines. Dans ce système, les miliciens devraient déposer le Conseil de Discernement pour exercer le pouvoir, ce dont on ne parle pas.

En réalité, par la rumeur de la « Guerre des Loups », le régime a transformé les miliciens dissidents en méchants avides de pouvoir afin que le peuple ne puisse pas les considérer comme ses alliés et qu’en conséquence, il ne puisse non plus envisager un soulèvement en tablant sur leur passivité voire leur soutien. Voici les images de la construction minutieuse d’une rumeur qui tel un mur veut séparer des alliés potentiels.



Le régime avait joué le même scénario démoralisant en 2009 et en 2010 en insistant sur l’attachement des Bassidjis au Guide quand ces jeunes miliciens chargés de la lutte anti-émeute avaient refusé de participer à la répression contre le peuple lors du soulèvement de l’été 2009.

La présente mise en scène est plus élaborée (avec le sous-entendu qu’un soulèvement profiterait à une évolution vers le pire) car la situation intérieure est assez explosive en raison des difficultés économiques qui touchent toute la population après la décision du régime en janvier dernier de commencer à supprimer les subventions pour limiter ses dépenses afin de tenir sous les sanctions sans céder le moindre compromis contraire à ses intérêts.

En fait, il a lancé ce scénario dissuasif au lendemain de plusieurs annonces évoquant un durcissement de son plan de rigueur : des retards dans le paiement des prochaines mensualités des allocations remplaçant les subventions, la suppression de l’allocation spéciale pour le pain et la promesse de nouvelles hausses au cours de l’été.

On ne peut cependant pas affirmer avec certitude si ce spectacle de méchanceté des Pasdaran avait été prévu dès le début dans le plan économique impopulaire du régime ou s’il s’agit d’une pièce rapportée par la faute de la passivité récente et inquiétante de ses miliciens à se mobiliser pour le défendre. Mais on peut affirmer que ce spectacle ne sera pas facile à organiser car pour cela le régime a besoin de beaucoup de figurants alors qu’il a chaque jour moins de partisans.

Comme par le passé, le régime a agi selon ses capacités. En premier pour agiter les esprits, il a évoqué une mésentente entre Ahmadinejad et le guide à propos d’un ministre. Puis, il a caché Ahmadinejad aux alentours du mercredi 27 avril tout en évoquant une absence de plus de 10 jours ! Les médias officiels ont créé une « affaire Ahmadinejad » en citant des confidences faisant état de la colère d’Ahmadinejad face à l’ingratitude du Guide à son égard. Le projet était lancé.

Le samedi 30 avril, deux jours après ce méga lancement avec très peu de moyens, le régime a ajouté une couche avec l’entrée en scène de Rahim-Mashaï, le prototype de miliciens pro-Ahmadinejad, pour une multi célébration d’un fait non-islamique : l’attachement l’identité iranienne du golfe Persique !
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L’après-midi du même jour, le régime a fait entrer en scène des jeunes typés (étudiants islamistes étrangers venus en autocars depuis Qom) avec des portraits du Guide pour manifester en faveur des « frères chiites de Bahreïn ».
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Ainsi, le samedi 30 avril, premier jour de la semaine en Iran, le régime avait déjà planté son décor avec deux camps et mis en scène les personnages. Il a alors sorti Ahmadinejad de l’ombre au prétexte de participer au conseil des ministres qui devait avoir lieu le dimanche 1er mai.
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A cette occasion, Ahmadinejad a nié l’existence d’une querelle avec le Guide, il est allé lui baiser la main et il a parlé de « 10 jours de vacances bien mérités après 6 années de dur labeur. »

Pour notre part, nous pensons que le régime a profité de ce repos prévu au scénario pour botoxer Ahmadinejad afin de le rendre moins ridé pour qu’il puisse incarner le loup en chef qui veut dévorer le pouvoir. Mais le botox a seulement figé ce laideron.
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Quoi qu’il en soit (botox ou pas botox), le dimanche 1er mai, lors du conseil des ministres, Ahmadinejad a chassé de la pièce le ministre soi-disant protégé par le Guide. Ce coup de théâtre a relancé l’affaire en laissant entrevoir une impossible réconciliation. D’autres personnages, des mollahs ou des miliciens (souvent anonymes) sont alors entrés en scène pour défendre Ahmadinejad ou le Guide divisant ainsi par leurs confidences et déclarations les Pasdaran en deux camps liés au régime pour effacer de toutes les mémoires le souvenir de la passivité de ces derniers quand le peuple a contesté le pouvoir le mardi 15 mars, puis le samedi 2 avril en célébrant des fêtes interdites par le clergé. Le régime était alors aux anges.

Ce dimanche 1er mai, le régime voyait la vie en rose. Il venait d’inventer un joker anti-soulèvement. Désormais, il pouvait le sortir à tout moment pour court-circuiter un risque de soulèvement...

Mais ce même jour (mondialement dédié à la défense des droits des travailleurs), il a eu un événement important et inattendu : 6 ouvriers sont morts carbonisés et 7 autres ont été gravement brûlés sur l’un des chantiers du régime à Machad en raison du manque de tout dispositif anti-feu, le retard des secours, le manque d’eau (un fléau qui résulte de la vente de ce bien public aux Etats voisins du golfe Persique qui en manquent).
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Chacun a oublié le spectacle organisé par le régime en regardant les images de cet incident si emblématique de l’Iran d’aujourd’hui.

Ce dimanche 1er mai, le régime avait gagné une bataille, mais il a sans nul doute renforcé la haine du peuple en ne manifestant aucun intérêt pour ces jeunes victimes de la cupidité de ses dirigeants dont notamment le mollah Vaez Tabassi qui siège au Conseil de Discernement et dirige la ville.

Cet incident qui a perturbé les plans du régime et qui pouvait l’enquiquiner devait être oublié le plus rapidement possible : c’est pourquoi on n’a eu droit à aucune réaction de le part des soi-disant opposants comme Moussavi, Karroubi ou encore le cinéaste Panahi. Mansour Ossanlou, le syndicaliste attitré du régime et aimé des Européens, n’a également rien dit. Mais le régime lui a inventé une maladie pour expliquer son silence afin qu’il reste dans son rôle de défenseur des travailleurs iraniens.

Ce dimanche 1er mai qui avait commencé dans la joie des dirigeants a sombré dans un silence prudent. Le régime a alors mis en avant ses efforts pour la formation de chiens secouristes pour apaiser la colère provoquée par l’incendie.
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Le lendemain, le lundi 2 mai, le régime devait célébrer la mémoire d’un célèbre mollah proche de Khomeiny, l’ayatollah Mottahari, qui était le beau-père d’Ali Larijani. En fait, ce mollah a été éliminé par Rafsandjani pour renforcer son pouvoir. Ce dernier l’a oublié par la suite. Le régime célèbre sa mémoire depuis qu’Ali Larijani s’est imposé comme l’homme fort du régime face à Rafsandjani au sein du Conseil de Discernement et dirige le pays avec son frère Sadegh Larijani, le chef du pouvoir judiciaire.

Cependant si la première édition de cette commémoration en 2010 a été une source de joie pour Ali Larijani et ses frères, la présente commémoration a été bien pénible car l’événement a attiré moins de trente personnalités ainsi qu’une vingtaine d’écoliers et une trentaine de mamies sur un autre site.
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Le régime a tenté de camoufler ces faibles mobilisations car elles évoquent un effondrement persistant du nombre de ses partisans et l’absence de partisans populaires basés à Téhéran : donc une fragilité absolue du régime face à un éventuel soulèvement ou même face un rassemblement dicté par la colère.

Le mardi 3 mai, le régime devait agir au plus vite : sortir son joker pour la première fois afin de persuader le peuple que les Pasdaran sont ses ennemis donc qu’il est bien seul.

Le régime a alors évoqué la « possibilité d’un affrontement des deux camps le samedi 7 mai à l’occasion de l’organisation d’une manifestation non conforme à l’Islam par des partisans d’Ahmadinejad en mémoire de Fatima, fille de Mahomet et martyre de l’Islam ! »

Mais puisqu’il n’a pas le nombre nécessaire de partisans ou de figurants pour organiser une grande manifestation urbaine il ne pouvait forcément pas organiser un spectacle montrant l’affrontement de deux cortèges.

C’est pourquoi le régime a rusé ! Il a joué la carte du cumul en annonçant plusieurs rassemblements consécutifs autour du Guide du 4 à 7 mai. Mais cela n’a pas pu impressionner les gens tentés par la dissidence car le premier rassemblement, qui a eu lieu le mercredi 4 mai, était une rencontre avec des enseignants (attention photo truquée) et le second rassemblement qui a eu lieu le jeudi 5 mai, à l’occasion des trois jours de deuil en l’honneur de Fatemeh, s’est déroulé dans une mosquée élégante mais très petite.
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C’est pourquoi le jeudi 5 mai le régime a aussi organisé une marche funéraire en mémoire de plusieurs martyrs de la guerre Iran-Irak nés à Qom mobilisant les familles et les amis de ces martyrs soit près de 500 personnes qu’il a évidemment présenté comme ses partisans (celui du Guide dans le scénario actuel).
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Le samedi 7 mai, le régime a recommencé les mêmes manèges à Machad, mais aussi à Téhéran pour attirer la foule face à une mobilisation très faible qui rendait impossible sa fameuse confrontation destinée à persuader le peuple que les Pasdaran sont des loups avides de pouvoir et non ses alliés. Malgré un enterrement collectif de 8 martyrs à Téhéran, il n’y a pas eu le nombre nécessaire.
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De fait, il a privilégié les angles compliqués de prises de vue...
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Du fait de ce nombre insuffisant pour remplir une petite placette à Téhéran, le régime a également remplacé les images de l’affrontement annoncé par des témoignages anonymes faisant état d’« affrontements sanglants entre les Pasdaran des deux camps », une méthode de propagande que le régime a utilisée sans fin et sans succès pour promouvoir sa fausse opposition interne, le Mouvement Vert qui est aujourd’hui dans le coma.

C’est pourquoi on peut parler d’un échec monumental lors de la première tentative de propagation de la rumeur destinée à convaincre le peuple que les Pasdaran ne sont pas des dissidents bienveillants à son égard, mais des gens qui se tiennent à distance pour renverser et ravir le pouvoir aux mollahs.

En conséquence, le samedi 7 mai, dans la soirée, le régime a changé d’orientation en faisant asseoir les deux supposés ennemis, le Guide et le Président, côte à côte et souriants.
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Cependant le régime a lancé le scénario dissuasif (avec le sous-entendu qu’un soulèvement profiterait à une évolution vers le pire) parce que les Pasdaran sont effectivement des alliés potentiels du peuple depuis qu’ils sont touchés par les mêmes difficultés économiques suite à la première vague de suppression des subventions. Etant donné que d’autres suppressions de subventions sont programmées, la colère du peuple et des miliciens ne peut qu’augmenter, créant les conditions d’une unité nationale hostile au régime. C’est pourquoi ce dernier devra continuer le plan absurde qui consiste à diaboliser les Pasdaran dissidents d’où les sourires ambigus du duo vedette de la semaine.