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Iran : La semaine en images n°133
06.09.2010

Cette semaine, le régime des mollahs a continué d’affirmer son refus de tout compromis nucléaire. Les Etats-Unis ont augmenté leurs pressions économiques sur le régime notamment en demandant au Japon de réduire ses échanges commerciaux avec Téhéran et en demandant à la Turquie de diminuer encore ses livraisons d’essence à l’Iran. La situation économique du pays s’en est trouvée plus mal provoquant une instabilité qui pousse le régime à procéder à des pendaisons massives. A une exception près dont nous parlerons plus bas, on n’a rien vu sur ces sujets par les médias occidentaux. Ces derniers sont restés focalisés sur Sakineh, la femme condamnée à la lapidation. Pour les Iraniens, les Etats Occidentaux, qui n’ont jamais caché leur intention de parvenir à une entente avec ce régime, utilisent Sakineh pour accaparer l’attention de leurs citoyens afin qu’ils ne s’intéressent pas à la situation économique et politique de l’Iran et ne se mobilisent pas pour aider un changement de régime. Nous avons une nouvelle preuve de ce choix quand, à la fin de la semaine pendant la journée de Qods, le régime a échoué dans sa tentative de mobiliser le peuple sous sa bannière ou sous la bannière de la fausse opposition interne, le Mouvement vert. Aucun media occidental n’a parlé de cet échec : ils ont même évoqué une bonne mobilisation dans les deux cas. Nous avons la preuve du contraire en images et bien plus dans ce 133e numéro de la semaine en images placée sous le signe de ruptures et d’incertitudes pour le régime des mollahs.



Un sentiment d’inconfort chasse un autre au sein des instances décisionnaires du régime des mollahs. Il y a une semaine, les Américains qui ont besoin d’une entente stratégique avec les mollahs avaient encore renforcé leurs sanctions pour réduire encore plus les revenus en devises du régime, revenus nécessaires pour approvisionner le marché iranien. Ils espéraient que la peur des pénuries difficiles à gérer soit bonne conseillère et incite les mollahs à accepter le dialogue qui devrait aboutir à une entente. Mais cela ne convient pas aux mollahs car l’entente passe par la coopération et le partage de leur pouvoir avec des pions islamistes des Etats-Unis, ce qui sera le début de la fin des privilèges et des fortunes dont on n’imagine pas l’étendue. C’est pourquoi ils n’ont pas cédé aux pressions et redoutant un renforcement de celles-ci, ils devaient prendre des dispositions pour continuer à refuser l’entente. Ils ont alors annoncé la suppression des prix subventionnés qui est en fait une manière d’anéantir le pouvoir d’achat grâce à des hausses vertigineuses pour anéantir la consommation et ainsi éliminer les risques de pénurie sur des produits que l’on ne peut pas importer faute de devises ou de fournisseurs désirant braver les sanctions. En gros le régime veut forcer les Iraniens à se serrer la ceinture.

C’est plutôt difficile car plus de 85% des Iraniens vivent déjà depuis des années sous le seuil de pauvreté. Ils sont à cran. La preuve est qu’il y a deux ans, quand le régime a gelé les salaires et supprimé les aides alimentaires en nature pour réduire ses dépenses, il a été immédiatement sanctionné par les milieux très défavorisés : ils ont cessé de participer à ses manifestations. Un an plus tard, cette réduction forcée du pouvoir d’achat concernant la masse et non les mollahs a poussé les miliciens issus de ces milieux défavorisés à refuser de réprimer des millions d’autres mécontents qui s’étaient soulevés contre le régime et criaient Mort à la République islamique ou alors chantaient l’hymne nationaliste de la monarchie. Les derniers à lâcher le pouvoir par la faute de cette première baisse du pouvoir d’achat ont été les Bazaris qui n’ont plus de clients. De fait, on peut parler d’une décision incontournable car le régime manque de devises, mais aussi d’une décision hautement risquée susceptible d’emporter le régime.

C’est pourquoi à l’annonce de la suppression des prix subventionnés, c’est-à-dire l’arrivée de nouvelles hausses pour la masse, le régime a caché ses dirigeants les plus riches qui ont une réputation de ripoux profiteurs pour ne pas encourager de nouvelles dissidences et dans le même temps, il a mis en avant la fidélité de la milice en insistant sur la méchanceté de cette dernière pour éloigner le peuple de cette force dissidente.

Nous l’avons vu la semaine dernière avec des dirigeants richissimes qui faisaient profil bas devant des repas frugaux. Cette semaine, les mêmes ont fait encore plus profil bas sur la scène politique intérieure au prétexte de se consacrer à la prière car ils devaient célébrer en fin de semaine la très islamiste Journée de Qods qui est la vitrine de sa soi-disant unité avec la milice. Cette unité étant perdue depuis 2 ans, sachant en conséquence que les miliciens ne seront pas au rendez-vous, le régime a demandé à la fausse opposition interne, le Mouvement Vert, d’attirer les mécontents dans les rues au prétexte qu’ils pourraient transformer la Journée de Qods en Journée de l’Iran. Le Mouvement Vert n’ayant jamais réussi à mobiliser les Iraniens, le régime était sûr de se prendre une double claque avec des rues vides, preuves d’un rejet massif de la république islamique qu’elle soit rigoriste ou modérée.

Anathème (au sens grec) | A ce moment où le régime était en danger, pour éviter de voir son cas se détériorer, après avoir tenté de séparer le peuple de ses ex-alliés Bassidjis, il s’est lancé plus follement dans la médiatisation des malheurs de Sakineh pour qu’en Occident, on ne soit pas en mesure de voir sa décomposition interne ou en entendre parler via ce site. Parce que Washington veut ce régime comme allié, les mollahs ont également reçu l’appui de ses alliés Européens qui ont donné la priorité à Sakineh.

Sensible à cette attention, le régime des mollahs qui ne fait pas dans la dentelle a cru bon leur rendre service en annonçant deux nouvelles lapidations, mais cela n’a pas plus aux animateurs européens de la campagne car avec deux lapidations de plus, on pouvait dire qu’il fallait certes sauver les personnes, mais aussi songer à virer ce régime. C’est pourquoi, il n’y a rien eu sur l’annonce de la double lapidation imminente ni sur l’AFP ni chez BHL. Téhéran a compris qu’il fallait revoir sa copie ou on le lui a suggéré : toujours est-il que l’on a signalé que le principal journal iranien Keyhan avait insulté publiquement Carla Bruni ! Immédiatement, nos vaillants humanitaires sont entrés en action…

Nous avions alors dénoncé le procédé en faisant valoir que l’article cité par l’AFP n’existait même pas sur le site de Keyhan et que de toute façon, des insultes n’étaient aussi graves que deux autres condamnations à la lapidation. Nous avions alors évoqué d’autres condamnations à mort qui méritaient le soutien de ces faux humanitaires et en demandant que l’on s’occupe de la forêt qui brûle et non d’un seul arbre.

Cet article n’a eu aucun écho en France ou même en Europe à l’exception du quotidien belge « Le Soir » (ci-dessous en PDF) qui l’a diffusé à ses 600,000 lecteurs sous le titre : « Sakineh, l’arbre qui cache la forêt ». Merci les Belges !
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Gênés par cette mauvaise publicité, les faux humanitaires parisiens ont brièvement parlé de la condamnation à mort d’un jeune homosexuel et des deux lapidations avant de recentrer leurs efforts sur Sakineh pour le plus grand plaisir des mollahs qui étaient alors tétanisés à l’idée de la Journée de Qods.

Prions vite | En attendant le rendez-vous fatidique de Qods où l’on allait voir qu’ils n’avaient plus de partisan, les dirigeants richissimes et affairistes du régime qui déplaisent à tous les Iraniens surtout aux miliciens qui triment sur le terrain pour un salaire de misère, se sont fait oublier pour ne pas envenimer la situation. Alors que le régime a placé l’année sous le signe de « Plus d’efforts pour Plus d’ambition » et que l’on ne cesse de voir les dirigeants en train d’inaugurer des équipements extraordinaires ou en train de distribuer de bons conseils aux jeunes, tout le monde était aux abonnés absents au prétexte des 3 jours féries de deuil chiite qui ont exceptionnellement duré 6 jours. Et pendant ces journées, tous se sont mis à la prière !

Ils espéraient sans doute amadouer également les miliciens qui sont issus des familles croyantes. Mais cela fait longtemps que ce genre de cinéma ne marche plis. Le régime n’a pas réussi à remplir à ras bord ses mosquées avec ses 9 millions de bassidjis dont il parle si souvent. Ils n’étaient même pas une centaine dans certaines grandes mosquées ou salles de prière comme le mausolée de Khomeiny. Le régime a surtout été conforté à l’idée qu’il allait aux devants d’un échec cuisant lors de la journée de Qods.
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Ambiances menaçantes | Nous avons dit plus haut que face à l’échec attendu de la mobilisation de ses troupes lors de la journée de Qods, le régime a changé son fusil d’épaule en demandant à la fausse opposition interne, le Mouvement Vert d’essayer de mobiliser les mécontents notamment en utilisant un vocabulaire monarchiste ou la rumeur que des contre-révolutionnaires seraient présents. Mais jeudi vers midi, le régime a compris que c’était cuit car comme chaque fin de semaine, la ville s’est vidée de ses habitants qui partent passer le seul jour férié de la semaine à proximité d’un cour d’eau et sur les bordures de la mer caspienne.

Le régime devait cacher ce boycott. Aussitôt, il a laissé courir la rumeur d’une lapidation imminente de Sakineh pour faire de ce sujet le principal centre des médias pendant plusieurs jours. Pour que l’on puisse y croire, l’annonce a été faite par le fils de Sakineh. Mais cela a changé en cours de route car on était sans doute allé trop loin. Dans une nouvelle interview, le fils de Sakineh a oublié cette exécution imminente, désormais il est question d’une nouvelle condamnation de sa mère à 99 coups de fouet. Ce fils très changeant a également demandé à BHL de poursuivre sa campagne car elle plait beaucoup à sa mère qui partage sa vie entre les antidépresseurs et la prière. Nous ignorons si en imaginant la tête de BHL, la pauvre Sakineh se met à prier ou si elle croque des poignées d’antidépresseurs, mais nous savons que ce récit est faux car la campagne de BHL a débuté le 16 août alors que ce fils avait toujours dit que lui et l’avocat de sa mère n’avaient plus eu de contact avec cette dernière confinée à l’isolement depuis la diffusion de son interview télévisée le 10 août.

Après cette mesure visant à contrer la médiatisation internationale de l’échec de mobilisation du Mouvement Vert, il a diffusé des « rumeurs d’ambiance sécuritaire étouffante à Téhéran » pour expliquer l’absence de mobilisation sous la bannière verte. Etant donné que cela était une fiction, il a dû diffuser une vidéo de cette ambiance policière. Regardez, elle est assez comique.
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Le peuple n’étant pas au rendez-vous, le régime ne pouvait pas mettre Karroubi, le chef du Mouvement Vert, seul au milieu de la rue ! C’est pourquoi, il a annoncé que les « méchants miliciens bassidjis » avaient assiégé sa maison pour l’empêcher de joindre ses fans, ce qui n’a aucun sens car rien ne s’oppose à ce que ces fans se rassemblent devant son domicile. Mais personne n’a soulevé ces incohérences car on ne veut pas critiquer ce régime.

Vendredi noir | La Journée de Qods est enfin arrivée le vendredi. Nos contacts à Téhéran ont tous donné la même version : il y a de petits groupes sur 2 des 7 parcours avec au plus 5000 personnes car on a pu compter moins d’une cinquantaine d’autocars sur les parcours. Les images officielles montraient cependant plus de monde notamment du côté du Pont du Collège. La solution a été apportée par un Iranien qui a filmé avec son portable l’un des groupes dont avaient parlés nos contacts. Le régime a été plutôt astucieux. (vous pouvez cliquer puis zoomer sur les images pour les agrandir une ou deux fois)
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De fait, seul intérêt des images officielles est la composition de la foule : des femmes, des vieux ou des enfants c’est-à-dire des catégories à faibles revenus donc faciles à acheter. Nous ne les jugeons pas cependant car on voit dans leurs yeux un certain dégoût d’être photographiés (sauf le dernier qui salue les autocars vides).
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En province, la mobilisation officielle a été encore plus faible. Une des grandes villes très touchée par le Boycott a été Tabriz connue pour sa religiosité. Des rumeurs affirment qu’en l’absence de ses miliciens, le régime avait dû chercher des gens dans les campagnes : principalement des vieux qui ignoraient que Khomeiny était mort et scandaient son nom provoquant l’hilarité des passants.
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La mobilisation a été nulle dans plusieurs villes du sud, mais aussi à Ghazwin ou à Karaj. Se doutant qu’il pouvait se retrouver dans un tel cas, le régime avait compensé le manque d’effectif qui peut le dévalorisé chez ses fans de la rue arabe par une explosion de créations graphiques antisionistes dont une imposante tête de mort symbolisant la piraterie maritime en référence à la Flotille, une opération dont les mollahs avaient délibérément été exclus par les Turcs. (vous pouvez cliquer puis zoomer sur les images pour les agrandir une ou deux fois)
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Du côté du Mouvement Vert, qui veut donner une nouvelle légitimité au modèle islamique avec une fausse révolution de couleur, il n’y a aucune image : ce qui évoque une mobilisation zéro !

Fuite en avant | Quel a été le résultat de ces véritables claques reçues par les mollahs ? Le régime a inventé une attaque armée contre la maison de Karroubi pour détourner l’attention ! A l’occasion de cette agitation factice autour de Karroubi, le régime a laissé diffuser un clip où l’on pouvait entendre un slogan tabou en Iran, Mort à la République Islamique, slogan dont l’absence provoque le boycott populaire du Mouvement Vert.
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Téhéran avait agi presque de la même manière avec un slogan presque similaire (mort au principe du régime) en décembre 2009 peu avant la fin de l’ultimatum accordé par Obama. Il s’estime donc dans le même cas extrême et visiblement, il considère le Mouvement Vert comme sa seule chance pour sortir de la crise sans rien céder.

Cependant, une fois que l’ultimatum a expiré sans qu’il écope de nouvelles sanctions, le régime avait oublié le slogan censé mobiliser les gens et était revenu à son emblématique « Mort à Khamenei » qui évoque le rejet d’un homme et non celui du système. Il faut donc attendre pour voir s’il ira plus loin ou pas avec ce slogan radical qui annonce une fin sans concession.

Vox populi | La durée de vie de ce slogan dépendra d’une seule chose : la détérioration de la situation interne du régime. Celle-ci n’est pas prête de s’améliorer car Washington a choisi ce moment de faiblesse du régime pour augmenter sa pression économique avec des sanctions japonaises pour l’inciter à capituler. Etant donné que le régime ne peut pas céder, on peut parier sur le retour des provocations pour déclencher une escalade dissuasive ou le recours à ce slogan sans concession qui plait au peuple. Le régime prend un risque énorme en donnant la parole à la rue.

La réaction de la rue reste un mystère. Personne ne peut prévoir le degré de la violence de sa réaction, mais elle sera violente. On le voit dans le regard de ses enfants.