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Iran : Ahmadinejad, incendiaire involontaire !
27.05.2011

Lundi, Washington devait annoncer de nouvelles sanctions contre les fournisseurs de carburant aux mollahs. Pour neutraliser, l’effet démoralisant de l’annonce, les mollahs ont annoncé ce lundi l’inauguration par Ahmadinejad d’une nouvelle raffinerie capable de pourvoir aux besoins du pays en carburant alors que le régime n’avait aucun programme de ce genre en construction. La raffinerie en question a explosé pendant l’inauguration annoncée quand Ahmadinejad a appuyé sur un bouton pour démarrer son activité ! La honte ! Certains ont immédiatement évoqué l’hypothèse d’un attentat américain, mais Téhéran qui accuse régulièrement Washington pour le provoquer afin de l’amener à reculer a pris le parti d’insister sur une explosion accidentelle due à la vétusté des équipements avoisinants ou la précipitation dans l’inauguration d’un équipement non achevé. Face à cette insistance incongrue comportant un impossible aveu de l’incapacité du régime, il nous est paru utile d’envisager toutes les hypothèses et leur pertinence dans le contexte actuel pour comprendre les raisons de cette insistance du régime, mais aussi savoir s’il s’agissait plutôt d’un accident ou plutôt d’un attentat et dans ce cas, qui a plutôt été à l’origine de cette opération.



Quand il y a une explosion sur le passage d’un chef d’Etat, on n’évoque pas d’emblée la thèse de l’accident, on parle plutôt d’un attentat. On cherche à savoir à qui profite le crime. En général on soupçonne le plus important rival politique de l’homme visé ou un Etat hostile au pays qu’il dirige. Dans le cas présent, le raisonnement doit être affiné car Ahmadinejad ne dirige pas le pays et les relations avec Washington sont très complexes car il sanctionne les mollahs tout en proposant une entente.

Tout d’abord du côté iranien, selon la constitution iranienne, les pouvoirs du président se limitent à exécuter les programmes conçus par le Conseil de Discernement, véritable gouvernement du régime composé par les chefs des clans du clergé révolutionnaire de 1979. L’homme qui incarne le régime n’a en fait aucun pouvoir, c’est un acteur qui joue au président (un homme de paille) : il ne sert donc à rien pour quiconque de l’éliminer pour prendre sa place : cela élimine l’hypothèse d’un attentat organisé par un rival.

Mais dans le même temps, le rôle de l’homme de paille est d’être un fusible politique pour les vrais dirigeants du pays qui siègent au Conseil de Discernement. Le président est assis en permanence sur un siège éjectable. Son élimination est dans l’ordre des choses si le régime décidait de changer de politique face à une crise très grave. C’est le cas actuellement car le régime est contesté par le peuple et par les Pasdaran. C’est pourquoi on peut envisager l’hypothèse qu’il ait voulu faire sauter le président actuel avant la fin de son mandat (dans un an) pour le remplacer très rapidement par un modéré afin de désamorcer le processus révolutionnaire apparu avec l’adhésion des Pasdaran au peuple. Cependant, c’est une option très risquée car en attendant les élections pour installer un modéré, le choc de la mort d’un serviteur du régime peut donner lieu à une manifestation que le régime ne saurait contenir sans l’aide des Pasdaran : il se retrouverait alors avec le soulèvement qu’il veut éviter. On peut donc dire que le régime a de bonnes raisons pour éjecter Ahmadinejad, mais aussi des raisons plus pertinentes de ne pas utiliser l’option brutale d’un attentat.

Pour ce qui est de Washington, il est vu comme l’ennemi des mollahs, mais il ne l’est pas vraiment car il ne les attaque pas pour les renverser même quand ces derniers le provoquent alors qu’il en a la capacité. En fait, Washington évite toute attaque car il a besoin de ce régime islamique pour agiter l’Asie Centrale. Il préfère cependant qu’il soit dirigé par ses propres pions islamistes, c’est pourquoi il tente d’épuiser économiquement le pays pour provoquer des tensions sociales afin que la peur d’une révolution sanglante pousse les mollahs à accepter la solution douloureuse mais moins sanglante de céder le pouvoir à ses pions via une révolution de couleur.

Washington joue sur la peur d’une révolution sanglante, mais il craint lui-même cette révolution car elle renverserait le régime qu’il veut transférer à ses pions. C’est pourquoi il évite de tenir des propos amicaux vis-à-vis des opposants. On peut donc très aisément imaginer qu’il doit aussi éviter de donner l’impression qu’il soutient le peuple en attaquant le régime. On peut donc éliminer l’hypothèse d’une frappe déstabilisatrice américaine.

Il y a deux autres hypothèses : celle d’un coup des Pasdaran qui ont rompu avec le régime et l’accident dû à une avarie ou une erreur humaine.

L’hypothèse d’un coup de l’opposition interne est évidemment séduisante, mais elle représente un défaut, la quasi totalité des employés du pétrole appartiennent à la milice Bassidj qui a été le premier sous-ensemble des Pasdaran à rompre avec le régime en boycottant ses manifestations. Par la suite, ils ont encore surpris le régime en commençant les premières grèves dans ce secteur clef pour l’économie du régime. On ne pas envisager un attentat des Pasdaran dissidents contre leurs collègues du secteur pétrolier, pionniers de l’opposition au régime.

Dans ces conditions, il ne reste que l’hypothèse d’une avarie ou une erreur humaine pour l’explosion en chaîne des installations gazières quand Ahmadinejad a appuyé sur le bouton du démarrage.

Cette hypothèse est moins spectaculaire ou sensationnelle qu’un attentat, mais elle est, de notre point de vue, très intéressante car une avarie de cet ordre ne peut s’expliquer que par l’absence d’ingénieurs, de techniciens qualifiés et de pompiers spécialisés sur le site !

Autrement dit, c’est une avarie due à une grève du personnel qualifié de ce site vital pour le régime. C’est pourquoi les médias n’ont diffusé aucune image du site en feu.

Une preuve de cette hypothèse est que les médias ont en revanche parlé de l’absence du directeur du site lors de l’inauguration qui a provoqué l’explosion. Il s’est passé 48 heures avant que l’on voit une interview du directeur qui nie les rumeurs de son absence pendant l’explosion, minimise les dégâts ou le nombre des morts et insiste surtout sur la présence d’un personnel qualifié pour maîtriser un petit feu alors que les flammes montent à 20 mètres et que l’on voit très peu de gens très désorganisés dont notamment des pompiers équipés de simples extincteurs pour maîtriser un gigantesque brasier !
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En résumé, on peut dire qu’en cherchant précipitamment à évoquer une certaine autonomie en production de carburant pour neutraliser l’« annonce de possibles futures sanctions américaines » afin de rassurer ses derniers partisans, le régime a dû agir à l’aveuglette en provoquant un désastre qui révèle une grève qu’il cachait. L’absence de techniciens étrangers évoque aussi son incapacité à débourser des dollars. Téhéran a en fait montré ses faiblesses. Dès la diffusion des images des espaces vides d’ouvriers sur le site en feu, les hommes d’affaires du régime ont paniqué en se réfugiant sur les valeurs sûres, le dollar et l’or, qui ont gagné 5% en quelques heures. Le volume des achats a même été tellement élevé que la banque centrale iranienne (BCI) a évoqué la rupture de son stock de dollars ! C’est bien plus intéressant qu’une bombe car cela va littéralement mettre le feu au Bazar qui emploie 50% des Iraniens.


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article complémentaire sur les raisons de la précipitation du régime :
- Iran : Autosuffisance en essence, une intox lourde
- (11 Septembre 2010)

| Mots Clefs | Instituions : Politique Economique des mollahs |

| Mots Clefs | Enjeux : Pétrole & Gaz |

| Mots Clefs | Résistance : Menace contre le régime |

| Mots Clefs | Enjeux : Sanctions Ciblées en cours d’application |

| Mots Clefs | Institutions : Désinformation et fausses rumeurs |

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