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Iran : Obama va atteindre le seuil de l’absurdité
22.09.2009

Le président du régime des mollahs est attendu à New York en vue de faire un discours sur la paix et le respect entre les peuples pendant l’AG de l’ONU. Les Américains auraient préféré qu’il mette à profit ce séjour pour les rencontrer ce qui a été exclu par Téhéran. En réponse, les Américains ont dégainé les mêmes menaces : une possible attaque israélienne et de possibles sanctions. Ils ont néanmoins introduit en parallèle des annonces d’apaisement dont une incroyable promesse d’« abattre tout avion israélien qui survolerait l’Irak pour atteindre l’Iran ». A l’origine de cette promesse se trouve Zbigniew Brzezinski, maître à penser de la diplomatie américaine, conseiller personnel d’Obama, un homme très écouté en Iran. Cette déclaration n’a rien à voir avec Israël, mais tout avec l’Iran et la doctrine Brzezinski appliquée en Asie Centrale depuis 33 ans par les différents présidents américains.



Depuis 6 ans, c’est toujours la même rengaine, on évoque des menaces terribles et très réalistes, mais elles ne sont jamais suivies d’actes car les Etats-Unis ne veulent pas renverser les mollahs, mais leur faire très peur afin de parvenir à une entente avec eux pour accéder via l’Iran à l’Asie Centrale. Cette région intéresse les Etats-Unis car elle joue un rôle déterminant dans les économies russe et chinoise.

objectifs américains non avoués (1) | L’Asie Centrale est une région enclavée : sans accès aux océans. Pour acheminer leur gaz ou pétrole vers les clients occidentaux, les pays de l’Asie Centrale doivent faire transiter ces précieuses cargaisons par les pays voisins : la Russie, la Chine, l’Iran et l’Afghanistan. Dans ce groupe, l’Afghanistan est un poids mort car il est lui-même un Etat enclavé et qui plus est en guerre. S’il n’était pas en guerre, il pourrait servir de couloir d’accès vers l’océan en combinaison avec l’autre allié des Etats-Unis, le Pakistan. Cette paix est rendue difficile par le fait que la Russie et la Chine soutiennent (avec l’aide des mollahs) la lutte armée des Talibans pour priver les Etats-Unis de cet accès afin que la région reste à leur merci. Ainsi, la Chine et la Russie se partagent les richesses gazières de l’Asie Centrale, la première pour ses besoins industriels, la seconde pour la revendre à double prix à l’Europe. Si l’Amérique parvient à accéder à l’Asie Centrale, elle peut ralentir le développement de la Chine et diminuer les revenus de l’Etat russe. La seule possibilité pour réaliser ce double objectif est une entente avec l’Iran, le troisième trait d’union entre l’Asie Centrale et les voies maritimes.

objectifs américains non avoués (2) | Le grand problème est que Washington ne veut pas uniquement un droit de passage via l’Iran auquel cas il aurait aidé le peuple iranien à virer les mollahs, pour obtenir ce couloir en remerciement. Washington veut aussi avoir les mollahs comme alliés régionaux. Ces héritiers de Khomeiny sont adulés par les musulmans pour leur anti-sionisme, ils peuvent aider Washington à monter la ferveur islamique dans les régions musulmanes de l’Asie Centrale et ce pour encourager le séparatisme de la très riche région musulmane de la Chine : le Xinjiang. Washington pourrait ainsi porter le coup de grâce à son nouvel adversaire économique.

objectifs iraniens non avoués | En échange de cette entente qui permettra aux Etats-Unis de détruire leurs 2 adversaires, Téhéran veut l’abandon des sanctions contre le Hezbollah et l’abandon des demandes américaines de la démilitarisation de cette milice. Il y a trois ans, le Hezbollah a déclenché une guerre contre Israël. On a alors vu les alliés Arabes des Etats-Unis accusés de complaisance avec l’ennemi et en grande difficulté. Le Hezbollah est donc indispensable aux mollahs pour tenir en respect les Etats-Unis et ses alliés régionaux. C’est la garantie de sécurité des mollahs, une clause d’entente à la fois vitale et non négociable.

Ceci est évidemment incompatible avec les intérêts américains et pour faire baisser les exigences de Téhéran, Washington emploie l’intimidation des frappes ou des sanctions. Ces menaces font peur au régime car il a conscience de son impopularité et sait qu’une attaque ou une sanction trop lourde pourraient être suivies d’un soulèvement fatal. En revanche, parce que ce risque existe, Washington se garde de passer à l’action car il ne veut pas perdre ce régime qui lui semble un pion utile. Bien que le régime des mollahs ait conscience de sa valeur pour les Américains, il ne peut savoir jusqu’à quand les Américains resteront attachés à cette impossible entente alors que la prise de l’Asie Centrale devient urgente. Washington utilise ce doute pour intimider Téhéran avec des menaces aussi crédibles que possibles.

l’architecture des menaces crédibles | Sous Bush, ces menaces crédibles mais fictives étaient des rumeurs tantôt américaines, tantôt israéliennes, rarement démenties. C’est ce que l’amiral Fallon a appelé les tambours de guerre inutiles avant de démissionner.

Ces menaces n’ont rien donné car Téhéran les utilisait en même temps que la demande de la suspension de l’enrichissement pour bouder le dialogue. Obama a changé de discours afin de priver les mollahs de ces prétextes : il a renoncé à la suspension de l’enrichissement comme condition préalable et les menaces sont alors devenues exclusivement israéliennes : émises par des subalternes et démenties officiellement quelques jours par un porte-parole américain du Département d’Etat pour ne pas donner aux mollahs l’occasion de bouder. On pouvait néanmoins bien voir que Washington tirait les ficelles. Pour ne pas finir dans une position contreproductive pour le dialogue comme sous l’administration Bush, Washington a changé la forme de sa menace réaliste. La dernière version de la menace réaliste mais fictive est radicalement différente : à 99% israélienne.

Pour cette version, nous avons d’abord eu droit à une rumeur de haut niveau qu’il n’y aurait pas de frappe israélienne, puis un démenti israélien de haut niveau sur l’absence de certitude dans ce domaine, et enfin un article de Jérusalem Post évoquant une confidence d’un important personnage non officiel américain selon laquelle, Washington pourrait « abattre les chasseurs israéliens dans le ciel irakien » en cas d’une attaque non concertée.

Jérusalem Post, complice de la rumeur, précise que l’auteur des propos « n’a aucune poste à décision dans l’administration Obama », mais ce qui donne de l’intérêt à la déclaration est que tout le monde sait que cet homme a un tel rôle puisqu’il s’agit de Zbigniew Brzezinski, le concepteur des principales doctrines stratégiques appliquées par Washington depuis 33 ans.
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vers le seuil de l’absurdité | Brzezinski est le véritable chef de la diplomatie américaine depuis 33 ans, il a aussi un pied dans l’administration Obama avec des proches lieutenants comme Robert Gates, déjà présent sous la précédente administration. On le retrouve embarqué dans cette galère parce qu’il fallait un homme de poids sans qu’il s’agisse d’un officiel pour minimiser la possibilité d’une attaque afin de ne pas donner de prétexte à Téhéran de bouder... tout en lui accordant un statut privilégié pour le flatter, en échange de ses demandes sur le Hezbollah.

Avec cette dernière version de la rumeur crédible, l’on a atteint le seuil de la virtuosité mais aussi de l’absurdité la plus stérile dans la politique conçue pour arriver à une impossible entente avec les mollahs. Il n’est pas étonnant d’y voir Brzezinski embarqué personnellement dans cette galère car il en est l’architecte. L’actuelle politique des Etats-Unis vis-à-vis de l’Iran est un échec car elle est une version réactualisée de la principale doctrine de Brzezinski, la ceinture verte, qui a aussi échoué dans sa volonté d’instrumentaliser l’islam radical pour agiter les régions voisines de l’URSS et la Chine communiste afin de détruire ces deux pays.

Brzezinski a initié sa doctrine en 1977 au Pakistan avec un coup d’Etat islamiste contre le progressiste Bhutto, puis poursuivie en Iran (1978) et en Afghanistan (1979). En Iran, il a avancé l’idée d’une révolution islamique contre le Chah qui déplaisait pour son penchant pour la laïcité, ses projets d’industrialisation ou encore son refus de reconduire en 1979 le contrat pétrolier avec le consortium multinational formé des Américains, Britanniques et Français. [1] Le fait est que Brzezinski a cassé l’ordre établi dans la région, mais sa doctrine n’a pas engendré l’effet qu’il attendait. En Afghanistan, le monstre Taliban a échappé au contrôle de son créateur et en Iran, les mollahs qui n’étaient pas prévus à l’équation initiale de Brzezinski ont gardé le pouvoir qui était réservé aux islamo-nationalistes iraniens acquis aux Etats-Unis.

Malgré ces échecs, Brzezinski est resté aux affaires car il avait été très en avance sur son époque en imaginant dès le début des années 70 un extraordinaire essor économique chinois et en projetant de l’avorter de manière préventive. Mais aujourd’hui, le monstre chinois est là et Washington applique encore la doctrine préventive de Brzezinski en imaginant que la prise de l’Asie Centrale pousserait la Chine, longtemps ennemie de la Russie, à attaquer cette dernière pour s’emparer des réserves de la Sibérie : les deux s’entretuant pour le plaisir des Etats-Unis. Or, depuis que le projet a été conçu et remanié au gré des échecs, la Russie qui avait (par jalousie anti-chinoise) toujours traîné des pieds pour construire un pipeline reliant la Sibérie à la Chine, face aux efforts américains, elle a enfin changé d’avis en 2008, le tube sera opérationnel en octobre 2010.

Il serait temps d’arrêter cette doctrine défectueuse dans ses objectifs iraniens depuis 1979 et dépassée vis-à-vis de son dernier objectif sino-russe.

C’est un défi plus grand qu’une entente avec les mollahs car Brzezinski a tissé un vaste réseau de chercheurs et de politiciens (comme Gates ou Obama) qui lui doivent leur carrière et ont peur d’admettre leur erreur par la peur de perdre leurs privilèges. Comme tous les empires, l’Amérique a son point faible au cœur du dispositif qui devrait faire sa force. En attendant, ce changement salutaire pour la région, mais encore plus l’Amérique, on doit s’attendre à d’autres absurdités (demi-menaces crédibles mais éphémères), absurdités de plus en plus énormes à mesure qu’une entente devient de plus en plus improbable selon cette doctrine.


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| Mots Clefs | Histoire : Brzezinski et Carter |
| Mots Clefs | Décideurs : OBAMA |
| Mots Clefs | Enjeux : Garanties Régionales de Sécurité : le DEAL US |
| Mots Clefs | Enjeux : Apaisement |

| Mots Clefs | Enjeux : Option militaire |
| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : Israël |

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[1Révolution et pétrole | La révolution islamique a eu lieu en 1979, l’année de la fin contrat pétrolier avec le consortium multinational formé des Américains, Britanniques et Français. Le Chah avait annoncé en 1973 qu’il ne reconduirait pas ce contrat. C’est à cette époque qu’a commencé dans les 3 pays concernés par ce contrat une campagne médiatique sur les « tortures en Iran ». C’est aussi pourquoi ces 3 trois pays ont soutenu la révolution islamique. En revanche, les Allemands qui n’avaient pas de part dans le consortium, mais un rôle dans les projets industriels de l’Iran, avaient refusé ce projet qui leur avait été soumis pendant le Sommet historique de la Guadeloupe en 1979.