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Iran : L’ouragan Sakineh a secoué les mollahs !
04.11.2010

L’été dernier, au moment où le Bazar, allié essentiel du régime le lâchait en faisant grève, ce dernier a parlé de son intention de lapider une certaine Sakineh pour détourner l’attention des citoyens occidentaux de la situation sociale en Iran afin qu’ils ne soutiennent pas les grévistes favorables à un changement de régime. Les Etats-Unis qui ont besoin d’un allié islamiste pour contrôler les musulmans ont vite compris l’intérêt de cette diversion médiatique et bien que Sakineh n’ait jamais avoué, ils ont commencé à dénoncer des aveux obtenus sous torture pour participer indirectement, mais très activement à cette diversion médiatique utile via Bernard-Henri Lévy. Ainsi régulièrement, à chaque fois que le régime a rencontré des problèmes intérieurs, il a mis en scène un rebondissement dans l’affaire Sakineh et aussitôt il avait droit à une apparition de BHL entouré d’une clique hétéroclite composée de ses amis et d’agents iraniens. Ce mardi, les mollahs ont eu droit à une nouvelle apparition de BHL à l’occasion d’une rumeur de pendaison imminente de Sakineh alors qu’ils n’avaient diligenté aucun rebondissement dans le feuilleton Sakineh. BHL a en fait pris la parole suite à la diffusion d’une rumeur par un membre iranien, mais pro américain, de la clique de promotion de cette affaire. Nous avons en fait assisté à une OPA américaine sur Sakineh pour gagner un nouveau moyen de pression sur Téhéran. Cela arrive à un moment où Téhéran refuse le dialogue.



Depuis son lancement pendant la première grande grève du Bazar, l’affaire Sakineh était devenue un bon indicateur d’instabilité du régime car elle apparaissait et disparaissait avec les problèmes sociaux et jamais ses animateurs mixtes (pro-américains et pro-mollahs) ne débordaient pas du sujet pour évoquer d’autres formes de violations des droits de l’homme en Iran. Le retour de Sakineh signalait juste des problèmes sociaux à camoufler et la durée de la campagne sur Sakineh informait de la durée des crises rencontrées par les mollahs.

Cette fois-ci, l’affaire n’est pas dans ce rôle précieux d’indicateur car elle n’est pas de retour sur une initiative des mollahs. Par ailleurs, ses animateurs désormais exclusivement pro-américains l’ont pour la première fois utilisée pour évoquer et condamner d’autres formes de violations des droits de l’homme en Iran. Washington est également intervenu officiellement sur le sujet. Ses alliés (Europe, Turquie, Brésil) lui ont aussi emboîté le pas en mettant en place en l’espace de quelques heures une vaste campagne médiatique avec des interventions officielles à haut niveau !

De fait, ce nouvel épisode du feuilleton Sakineh peut être considéré comme une affaire inédite de pression sur les mollahs. Le propos n’était plus de camoufler l’instabilité des mollahs, mais de les mettre sous pression. Cependant, 36 heures après la fausse rumeur et le début de la campagne, la source (américaine) qui avait été à l’origine de la rumeur a annoncé le report de la pendaison et aussitôt cette campagne téléguidée et très formatée s’est arrêtée. Washington a fait et défait une campagne très forte contre les mollahs. Il les a un peu secoués. Cela ressemble à un avertissement. Cela arrive pour des raisons très précises après trois semaines très agitées entre les deux pays.

Il y a trois semaines (le 18 octobre - 26 Mehr), les Américains ont encore une fois tenté d’attirer les mollahs dans un apaisement en les invitant à leurs discussions sur l’Afghanistan alors que ces derniers aident les Talibans notamment en leur fournissant de l’argent, une base arrière, des mines anti personnels artisanales de fabrication iranienne et des missiles portatifs russes (SAM 7). Les mollahs, qui se veulent une puissance régionale, sont allés à ce rendez-vous, mais pour répéter leur hostilité à la présence des Américains en Afghanistan. Ils n’ont pas saisi l’occasion pour se rapprocher des Américains car ils savent que ces derniers veulent une réconciliation afin de pouvoir revenir en Iran pour y tisser les réseaux nécessaires pour une révolution de couleur qui leur permettrait de placer leurs pions islamistes à la direction du régime qui inspire l’ensemble des mouvements islamistes de la planète.

A la suite de ce nouveau refus des mollahs d’accepter le dialogue, les Américains ont demandé très discrètement à leurs alliés Européens de ne plus ravitailler les avions de ligne iraniens pour leur voyage de retour en Iran. Cela n’est apparu dans aucun média occidental. Seuls, les mollahs l’ont dénoncé dans leurs médias, mais ils n’ont pas cédé aux pressions. Les Américains qui possèdent 30% du groupe pétrolier Total ont tout aussi discrètement demandé à cette compagnie de suspendre ses relations avec les mollahs. Etant donné que Total exploite des gisements iraniens et rémunère les mollahs avec 1/3 de sa production, la mesure consistait à priver l’Iran de barils dont il se sert pour produire près de 25% de ses besoins en carburant destiné à alimenter ses centrales thermiques de production d’électricité. Ainsi Washington mettait très discrètement les mollahs face à une éventuelle pénurie capable de provoquer des émeutes sanglantes afin de les inciter à accepter son offre. Mais les mollahs n’ont pas reculé car depuis deux ans à chaque fois qu’ils ont frôlé une situation de pénurie susceptible de dégénérer, Washington a autorisé ses alliés, notamment l’Inde ou la Turquie, à signer des contrats de plusieurs centaines de millions de dollars avec eux ou à investir en Iran pour alimenter les caisses et ainsi éviter une chute synonyme de la fin du régime islamique. Sur la base de ce constat de refus de la chute de la république islamique, les mollahs espèrent que les Américains, excédés par l’impossibilité d’accès à l’Asie Centrale, finiront par composer avec eux. C’est la seule possibilité pour Téhéran car il n’a en fait pas réussi à provoquer un clash pour faire capituler Washington de peur d’un conflit localisé sur le détroit d’Ormuz.

Cette nouvelle attitude des mollahs exaspère Washington car elle remet en cause leur capacité à les intimider. Washington devait montrer sa détermination sans adopter de nouvelles sanctions qui handicaperaient davantage les mollahs. Une semaine jour pour jour après la sanction de Total, la principale banque indienne et plusieurs banques turques ont suspendu leurs relations d’assistance aux investissements en Iran. Puis, le vendredi 22 et le samedi 23 octobre, les médias américains ont publié des documents compromettants à propos de l’ingérence des mollahs en Irak et en Afghanistan ! Les mollahs ont cru que Washington avait changé sa politique globale à leur égard : le 24 octobre, ils ont évoqué leurs efforts pour parvenir à un dialogue. Mais par la suite, Washington n’a pris aucune position officielle sur les révélations d’ingérence. Téhéran a alors compris qu’il s’agissait d’un bluff et le 26 octobre, il a remis en cause sa disposition au dialogue. Puis, il avait proposé un dialogue à ses conditions : la reconnaissance de son droit à l’enrichissement à des fins pacifiques et le démantèlement des arsenaux nucléaires des membres permanents du Conseil de Sécurité et d’Israël. Ce qui revient à refuser le dialogue dans l’optique de priver Washington de son accès à l’Asie Centrale pour le pousser à composer.

Washington avait alors annoncé haut et fort qu’il placerait sur sa liste noire 37 sociétés de fret maritime basées en Allemagne, à Malte ou à Chypre pour avoir collaboré avec les mollahs. L’annonce était une pure hérésie car les compagnies de fret maritime ont des bureaux ou des sociétés écran un peu partout à travers le monde. La fermeture d’un bureau ne change rien à la donne. Le régime était face à une annonce ultra médiatisée pour une sanction bidon. Etant donné que depuis plusieurs mois, il est frappé par des sanctions fortes mais discrètes, il a vu là une annonce américaine destinée à l’opinion américaine. Le régime a associé cela aux élections américaines à venir : il a compris qu’Obama tentait de convaincre les électeurs qu’il était très actif vis-à-vis de l’Iran.

Le régime a été doublement enchanté car en refusant de céder aux pressions, il avait infligé une grande défaite aux Américains et non seulement, ces derniers ne le punissaient pas, mais encore ils venaient de répondre par une mesure destinée à donner l’impression d’agir. Il y avait la peur de l’opinion, mais aussi la peur d’une nouvelle défaite pendant cette période électorale.

Le lendemain de ce constat de cette faiblesse passagère de Washington, Hillary Clinton a souhaité un bon anniversaire à Ahmadinejad en l’invitant à reprendre le dialogue ! Le régime a constaté que Washington était désespéré ! Pour tirer avantage de cette faiblesse, Téhéran s’est dit disposé à reprendre le dialogue après le 10 novembre (après les élections) et à ses conditions.

Téhéran s’est en quelque sorte invité aux élections américaines pour pousser les décideurs Américains à composer pour sauver leur président noir, presque musulman et nobélisé qui est censé séduire l’ouma et réconcilier l’Amérique avec l’Afrique pour endiguer l’avancement des Chinois sur le continent noir. Washington n’a rien dit pour éviter tout conflit avec les mollahs car sinon il devrait les sanctionner, ce qui peut les renverser. En se taisant, il a implicitement accepté les conditions de Téhéran, ce qui est contraire à ses intérêts.

Pris au piège, Washington devait trouver un moyen pour saboter le rendez-vous proposé par Téhéran. Son premier geste a été d’inviter Téhéran à accepter un dialogue constructif. En réponse, le régime a réaffirmé ses conditions par l’intermédiaire d’un conseiller d’Ahmadinejad pour obtenir une réponse à ce sujet : un OUI aurait été une victoire, un NON, une occasion pour un clash !

Washington n’a pas répondu à ce propos, mais il a alors évoqué un des cas de persécution d’iraniens convertis au christianisme, genre de violation de droit de l’homme dont il ne parle jamais car dans ce pays de bigots cela peut remettre en cause tout dialogue avec les mollahs. L’évocation de ce cas était le signal d’un sabotage pour fuir le clash juste après la défaite électorale. Téhéran a alors pris une décision incroyable : il a accepté le dialogue sans aucune condition avant l’élection pour un méga clash immédiat ! Pour faciliter la rencontre, il a même reporté le procès des Américains qu’il détient (en otage) pour provoquer des conflits avec Washington. Pragmatiquement parlant, il les garde pour plus tard.

Le soir même de cette annonce judiciaire facilitant la rencontre proposée, les Américains ont lancé indirectement la rumeur de la pendaison imminente de Sakineh avant d’intervenir officiellement et déchaîner un ouragan médiatique ! Ils l’ont arrêté le lendemain car l’objet n’était pas de rendre le régime impropre au dialogue, mais de l’intimider pour qu’il cesse de croire à ses chances.

Le choix de l’avertissement a eu l’effet inverse. En effet récemment, la Maison-Blanche avait indiqué qu’un nouvel accord sur le programme nucléaire iranien passerait par la remise du stock de 3000 kg d’uranium enrichi par l’Iran aux membres du Conseil de Sécurité : mercredi en pleine tempête, Téhéran a donné son accord pour un dialogue se portant sur la quantité initiale de 1200 kg (son stock en 2009) car Washington l’avait implicitement acceptée en mai 2010 en cautionnant l’Accord Iran-Turquie-Brésil pour engager Téhéran sur la voie de l’apaisement ! Cela s’appelle un pied de nez !

Washington devrait déchaîner à nouveau l’ouragan Sakineh [1]. Mais le peut-il ?


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en savoir plus sur cette conclusion :
- Iran : Obama va atteindre le seuil de l’absurdité
- (16 AOÛT 2010)

article complémentaire sur Sakineh :
- Iran : Lapidation et manipulations
- (16 AOÛT 2010)

| Mots Clefs | Décideurs : OBAMA |
| Mots Clefs | Enjeux : Apaisement |

| Mots Clefs | Resistance : FAUSSE(s) OPPOSITION(s) |

| Mots Clefs | Fléaux : Amputations, Lapidation, etc. |

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[1Désormais, la pauvre Sakineh est l’instrument de deux Etats cyniques assistés de gens sans vertus. Pauvre femme.

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A gauche, nous avons Mohammad Mostafaï, un soi-disant avocat chargé de médiatiser toutes les affaires de ce genre pour dissimuler d’autres faits graves ou pour promouvoir la carrière des faux opposants intérieurs. Mostafaï est un spécialiste du parjure.

A l’autre extrémité de la table se trouve Mina Ahadi, la source de la récente rumeur de pendaison imminente de Sakineh. Mina Ahadi est une (fausse) « opposante iranienne » qui aide Mohammad Mostafaï pour la promotion de ces affaires en tant que militante des droits de l’homme. Ahadi est une ex-membre de Toudeh, un parti haï par les Iraniens car il voulait livrer le pays aux Soviétiques dans les années 50 et a aidé Khomeiny en 1979. Ahadi est aujourd’hui membre d’un nouveau parti inspiré de Toudeh. Cette entité soutenue par l’Europe a pour fonction d’être l’infréquentable qui rend impossible l’unité de l’opposition en exil.

Le panel était complété au centre par Bernard-Henri Lévy, l’ami du Commandant Massoud, ce sympathique combattant de l’islam qui a appliqué la charia et ordonné des viols collectifs (sur les chiites), mais qui est exempt de toute critique car il roulait pour les Etats-Unis. Bernard-Henri Lévy est également actif pour la promotion de Moussavi, un autre islamiste au pouvoir en Iran, ainsi que de soi-disant opposants iraniens en faveur d’une république islamique démocratique.