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Iran : Farzad Farhangian, le porte-parole du cynisme
16.09.2010

Farzad Farhangian (ci-dessous), un autre « diplomate iranien », a fait défection dans le cadre de l’« Opération Ambassades Vertes ». Lors de sa conférence de presse en Europe et une interview sur la Voice of America (VOA), la chaîne en persan du Département d’Etat, Farhangian a parlé des « dérives récentes de la république iranienne qu’il a servi depuis 31 ans » avant d’annoncer son adhésion au Mouvement Vert de Moussavi et Karroubi. Farhangian a dit qu’il allait « occuper la fonction du porte-parole de toute l’opposition iranienne à l’étranger. » Les médias occidentaux surtout la Voice of America (VOA) se sont montrés enthousiastes en évoquant un « renforcement de l’opposition iranienne ». Les Iraniens ont en revanche été choqués car les employés des ambassades du régime sont tous issus des services secrets des Pasdaran et par ailleurs, le Mouvement Vert prône un retour aux principes fondateurs de la révolution islamique ! L’opposition en exil vient de se faire imposer un porte-parole au service du régime ! Les Iraniens ont certes été choqués, mais ils n’ont pas été déprimés, ils ont trouvé la parade pour confondre cet opportuniste et d’autres coquins de son espace. D’une manière générale, ce genre d’actions cyniques ont toujours créé plus d’opportunités que des obstacles.



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Ce n’est pas la première fois que Washington et ses alliés tentent de présenter à leurs citoyens des partisans du maintien du régime comme étant des opposants ou des porte-parole de l’opposition. Cela se fait régulièrement car Washington a besoin d’un allié islamiste pour contrôler les musulmans intégristes en particulier les chiites. Cela lui permettrait d’une part d’agiter le Cashmire afin d’agiter les musulmans chinois de la riche région pétrolière et minière de Xinjiang, et d’autre part, d’inciter les chiites saoudiens à déclarer leur indépendance afin de détacher la région de Shargieh (où se trouve tout le pétrole saoudien) pour punir les Wahhabites qui depuis 1996 refusent de reconduire l’exclusivité pétrolière jadis accordée aux Etats-Unis. Dans cette équation, l’opposition laïque qui a le soutien du peuple n’a aucune place. Washington ne lui accorde pas de tribune et fait tout pour la contrer quitte à aider les mollahs qui refusent l’alliance en se disant qu’il peut bien les faire plier à sa volonté grâce à ses sanctions qui les épuisent chaque jour un peu plus.

le cercle vicieux | On pourrait se révolter face à cette approche cynique qui paraît imparable et laisse penser que le peuple iranien ne compte pour rien, mais on aurait tort car au cynisme américain s’oppose un autre cynisme plus grand : celui des mollahs. Les deux cynismes provoquent des situations exceptionnelles où le peuple a l’opportunité de s’exprimer.

La méthode américaine consiste à forcer les mollahs à devenir ses alliés en réduisant progressivement leurs revenus en devises pour réduire leur capacité d’approvisionner le marché iranien afin que la peur des pénuries difficiles à gérer soit bonne conseillère et les incite à capituler. Il lui arrive aussi de leur proposer des ponts d’or à des moments de grandes difficultés pour les exciter. Mais quelles que soient les sanctions imposées ou les compensations offertes par Washington, les mollahs ne peuvent pas accepter une alliance car cette évolution vers une république islamique au service des intérêts américains passerait nécessairement par un transfert, via une révolution de couleur, de tous leurs pouvoirs entre les mains des pions islamistes de Washington. C’est très risqué. Les mollahs ne reculeront pas. D’ailleurs sachant que le temps ne travaille pas pour eux, leur stratégie de base a toujours été l’amplification de la crise : chercher à provoquer très rapidement une crise susceptible de dégénérer en guerre pour faire capituler la partie adverse. Sous Bush, Washington a d’abord utilisé les provocations des mollahs pour compléter sa palette de sanctions avant de passer en mode esquive à partir de 2008 pour rester dans la logique de sa guerre d’usure économique, mais aussi pour éviter d’ériger les mollahs en ennemis absolus et ainsi rendre impossible l’entente qui est censée lui donner les clefs du monde.

le cercle vertueux des opportunités | Dans l’incapacité de provoquer l’escalade souhaitée, le régime a connu ses premières difficultés. Il devait réduire ses dépenses pour continuer à avancer sans céder : le régime cynique des mollahs a alors décidé de supprimer les prix subventionnés, la vente à perte des produits ou services de base, pour forcer les Iraniens à baisser leur consommation et ainsi ne pas se retrouver en situation de pénurie programmée par Washington. La mesure étant très radicale voire suicidaire, il a décidé de préparer le terrain en arrêtant la distribution gratuite de produits alimentaires et en provoquant des hausses progressives. Cela a créé une situation exceptionnelle : le régime a coupé les liens qui retenaient de nombreux Iraniens à ses côtés, notamment des jeunes qui s’étaient engagés dans la milice non par conviction, mais pour un certain pouvoir d’achat pour leur famille défavorisée. Ce cynisme a offert une opportunité exceptionnelle à ces gens : ils ont commencé à boycotter les manifestations officielles du régime. Ce dernier a senti la menace, il devait trouver une autre solution radicale aux problèmes de la guerre d’usure américaine avant que la hausse des prix et sa paupérisation forcée n’affranchissent d’autres Iraniens de son joug.

Le régime cynique des mollahs a alors eu l’idée d’organiser une fausse révolution de couleur en faveur de Moussavi, un ultra-islamiste hostile à tout compromis avec les Etats-Unis pour légitimer son refus. Calquée sur le modèle des révolutions de couleur organisées par les Etats-Unis, cette révolution d’opérette appelée Mouvement Vert devait piéger Obama et obtenir son soutien à un Mouvement hostile au dialogue !

Cela a offert une opportunité nouvelle aux Iraniens. Alors qu’ils étaient pressentis pour jouer le rôle de figurants d’une superproduction, ils ont saisi leur chance en contestant le régime, et non Ahmadinejad, avec des slogans Mort à la république islamique et en exprimant leur souhait de changement en chantant l’hymne national monarchiste interdit depuis 1979.

Le régime a paniqué, Moussavi, son soi-disant champion de modération, a tombé le masque pour appeler le guide à casser ses contre-révolutionnaires. Aucun des soi-disant jeunes réformateurs, journalistes, bloggeurs, militants iraniens des droits de l’homme, ceux qui ont le soutien des occidentaux n’ont alors pas crié leur haine de Moussavi et ses acolytes. On peut parler d’une opportunité pour connaître mieux les gens du régime.

Les Etats-Unis, qui ne souhaitent pas la fin de ce régime, n’ont pas apporté leur soutien à ce soulèvement qualifié de résurrection par le peuple iranien. On peut parler d’une opportunité nouvelle car les Iraniens ont réalisé qu’ils étaient définitivement seuls au monde et devaient compter sur eux-mêmes. Ils n’ont pas quitté la rue : ils ont continué à manifester découvrant leurs capacités enfouies depuis 30 ans.

Avec l’accord tacite de Washington, le régime a eu les mains libres pour réprimer le soulèvement. Le régime a alors fait intervenir des agents en civil issus des services secrets des Pasdaran, les mêmes que l’on retrouve dans les ambassades comme Farzad Farhangian. On a très vite compris que le régime avait tablé sur ces gens car les jeunes miliciens chargés de la sécurité du régime, les militaires et même les Pasdaran avaient refusé de combattre. Cela a offert aux Iraniens pétrifiés pendant des années à l’idée de la puissance répressive du régime l’opportunité d’apprendre que le régime était moins fort qu’il ne le laissait entendre et très fissuré à l’intérieur. Pour notre part, nous avons appelé les Iraniens à considérer ces groupes comme des alliés de facto.

Après la fin du soulèvement au bout de 10 journées épiques, le 25 juin 2009, le régime cynique des mollahs a remis en selle Moussavi et l’on a vu les faux militants des droits de l’homme s’égosiller en sa faveur pour recentrer la contestation sur le rejet d’Ahmadinejad et non le rejet du régime pour relancer le projet de la révolution de couleur interne au régime. Washington qui avait brillé par son absence en juin 2009 est alors intervenu également en faveur du Mouvement Vert, mais en insistant sur la tenue de nouvelles élections ouvertes à tous les Iraniens (c’est-à-dire ses pions) pour réorienter le scénario vers son propre projet. Tous ces efforts ont échoué car les Iraniens qui ne veulent plus de ce régime ne se sont jamais mobilisés pour manifester à des dates symboliques de la révolution islamique à l’appel du Mouvement Vert malgré les ruses employées par les mollahs, leurs amis américains ou des soi-disant opposants qui ont à ce moment révélé leurs liens avec Washington ou avec Téhéran. Les Iraniens ont appris la maturité politique, la force de l’abstention qui a poussé le régime à modifier les slogans du Mouvement Vert pour les rendre plus incisifs et plus séduisants.

nouveau cercle vicieux des mauvais choix | Cette absence de participation des Iraniens est devenue un obstacle pour les mollahs et pour les Etats-Unis. Ils ont repris leurs efforts pour avancer leurs pions de la seule manière qui leur convient : cyniquement par des mensonges et sans le peuple. Cela a fini par créer de nouvelles opportunités pour les Iraniens.

En l’absence de leur mobilisation, le Mouvement Vert n’avait aucune actualité. Le régime lui a fourni cette actualité avec des arrestations factices de ses animateurs, des annonces factices de viols, et de maltraitances ou des fausses manifestations ostentatoirement réprimées. Washington a toujours participé à ses campagnes pour les exploiter dans son intérêt notamment en décembre 2009 quand il a évoqué une nouvelle révolution avant de calmer le jeu car il ne veut pas de ce genre de scénarii. Le régime a souffert de ses propres scénarii pour relancer le Mouvement Vert.

ambassades vertes | En janvier dernier, il a pris un tournant en mettant l’accent sur des départs en exil des militants du Mouvement Vert plutôt que d’évoquer de sombres affaires de torture exploitées outrageusement par les Américains. Téhéran voulait calmer le jeu, mais aussi placer des pions un peu partout comme autant de porte-parole du Mouvement Vert et enfin simuler une désintégration du régime pour rassurer les Iraniens et les inciter à se déplacer pour manifester le 11 février à l’appel du Mouvement et ses clones américains à l’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique.

Pour obtenir l’effet attendu, on a eu droit à une suite de départs en exil : des journalistes, des photographes, des artistes et enfin deux « diplomates ». Les Américains ont apprécié cette approche qui pouvait dynamiser la situation sans détériorer l’image du régime de manière irréversible. On a alors parlé d’« Opération Ambassades Vertes », mais sans pour autant livrer les clefs des médias à ces fameux exilés. L’opération était un échec, la mobilisation du 11 février a aussi été un fiasco. Téhéran qui tout au long de ces mois avait été sanctionné et était de plus en plus en difficulté devait obtenir des résultats : il a lâché l’affaire pour revenir à une politique électrochoc : annoncer des pendaisons de prisonniers politiques connus pour révolter les Iraniens afin de les pousser à manifester. Parallèlement, il a repris ses provocations militaires et nucléaires pour provoquer éventuellement un clash. Nous avons à chaque fois fait campagne avec nos maigres moyens pour informer nos compatriotes grâce à un petit réseau de coursiers délivrant des enregistrements de nos émissions pour inviter les Iraniens à ronger leur frein et attendre. Le régime a échoué dans ses tentatives grâce à nos compatriotes qui ont été plus sensibles à nos messages et analyses qu’aux messages et analyses d’une armada de média américains et iraniens.

opportunités latentes | Tout au long de ces mois, le régime a tenu le coup face aux sanctions en réduisant le pouvoir d’achat des Iraniens pour qu’ils consomment moins afin d’éliminer les risques de pénurie. Cette baisse du pouvoir d’achat a ruiné le Bazar. En mai 2009, nous avons été les premiers à annoncer une prochaine rupture entre le régime et le Bazar. Trois mois plus tard, ce corps social qui a aidé les mollahs à prendre le pouvoir, et de ce fait il est haï en Iran, a entamé une grève qui a duré 20 jours marquant sa rupture. Nous avons appelé les Iraniens à considérer le Bazar comme un allié. Le régime n’a pas pu trouver de miliciens pour forcer les Bazaris à reprendre le travail : nous avons appelé les Iraniens à se rappeler qu’ils n’étaient plus seuls au monde.

Washington a profité de cet état de détresse du régime pour augmenter sa pression. Pris entre les ruptures de ses alliés et ces nouvelles pressions américaines, le régime a paniqué : il a annoncé la très prochaine entrée en vigueur du projet de suppression des subventions pour parer face à des nouvelles sanctions. Il avait alors médiatisé l’affaire de Sakineh pour créer une diversion et étouffer les infos de la grève par les infos de la lapidation. Après l’arrêt de la grève, il avait suspendu la condamnation à la lapidation. Ayant constaté quelques jours plus tôt qu’il n’avait plus ses milices et le Bazar, le régime s’est lancé dans une folle campagne de provocations menaçant même de couler les pétroliers Américains pour aller au clash. Il a aussi tenté de reprendre la main en menant des opérations punitives contre les Bazaris devenus des ennemis. Il y a eu des morts. Inutile de dire qu’il a créé une opportunité nouvelle pour ses opposants.

derniers choix possibles| Les mollahs ont eux-mêmes saisi leur erreur car quand à la suite de ces morts, le Bazar s’est mis à nouveau en grève à la mi août, ils ont reculé. Ils ont ressorti l’affaire Sakineh pour faire barrière à l’éventualité d’une grève générale, mais ils ont aussi cessé d’évoquer l’entrée en vigueur du plan anti-pénurie et ils ont également cessé leur politique de provocation et privilégié des gestes d’apaisement envers Washington pour obtenir une pause dans les sanctions afin de rassurer les Bazaris et les Bassidjis. Mais malgré ces efforts, le vendredi 3 septembre, aucun n’a été présent pendant la Journée de Qods qui célèbre la victoire (promise) des musulmans sur les juifs et la prise (prochaine) de Jérusalem. C’est un boycott extrêmement important car c’est une journée fondamentale pour les mollahs : elle doit être la vitrine de leur soutien au Hamas et au Hezbollah qui garantissent capacité de nuisance régionale du régime.

Le régime a sauvé la face en déplaçant environ 10,000 femmes et enfants des banlieues. Mais il a aussi réalisé qu’il était bien seul : très en danger si le peuple décidait de bouger.

Il a immédiatement changé tous ses plans en rompant avec sa politique d’apaisement vis-à-vis de Washington pour revenir à une politique de provocations dans l’espoir d’un clash immédiat pour faire reculer les Etats-Unis. Il a aussi incendié le Bazar de Machhad pour intimider les commerçants et enfin il a annoncé le rétablissement des aides alimentaires supprimées en 2007 et des hausses très limitées dans le cadre du plan anti-pénurie pour calmer la rue et empêcher qu’il ne bouge à un moment où toute la société attend une étincelle.

Le régime espérait que ces gestes lui permettent de récupérer des appuis à l’occasion de la fête de la fin de Ramadan en comptant sur le fait qu’il s’agissait d’un événement religieux et non un événement politique. Mais non seulement il n’a pas pu récupérer les absents de la journée de Qods (les Bazaris, les miliciens du Bassidj, les Pasdaran, les militaires), mais encore les 100,000 mollahs que comptent le pays n’étaient pas au rendez-vous. Il n’a également pas réussi à déplacer 10,000 figurants : ils n’étaient que 3000 personnes à prier sur un minuscule carrefour de Téhéran.

Dans notre émission de dimanche soir vers l’Iran, nous avons évoqué le fait que désormais le moment était venu pour reprendre la rue. Nous avons conseillé à nos compatriotes d’aller devant les ambassades occidentales pour crier le nom de celui qu’ils veulent comme le porte-parole de leur action : Reza Pahlavi. Lundi matin, le régime nous a collé Farzad Farhangian comme porte-parole des opposants en exil. C’est l’aveu que le régime tient la reprise des contestations pour une certitude et le seul moyen qu’il ait trouvé pour échapper à son verdict est de gagner quelques heures avec un faux porte-parole ou des dizaines de faux porte-parole (comme cela a été suggéré par le chef d’un « mouvement » qui veut faire parler de lui).

A ce stade, le régime n’a que très peu de choix devant lui et ils sont tous mauvais. Le peuple est devant un champ infini d’opportunités à saisir.

Nos compatriotes n’ont pas encore bougé, mais ils ont trouvé le moyen de neutraliser ces épouvantails. Hier, ils ont demandé à Farzad Farhangian, le souriant attaché de presse à la carrure d’une frappe des bas-fonds, d’agir en opposant et « fournir la liste détaillée de ses collègues diplomates des services secrets qui ont assassiné des opposants en exil » comme Fereydoun Farrokhzad. Monsieur le nouveau porte-parole des opposants en exil a perdu sa langue.


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Pour en savoir + :
- Iran : Le régime doit risquer le tout pour le tout (vidéo)
- (4 septembre 2010)

| Mots Clefs | Réformateurs & faux dissidents : Le Mouvement Vert |
| Mots Clefs | Resistance : FAUSSE(s) OPPOSITION(s) |

| Mots Clefs | Resistance : Boycott (du régime ou du Mouvement Vert) |
| Mots Clefs | Résistance : Menace contre le régime |