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Iran : Le choix de Vahidi, un acte de foi
27.08.2009

Ahmadinejad a désigné comme futur ministre de la défense un certain Ahmad Vahidi, recherché par Interpol pour un rôle actif dans l’attentat contre le centre juif argentin en 1994. L’annonce de cette nomination a déclenché une vive polémique dans les médias occidentaux, une polémique que l’on ne retrouve guère dans les médias iraniens de quelques bords qu’ils soient. Dans un contexte de critique des choix ministériels d’Ahmadinejad, ce silence laisse songeur. Il n’y a jamais de hasard en Iran, mais des stratégies. | Décodages |



Actuellement on parle beaucoup des problèmes entre le Parlement Islamique d’Iran et Ahmadinejad à propos des ministres choisis par ce dernier. Cette polémique n’a pas lieu d’être car constitutionnellement le Président et ses ministres ne sont pas des dirigeants autonomes, mais uniquement des exécutants de choix fixés par le Conseil de Discernement de l’Intérêt du Régime (CDIR), organe plénipotentiaire qui décide de l’ensemble des politiques iraniennes dans tous les domaines et il peut même légiférer en dehors de la Constitution.

Les figurants et les acteurs | Le président, ses ministres et le Parlement ne sont que des figurants. Si l’on assiste à des polémiques sur la confirmation des ministres par le « Parlement figurant », c’est parce que la direction politique du régime, c’est-à-dire le Conseil de Discernement, le veut bien. Via ce genre de polémiques absurdes mais surmédiatisées par la presse iranienne et les lobbyistes basés à l’étranger, le régime perpétue l’illusion d’une Etat pluraliste et parlementaire, ce qui sous-entend un Etat démocratique. Actuellement, les médias du régime ont décuplé d’activités dans ce domaine car le régime doit nécessairement donner d’Ahmadinejad l’image d’un dirigeant affaibli, C’est le moyen trouvé par le régime pour remettre en cause un futur compromis nucléaire cédé sous son mandat sous la pression des sanctions.

Tous les figurants du régime sont à l’œuvre pour donner l’illusion de ce manque de légitimité du président élu. Ahmadinejad nomme des ministres au profil redoutablement mauvais, le Parlement fait la moue, la presse s’en mêle et les lobbyistes du régime à l’étranger transmettent l’info sous forme d’analyse ou expertises sans jamais signaler que le vrai pouvoir est légalement entre les mains du Conseil de Discernement et ses 23 membres à vie.

Ainsi, récemment Ahmadinejad a remis le 19 août avec quelques heures de retard la liste de ses ministrables au Parlement qui a condamné avec vigueur ce retard impardonnable tout en émettant immédiatement des réserves à son encontre sans même l’avoir consulté car il supposait un choix indélicat ! Il a par la suite donné plus de détails sur ces réserves avant la décision finale attendue pour le 30 août et les médias ont alors repris le relais pour gonfler l’affaire.

Ahmad Vahidi | Sur cette liste controversée, un nom a fait sursauter les médias occidentaux le 21 août : Ahmad Vahidi nommé à la Défense, recherché par Interpol pour son rôle dans l’attentat contre Amia, le centre juif de Buenos Aires, en 1994 qui a fait 84 morts et 300 blessés. Mais le problème est que dans le cadre très précis du scénario de discrédit d’Ahmadinejad, aucun parlementaire ou média iranien n’avait à aucun moment parlé d’Ahmad Vahidi et de son passé.

Ce silence n’était pas le résultat d’une gêne ou d’un oubli car plusieurs hauts responsables du régime sont recherchés par Interpol pour cet attentat. Les n°1 et n°2 du Conseil de Discernement, Rafsandjani et Rezaï, font partie du lot. Le sujet est régulièrement évoqué sans aucun tabou dans les médias iraniens. Le silence de Téhéran était une action délibérée, une ruse.

Vahidi, un acteur discret dans l’ombre de Rafsandjani | Avant d’expliquer cette ruse, il faut exposer le vrai passé de Vahidi qui n’est pas n’importe qui. En 1989, Rafsandjani a pris le contrôle de l’Etat via un changement de la constitution qui a accordé les pleins pouvoirs au Conseil de Discernement. Il a alors entrepris la réorganisation de la défense du régime autour du terrorisme d’Etat, un sujet qu’il a maîtrisé quand il a commandité des attentats contre la France pour obtenir la restitution des avoirs d’Eurodif. Sous sa direction avisée, en 1990, le régime a réorganisé sa défense assurée jusque-là par les Pasdaran en créant au sein de cette milice et au cœur du ministère de la défense un petit organisme (de 5000 membres) exclusivement chargé de superviser des activités terroristes de déstabilisation et d’intimidation en collaboration avec le ministère des Renseignements qui est lui-même lié au ministère des affaires étrangères.

Cet organisme tentaculaire a été nommé la Brigade Qods du nom arabe de Jérusalem avec pour « mission de libérer cette ville de l’occupation sioniste ». En vérité, avec l’apport du tiers du budget total de la défense, la Brigade Qods devait placer des agents diplomates dans tous les pays jugés hostiles pour collecter des renseignements militaires et stratégiques, repérer des groupes terroristes locaux, recruter et former des candidats pour des mouvements islamiques à implanter et enfin assurer la logistique des opérations terroristes d’intimidation ou de déstabilisation menées dans ces pays via ces groupes.

Rafsandjani a confié la direction délicate de ce projet en gestation à un homme de confiance : Ahmad Vahidi, le responsable des Renseignements des Pasdaran pendant la guerre Iran-Irak quand Rafsandjani était le commandant en chef de toutes les forces armées. Vahidi l’avait assisté pour les achats d’armes dans l’affaire Iran-Gates. C’est à ce poste clef pour la survie du régime que Vahidi a supervisé l’attentat d’Amia pour intimider le président argentin et le forcer à livrer certains équipements nucléaires à l’Iran.

En 1997, il a été promu au poste de n°2 du ministère de la défense, un poste de directeur exécutif indépendant du roulement des ministres figurants. Introduit sous Khatami en 1997, le général-milicien Vahidi est resté sous Ahmadinejad et demeurera à ce poste si le « Parlement figurant » refuse sa nomination. En 1997, son mentor Rafsandjani l’a également nommé à la direction d’un nouvel organisme : la Commission Politique-Sécurité-Défense du Conseil de Discernement, dont Vahidi assure désormais la direction effective comme secrétaire permanent.
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Ahmad Vahidi & Yahya Rahim-Safavi (patron des Pasdaran de 1998 à 2007)


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Raisons profondes de la nomination de Vahidi | On peut donc parler d’un parcours brillant au regard des critères de ce régime. C’est un parcours que nul journaliste iranien ne peut ignorer. Cette nomination montre aussi l’infondé de la soi-disant querelle entre Ahmadinejad et Rafsandjani. Il y avait donc plusieurs raisons pour écrire sur le sujet. Mais personne n’a relevé son nom sur la liste des ministrables controversés. Comme nous l’avons dit plus haut, ce silence était délibéré. Téhéran a lâché le nom… pour lancer une polémique avant de riposter.

Après les protestations américaines, un responsable parlementaire, membre de la commission d’examen des compétences des ministrables, a pris la parole pour dire le plus grand bien du « parcours brillantissime d’Ahmad Vahidi, la personne la plus qualifiée pour le poste du ministre de la Défense ». Ce responsable a cependant précisé que sa nomination pourrait « donner un prétexte aux ennemis d’accabler le régime », sans pour autant évoquer un rejet (qui ne changera rien au rôle effectif joué par Vahidi au sein du régime).

En fait, Téhéran entendait rappeler à tous que la contestation feinte et utile d’Ahmadinejad ne doit en aucun cas être confondue avec une contestation du régime et de son bilan. La nomination de Vahidi a donc été un acte assumé, une mise au point, mais aussi un acte de foi envers la ligne directrice du régime définie par Rafsandjani en 1990.

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Lignes rouges | Si le régime des mollahs était cette démocratie qu’il prétend être, ces propos auraient dû déclencher une vaste polémique bien supérieure à la polémique molle lancée par les médias occidentaux à la découverte du nom de Vahidi. Mais les médias du régime n’ont rien dit car ils sont juste autorisés à médiatiser les polémiques conformes aux intérêts du régime comme le faux procès à l’encontre d’autres figurants. Sous le régime des mollahs, personne n’est jamais autorisé à commenter les mises au point, encore moins un acte de foi envers le régime et ses activités.


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