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Iran : La grève du Bazar se radicalise (J+20)
13.10.2010

Au moment de la première grande grève du Bazar en juillet dernier, le régime qui cache ses violations des droits de l’homme a fait état d’une lapidation programmée pour détourner les attentions du Bazar qui a la possibilité de le renverser s’il parvient à maintenir une longue grève. Les Occidentaux qui répètent à volonté leur désir d’une entente avec les mollahs ont vite adopté cette manipulation médiatique : la preuve est qu’ils ne parlent jamais de la grève du Bazar, mais parlent beaucoup de l’affaire Sakineh quand le Bazar s’agite. Cela est dû au fait que les Etats-Unis ont besoin d’un allié islamiste [1] pour contrôler la rue musulmane et que les Européens ont des contrats pétroliers très avantageux en Iran. C’est pourquoi en août dernier quand le Bazar a tenté de se mettre en grève, nous avons eu droit à une grande relance de l’affaire par Téhéran et l’Occident. L’affaire qui avait fini par lasser l’opinion occidentale vient d’être relancée avec une soi-disant arrestation du fils de Sakineh car le Bazar est à nouveau en grève et au cours de la semaine dernière, le régime n’a pas réussi à casser cette grève, il a même contribué à son renforcement.



Il y a 20 jours, le jeudi 23 septembre, les négociants en or et en diamants, les négociants en tissus et les négociants en acier de plusieurs grandes villes iraniennes ont commencé une nouvelle grève. Les trois secteurs grévistes n’ont de prime abord aucun lien entre eux, mais ensemble, ils perturbent les secteurs économiques les plus décisifs du pays : la spéculation financière, mais aussi la construction ou encore que la confection et la vente de vêtements, secteurs qui fournissent des emplois précaires ou seconds jobs qui permettent à la majorité des Iraniens de survivre. Cette combinaison n’est pas fortuite, le Bazar qui est un corps social organisé a évidemment agi en connaissance du fait qu’il se mettait en situation de déstabiliser la société donc le régime.

Cette action sociale forte a démarré immédiatement après le discours onusien du régime qui en accusant les Etats-Unis de complicité dans l’attentat du 11 septembre a rendu tout dialogue impossible en confirmant son refus de tout apaisement quelles que soient les sanctions ou les offres mirobolantes d’investissements. Le Bazar qui a grandement souffert des sanctions a alors compris qu’il serait perdu avec ce régime : il lui fallait le renverser.

La solution ne pouvait être que de lancer le mot d’ordre d’une grève générale comme en 1979 pour arrêter la machine économique afin de mécontenter des centaines de milliers d’Iraniens pour les rendre disponibles pour manifester sous la bannière Khomeiny. Mais les Bazaris ont joué la prudence car au cours de deux dernières années, à chaque fois que le régime était sur le point de refuser une nouvelle offre de réconciliation des Etats-Unis, il avait incendié l’enceinte du Bazar pour dissuader les Bazaris de se lancer dans une grève générale d’où le choix d’une grève partielle qui a ciblé les secteurs producteurs des seconds jobs.

Le régime a immédiatement compris qu’il était en danger, et même très en danger car par exemple, il ne peut pas incendier le Bazar : cela arrêterait totalement l’activité commerciale provoquant le chaos qu’il veut éviter. Il doit au contraire forcer la reprise du travail. C’est ce qui l’embête : il n’y arrive pas car depuis plus d’un an, il a perdu le soutien des jeunes Bassidjis. Ces miliciens issus des milieux défavorisés ont été déçus par le fait que pour neutraliser les sanctions, les mollahs ont tout simplement baissé les salaires et augmenté les prix pour habituer le peuple à vivre de très peu !

On peut dire que la grève du Bazar a servi de révélateur à l’effondrement interne du régime. Il y a 10 jours, le régime a tenté de casser cette grève plus destructrice que prévue faisant appel à ses gradés des Pasdaran. Ces derniers se sont montrés sceptiques. Le régime a tenté de rebooster sa base avec l’aide des mollahs chargés de la prière de Vendredi, seuls 2% de ces mollahs ont répondu présent. Le soir même, il a incendié le plus grand centre de conditionnement du Bazar. Ce dernier a répliqué en étendant l’action à de nouvelles villes. Le régime a alors tenté de faire reculer les Bazaris en augmentant le taux du dollar de 70% pour insinuer qu’il pouvait réduire leur bénéfice : cela n’a pas fait reculer le Bazar qui doit renverser ce régime pour survivre, mais il a laissé supposer la faillite de la Banque centrale iranienne donc un effondrement du régime. Ce dernier a alors baissé le taux et le samedi 2 octobre (au 9ième jour de la grève), il a remplacé ce plan qui a aggravé la crise de confiance par une semaine de démonstrations policières avec ses derniers fidèles pour rétablir son autorité.

Au quatrième jour de cette démonstration de force (13e jour de la grève), il a lancé la rumeur d’une attaque de la section or et diamants du Bazar de Téhéran par 200 de ses gros bras. Craignant la mise à sac de leurs biens, les Bazaris ont rouvert pour s’installer dans leur boutique, mais ils n’ont pas repris le travail. Les médias du régime ont alors annoncé la reprise du travail. Les Bazaris de Téhéran ont démenti et plusieurs autres villes ont adhéré à la grève ce qui confirme l’existence d’une action concertée qui se renforce graduellement pour épargner l’implication de tous les Bazaris afin de réduire le coût général. Au cours de cette semaine, le régime a pris 3 autres initiatives pour marquer son autorité, mais toutes les trois ont également été des échecs. Le jeudi 7 octobre, le régime a arrêté plusieurs Bazaris importants. Mais la grève a continué. Le Vendredi 8, le régime a demandé aux Bazaris arrêtés d’obtenir la réouverture du Bazar pour le lendemain, samedi 9 octobre (1er jour de la semaine en Iran). Le régime qui aurait dû vivre une semaine où il aurait restauré son autorité, avait perdu son temps et la face. Il a alors renoué avec sa pratique de base en incendiant ce même vendredi à 23h un bâtiment situé au centre du Bazar pour obtenir la réouverture du Bazar pour le samedi 9.

Les pompiers du régime qui par le passé ont souvent laissé brûler des sections grévistes du Bazar en évoquant un accès difficile ont cette fois maîtrisé le feu en l’empêchant même de se répandre aux zones voisines. Ils avaient alors publié un communiqué pour se féliciter d’être intervenu rapidement car sinon tout le Bazar aurait brûlé !

Le samedi 9 octobre, jour test, les négociants en or et en diamants et tous les autres devaient ouvrir. Mais non seulement, ils n’ont pas rouvert sans travailler, mais encore ils sont revenus au schéma de base en baissant les rideaux de fer et en bonus, les marchands de la section chaussures ont cessé de travailler en déstabilisant les emplois de la filière du cuir. Le régime a alors poussé les Bazaris arrêtés à lancer un appel aux grévistes pour une réouverture le lendemain au plus tard. Cette demande a provoqué un retour des rideaux baissés.

En l’absence de cette réouverture, le régime a perdu encore de son autorité. Il a agi sur le seul terrain qu’il maîtrise, c’est-à-dire la propagande, en contrôlant l’info pour empêcher que cette radicalisation, la détermination de son adversaire et surtout son incapacité à rétablir l’ordre ne soient pas connues en Occident afin que cette grève n’obtienne pas le soutien qu’il attend. Le régime a relancé l’affaire Sakineh avec l’arrestation de 2 journalistes allemands qui interviewaient Sajjad, le fils de Sakineh, et aussi en laissant courir la rumeur de l’arrestation de ce dernier.

Les Occidentaux ont soufflé dans la même trompette par l’intermédiaire de BHL, animateur de ce barrage médiatique pour le compte des Etats-Unis. On prétend que Sajjad (âgé de 18 ans) a été arrêté à l’instant même où il était au Téléphone avec BHL. La police serait intervenue pour savoir ce qu’ils se disaient. Cela n’a aucun sens car le régime écoute les conversations téléphoniques de tous les gens suspects et quand les propos ne lui conviennent pas, il interrompt les communications, et suspend parfois la ligne pour plusieurs jours. Le fait d’assumer une intervention est un acte délibéré. Par ailleurs cela nous a permis de voir pour la première fois 2 photos de Sajjad. Ces photos sont très intéressantes. Tout d’abord sur la première, un homme barbu avec des lunettes de soleil (et une chemise à rayures) est présenté comme étant Sajjad. Il est debout à côté d’un blond bizarre qui serait son avocat Houtan Kian.
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Ce jeune barbu a visiblement plus de 18 ans : il aurait plutôt 30 ans. Mais il est difficile de se faire une idée précise sur son âge ou ses traits car l’autre cliché publié sur le site qui fait la promotion de l’affaire Sakineh est en fait un photomontage réalisé avec le visage de la première photo.
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(Très grande photo : cliquer & zoomer pour l’agrandir une ou deux fois)


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Comme on peut le voir, la tête a été détourée et collée (d’une manière grossière) sur un corps portant la même chemise et assis à côté de l’avocat blond sur des chaises de camping encore sous housses collées devant un décor de bibliothèque ! Que peut bien vouloir dire cela ?

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Mais le régime ne s’est pas seulement contenté de réanimer le tapage autour de Sakineh : puisqu’il manque de miliciens pour rétablir l’ordre, il a appelé les enfants à jouer les mouchards au sein de leur famille. C’est ce qu’il avait fait quand il avait pris le pouvoir en 1980. Cela n’a pas été un grand succès, c’est là sa valeur : le régime ne sait pas quoi faire et reprend des modèles qui lui ont valu le rejet même de leurs partisans dans les années 80. Comme le démon dans l’exorciste, il donne tout quand il se sent perdu.

Avant hier et hier (lundi 11 et mardi 12 octobre), selon nos informations, la grève a été suivie avec un zèle inouï notamment dans la section textile, alliée historique du clergé. Le régime de la terreur ne terrorise plus. il a perdu la partie. Il ne tient qu’à un fil : le refus de l’Occident de le laisser tomber.


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Pour comprendre le danger de cette grève pour le régime :
- Iran : Les mauvaises informations (sur Stuxnet, Sakineh, Derakhshan et Total)
- (2 OCTOBRE 2010)

autre collaboration entre l’Occident et les mollahs :
- Iran : Farzad Farhangian, le porte-parole du cynisme
- (16 SEPTEMBRE 2010)

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[1Washington a besoin d’un allié islamiste pour contrôler les musulmans intégristes en particulier les chiites. Cela lui permettrait d’une part d’agiter le Cashmire afin d’agiter les musulmans chinois de la riche région pétrolière et minière de Xinjiang, et d’autre part, d’inciter les chiites saoudiens à déclarer leur indépendance afin de détacher la région de Shargieh (où se trouve tout le pétrole saoudien) pour punir les Wahhabites qui depuis 1996 refusent de reconduire l’exclusivité pétrolière jadis accordée aux Etats-Unis.