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Iran : La chute de Sahabi, la dégringolade du régime
02.06.2011

Hier, le Mouvement Vert, opposition officielle qui veut sauver la révolution islamique, d’ailleurs boycottée depuis sa création pour cette raison, vient d’annoncer l’assassinat de l’une de ses membres : Haleh Sahabi, fille d’Ezatollah Sahabi, un champion de l’islamisme en Iran. L’annonce n’a provoqué aucun rassemblement car les gens n’aiment pas ce genre de personnage et surtout parce que tout le monde croit que c’est du cinéma interne du régime car les photos de la victime, publiées sur le site du Mouvement Vert, ne montrent aucun signe d’agression. Cette femme est morte d’une cause naturelle ou tuée, pour être utilisée comme « martyr » pour un mouvement à bout de souffle. | Récit d’une dégringolade |



Le régime des mollahs est bien désemparé : il a inventé une opposition officielle remuante pour s’incruster dans toute contestation afin d’en dévoyer les vraies revendications pour empêcher toute révolution, mais le peuple ne prend pas ce machin au sérieux, pire encore il boude ses manifestations, privant le régime de pouvoir catapulter les siens à la tête de la contestation qui couve.

En réaction, le régime a inventé des récits de malheurs advenus aux partisans de cette fausse opposition, notamment les deux meneurs officiels de ce jeu : Moussavi et Karroubi, pour simuler une fracture interne. Mais le peuple n’y a pas cru car les deux hommes siègent au Conseil de Discernement, organe plénipotentiaire qui, depuis 22 ans, décide absolument tout en Iran. Le peuple ne croyait pas que l’on puisse ennuyer Moussavi et Karroubi, le régime a commencé à parler des malheurs des partisans anonymes du Mouvement Vert. Il a ainsi évoqué des viols, mais l’approche a été abandonnée car elle devenait préjudiciable au régime. Par la suite, il a évoqué des condamnations à mort pour les partisans de cette fausse opposition mais au lieu d’exécuter ses menaces, il a surtout pendu des vrais opposants, principalement des monarchistes.

Rien n’a fait bouger les Iraniens en faveur de cette fausse opposition. Ce boycott a mis en porte-à-faux les quelque 2000 animateurs du Mouvement Vert : plus de 95% d’entre eux ont lâché cette création du régime en décembre dernier. Le régime et sa fausse opposition ont alors parlé d’une seule voix d’une forte pollution pour expliquer l’absence du peuple, mais ils ont cessé d’appeler le peuple à manifester.

En février dernier, les Pasdaran ont lâché le régime en boycottant l’anniversaire de l’adhésion de l’armée à Khomeiny et puis l’anniversaire de la révolution islamique. Le régime a illico presto réactivé sa fausse opposition pour occuper le terrain et prendre la direction de la contestation à venir pour empêcher la révolution ou à défaut placer certains de ses hauts dirigeants au sein du gouvernement de transition pour qu’ils puissent sauver d’autres camarades. Il a alors fait état de pressions sur Karroubi (le modèle de victimisation des chefs), avant de mettre en avant la victimisation des membres anonymes.

Le succès n’a pas été au rendez-vous : le peuple n’a pas bougé. Il a en revanche manifesté massivement le 15 mars à l’occasion de deux évènements honnis par le régime et son opposition officielle : la fête anti islamique du Feu et l’anniversaire de la naissance d’un grand ennemi du clergé, Reza Shah. Les Pasdaran ne sont pas intervenus pour disperser les foules. On est passé de la contestation qui couve à la possibilité d’une contestation ouverte (des grèves, un soulèvement, puis une révolution). Les nantis du régime ont paniqué : ils se sont mis à acheter de l’or pour préparer leur fuite.

L’opposition officielle conçue pour occuper le terrain afin de contrôler la contestation et empêcher qu’elle se transforme en contestation ouverte était dépassée. La fausse opposition devait se taire pour ne pas encourager le soulèvement. Le régime n’avait pas prévu la situation. Il perdait l’avantage de placer des pions au sein du gouvernement transitoire pour sauver des collègues. Cela ne pouvait qu’encourager des dissidences en chaîne. Le régime a tenté d’acheter ses derniers partisans, puis il les a menacés, avant de réaliser qu’il fallait faire pression sur les Pasdaran. Mais il n’y est pas parvenu.

Il y un mois, le régime a eu l’idée de décrire les Pasdaran comme des alliés d’Ahmadinejad et partisans d’un régime islamique militariste afin que le peuple ne puisse pas les considérer comme des alliés. Mais les Pasdaran ont intensifié leur rupture en boycottant d’autres manifestations officielles pour rassurer le peuple quant à leurs intentions. Le régime s’est retrouvé avec une contestation en gestation, il devait ressusciter son joker pour avoir un pied dans la contestation pour contrôler la situation ou pour opérer des conversions de dernières minutes, mais comment faire quand on n’a aucun partisan et l’on ne mobilise personne ?

La semaine dernière, on a eu une première réponse : à un moment où l’on apprenait par hasard que le secteur pétrolier était en grève, Nasser Hejazi, un célèbre footballeur iranien admis dans un hôpital du régime pour un soudain mal au ventre trépassait d’un cancer (qu’il avait vaincu un an plus tôt) ! La fausse opposition le présentait aussitôt comme l’un de ses sympathisants avant d’appeler ses fans à manifester sous sa bannière. Elle espérait s’approprier le rassemblement en sa faveur et s’inviter dans le jeu avant l’annonce d’une grande grève !

Pour que les gens ne boycottent pas encore sa fausse opposition, le régime a sans cesse énervé les fans en autorisant puis en interdisant le rassemblement afin de pousser les gens à se rassembler envers et contre tout. Il a finalement autorisé le rassemblement dans le plus grand stade d’Iran. Mais les fans du champion ont été conscients des enjeux, ils ont hué les crieurs professionnels de slogans en faveur du Mouvement Vert avant de quitter le stade pour ne pas être récupérés par la fausse opposition du régime.

L’opération n’a non seulement pas été un succès, mais encore, elle a souligné le cynisme du régime car il n’avait pas hésité à tuer un innocent pour voler ses fans. Mais le régime ne peut pas s’attarder sur un échec. Il devait agir pour relancer sa fausse opposition. Nous avions émis l’hypothèse de la mort d’une autre célébrité populaire : Téhéran parle de la mort d’une personne connue, mais pas célèbre : Haleh Sahabi, fille et disciple d’Ezatollah Sahabi, un champion de l’islamisme en Iran.

On est loin du schéma suggéré par le cas du Footballeur Nasser Hejazi car le contexte de la semaine est différent. Il y a une semaine, le régime craignait que l’on apprenne l’existence d’une grève dans le secteur pétrolier et devait incruster les siens dans le jeu pour éviter le pire. Cette semaine, son problème n’est plus une grève qui ne s’est pas manifestée, mais une possible contestation symbolique et des slogans nocturnes hostiles ce vendredi à l’occasion de l’anniversaire de la mort de Khomeiny (le 3 juin). Téhéran devait affirmer l’islamisme de son opposition officielle, sa célébrité mourante, son martyr, devait donc être un islamiste.

La gagnante de cette loterie est Haleh Sahabi, une islamiste notoire, fille de l’un des parrains de la révolution islamique Ezatollah Sahabi (également décédé ce lundi d’un cancer dans hôpital iranien). Selon divers récits, la victime, qualifiée de « martyr », est morte d’une « crise cardiaque lors des funérailles de son père après que son visage ait violemment heurté le sol suite à une chute provoquée par des coups de poings et des coups de pieds ». Les témoins dont des proches ont parlé des « coups de pieds répétés et d’une tête ensanglantée ». Les témoins de la fausse opposition ont également évoqué l’arrestation de 30 personnes dont Habibollah Peyman, un autre parrain de la révolution islamique, certains ont déploré que le cadavre du père de la victime ait été « volé des mains de ses amis pour un enterrement sans prière donc non conforme selon le rite islamique, un fait grave » selon le frère de la victime. Le régime a de son côté parlé du « rassemblement pacifique de 600 personnes », info dénoncée comme étant mensongère pour donner de la crédibilité à l’agression.

Mais tous les témoignages sur la cause du décès sont formellement démentis par la photo de la victime prise par ses proches : le visage ne porte aucune coupure ou hématome.
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Il n’existe pas ailleurs aucune image de l’agression. En revanche, les photos officielles démentent la présence de 600 sympathisants : ils étaient une trentaine (le régime a distribué les mensonges entre les sources). On y voit aussi H. Peyman (2ème photo, l’homme moustachu en blazer).
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Sur une vidéo prise au cimetière, on voit un petit nombre et on entend aussi des prières.
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En conclusion, il y a 3 mensonges : la cause du décès, la réalité de l’agression, le nombre des participants. Nous sommes dans le cas d’une manifestation normale du Mouvement Vert.

Sur le fond, il y a la mort d’un être humain, par ailleurs un collaborateur du régime et non un opposant anonyme et fictif ou encore un vrai opposant. Nous rentrons dans le vif du sujet quand les gros poissons commencent à dévorer les petits pour survivre. Les collaborateurs qui ont le profil pour jouer le martyr vont chercher à fuir ou à nuire à leurs supérieurs. Cette radicalisation est une bonne chose pour l’effondrement du régime.


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Pour en savoir + :
- Iran : L’incroyable révolution des Pasdaran !
- (13 MAI 2011)

| Mots Clefs | Resistance : FAUSSE(s) OPPOSITION(s) |

| Mots Clefs | Réformateurs & faux dissidents : Le Mouvement Vert |

| Mots Clefs | Resistance : Boycott (du régime ou du Mouvement Vert) |

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