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Iran : Le partage équitable risque de nuire à la santé des mollahs
15.01.2010

Il y a deux ans quand les sanctions américaines ont privé les mollahs des investissements étrangers, ces derniers ont décidé d’alléger leurs dépenses. Le choix a été d’éliminer progressivement les subventions mises en place depuis 30 ans pour maintenir les prix des produits de base à un niveau abordable pour les Iraniens. Conscient de l’impopularité d’une telle loi, Téhéran l’a déguisée en réforme sociale ! Adoptée le 5 janvier, puis entérinée hier par le Conseil des Gardiens comme une loi conforme à l’Islam, la loi est fin prête, reste à présent à trouver le courage de l’appliquer.



Il y a deux ans, les médias iraniens ont publié des expertises d’économistes iraniens évoquant une hausse vertigineuse de l’inflation en évoquant la « distribution inconsidérée de 110 milliards de dollars d’allocations par Ahmadinejad, le populiste ».

Or, les aides du régime ont toujours été des subventions pour maintenir les prix bas ou des coupons donnant droit à des produits (une enveloppe globale d’environ 22 milliards de dollars) ; et l’inflation présente depuis plusieurs années était en hausse suite au droit accordé par la Banque Centrale aux banques privées d’émettre leurs propres billets pour leurs clients aisés peinés par la dévaluation de la monnaie iranienne. Le régime, ses experts et ses médias mentaient.

Dans la foulée de cette fausse expertise attribuant l’inflation à des allocations qui n’existaient pas, le régime a évoqué la nécessité d’une réforme des allocations et des subventions. On a alors entendu parler du projet de loi appelé l’Objectivation des allocations qui proposait de « supprimer l’ensemble de ces 110 milliards de mauvaises aides existantes destinées aux riches comme aux pauvres pour les remplacer par 10 à 20 milliards d’allocations directes et en liquide destinées uniquement aux familles démunies ».

Les consommateurs ne sont pas bêtes : ils ont compris que le régime s’apprêtait à libérer les prix. Ils allaient perdre l’équivalent d’un certain pouvoir d’achat pour obtenir des allocations forcément insuffisantes et en plus dans une monnaie en constante dévaluation.
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La presse et les modérés que le régime met en avant n’ont alors accordé aucune tribune aux inquiétudes fondées des Iraniens qui vivent à 85% en dessous du seuil de pauvreté. Tous ces modérés sont restés dans leur rôle d’experts qui recommandent cette soi-disant réforme pour un « partage équitable des aides aux plus méritants (démunis) ».

Il y a pourtant de quoi imaginer le pire car 41% des subventions en vigueur sur 16 produits ou services de base vont à la farine destinée à la fabrication du pain qui est vendue à 1/60 de son coût de production aux artisans boulangers. On ne peut pas imaginer une suppression des subventions sans que cela touche le prix du pain, aliment par défaut des Iraniens qui n’ont pas accès à d’autres produits subventionnés comme le riz, le poulet, la viande, trop chers pour leurs revenus. Parmi les autres produits subventionnés, il y a le sucre vendu à 1/25 de son coût de production, l’électricité vendue à 1/5 de son coût de production, le gaz vendu à 1/5 de son coût de production, l’essence bien sûr (1/20 de son coût), mais aussi l’eau (1/7), le lait (1/4), le lait en poudre (1/10), les lessives (1/5), l’huile, le papier, les médicaments, les services postaux… L’inquiétude s’est renforcée quand les Iraniens ont su que le montant final de cette « allocation équitable » serait de 10 à 20 dollars par personne alors que le seuil de pauvreté dépasse les 800 dollars par mois pour une famille de 4 personnes.

Malgré tous les bruits de la rue, le régime et ses modérés ou encore les populistes ont maintenu le cap en évoquant « la défense des plus démunis » car ils avaient pleinement conscience de l’enjeu qui était de libérer les prix, ce qui permettait d’alléger les dépenses, mais aussi de compenser la perte des investissements étrangers bloqués par Washington avec la vente des produits importés par le régime à des prix supérieurs à leurs prix d’achat. Le fait que les « allocations équitables » aient un coût nul a sans doute ajouté à l’attrait de cette mesure d’urgence.

Il y a deux ans, on était au début de la perception des premiers méfaits des sanctions, le régime avait alors parlé d’une mise en application graduelle sur 5 ans. Mais la situation s’est détériorée plus vite que les mollahs ne se l’imaginaient. A présent, ils parlent d’une application plus rapide : les premières suppressions vont intervenir sur un premier panier de produits (non déterminés) dans deux mois. Puis dans moins de 12 mois, le partage équitable s’appliquera à tous les produits subventionnés (c’est-à-dire le pain) ! Les Iraniens se souviennent que sous le Chah, le prix du pain est toujours resté extrêmement bas, même au moment où la manne pétrolière a permis à ce dernier de multiplier leurs salaires par 5 !

Ils se souviennent aussi qu’avant d’arriver au pouvoir, Khomeiny et les autres mollahs leur avaient promis que « les revenus pétroliers seraient partagés équitablement pour être distribués individuellement de maison en maison ! »

Il y a beaucoup d’amertume et de colère en Iran d’avoir cru à ces mensonges diffusés en Iran via des médias pro-américains pour renverser le Chah, animé de grandes ambitions pour son peuple, afin d’installer à sa place un régime islamique pour déstabiliser l’Asie Centrale soviétique et les régions chinoises musulmanes.

Cette colère a augmenté quand il y a peu, les Américains, qui ont perdu le contrôle de ce régime en 1979 et souhaitent encore parvenir à une entente stratégique, ont affirmé qu’ils « éviteraient toutes sanctions touchant le domaine alimentaire ou énergétique afin de ne pas créer de remous sociaux susceptibles de renverser ce régime ! » Ce vœu pieu s’envole grâce aux mollahs eux-mêmes. C’est le partage équitable des malheurs.


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article complémentaire :
- Iran : Un nouveau facteur entre en jeu
- ( 15 DÉCEMBRE 2009)

| Mots Clefs | Institutions : Politique Economique des mollahs |
| Mots Clefs | Fléaux : Pauvreté (et Disparité) |
| Mots Clefs | Institutions : Démocratie Islamique |