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Iran : La crise nucléaire dégénère en crise politique
27.11.2009

Le 18 novembre dernier, Ali Larijani, membre à vie du Conseil de Discernement (organe chargé de la gestion politique du régime) a été la cible de toutes les attaques dans les médias iraniens pour manque de respect à un certain Koutchak-zadeh, un insignifiant député. L’attaque ne pouvait devenir que d’un autre membre de ce conseil plénipotentiaire que l’on peut qualifier de cabinet noir du régime des mollahs. Ce fut une semaine dure pour Larijani car le 22 novembre, son ex-1ier lieutenant, Ali Kordan est mort suite à une hémorragie cérébrale due à un cancer de foie fulgurant qui s’était déclaré une semaine plutôt. Depuis cette date, Larijani s’illustre comme un grand admirateur de Rafsandjani, créateur et patron à vie du Conseil de Discernement. | Décodages d’une véritable affaire d’Etat, sans doute la plus importante de l’année en cours |



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Kordan, en pleine forme, 2 semaines avant son soi-disant cancer


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Il y a un an, tout le monde parlait d’Ali Kordan, le nouveau ministre de l’intérieur d’Ahmadinejad, ou plus exactement de son faux diplôme d’Oxford alors que deux mois plutôt personne n’en avait jamais entendu parler. Il était pourtant le n°2 du ministère de pétrole chargé des ventes au Moyen-Orient, ce qui désigne les ventes contournant les sanctions via des sociétés écran basées à Dubaï. Auparavant, il avait occupé la direction exécutive des avoirs fonciers de l’Etat, puis de la radio et la télévision de l’Etat. Pour accéder à ce genre de direction où l’on gère de réseaux, il faut faire partie du sérail et avoir la confiance du patron du régime.

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une histoire de réseaux | Dans le cas du régime des mollahs, ce patron est le Conseil de Discernement de l’Intérêt du Régime (CDIR), organe sans pouvoir jusqu’en 1988 qui en 1989 a reçu les pleins pouvoirs lors d’une modification de la constitution orchestrée par Rafsandjani. En fait, l’opération a été un coup d’Etat de Rafsandjani, demi-frère de Khomeiny, et d’autres cousins ou lieutenants de Khomeiny pour garder le pouvoir après la mort de ce dernier pour ne pas le partager avec le clergé. Depuis 1989, ces hommes se partagent le pouvoir selon leurs poids au sein du Conseil. On peut vraiment comparer cela au conseil des chefs des clans mafieux : on y nomme des proches ou des lieutenants à des postes clefs pour surveiller le partage du gâteau des revenus iraniens ou l’on vend des ministères à des miliciens sans clan qui voudraient avoir le leur. Il n’est pas également rare d’assister à batailles économiques entre les membres du Conseil suivies des règlements de comptes via des médias que chacun contrôle.

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l’ascension de Kordan | Dans ce système mafieux, notre ami Kordan est passé d’un poste important à un autre parce qu’il était très proche d’Ali Larijani, un des membres du Conseil de Discernement. En fait, à chaque fois, il était la preuve de l’intérêt porté par son protecteur à des secteurs sensibles permettant d’accéder à des informations confidentielles sur toutes sortes de réseaux : avoirs fonciers des dirigeants, informations et médias ou encore la liste des acteurs iraniens et étrangers de l’industrie pétrolière. C’est aussi ce qui a causé la perte de Kordan car Larijani, ex-négociateur nucléaire, fraîchement désigné pour succéder à Ahmadinejad, a eu le tort de le pistonner pour un poste de trop, le ministère de l’intérieur. Peu avant fin 2006, avant le démarrage des sanctions, il avait également noué le dialogue avec les Américains via un autre de ses lieutenants, un certain Nahavandian, doté d’un passeport américain.

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les conséquences de la chute de Kordan | La nomination de Kordan a fait tilt dans la tête de Rafsandjani. Il a cru percevoir un coup d’Etat rampant de Larijani qui était en train de constituer un réseau plus efficace que le sien. Rafsandjani a rendu visite à des membres de poids de son réseau au sein du Conseil avant d’organiser une campagne médiatique de dénigrement contre Kordan, la clef de voûte du réseau Larijani. La campagne a été si violente que Larijani a dû lâcher son ami avant de renoncer officiellement à la candidature à la présidence de la république. Il s’est transformé en paillasson du régime. Pour le symbole, la campagne contre Kordan a duré encore un peu et il a finalement été destitué la veille de l’élection américaine, date limite pour une entente préélectorale. Rafsandjani a ainsi restauré son pouvoir, mais il a perdu le candidat qu’il avait choisi pour succéder à Ahmadinejad, relooker le régime et bloquer les négociations avec l’Occident grâce à son profil d’ancien négociateur nucléaire qui connaissait bien les adversaires et les ficelles du métier. En l’absence de ce candidat bloqueur, Rafsandjani et ses conseillers ont opté pour un plan bis de blocage des négociations : le scénario de contestation démocratique de la légitimité électorale du président élu, interlocuteur des Six, pour rendre invalide tout dialogue. Téhéran espérait provoquer une impasse pour amplifier la crise pour mener le monde au bord d’une nouvelle guerre afin de faire capituler les Etats-Unis.

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Le succès du scénario dépendait d’un soutien d’Obama à la contestation qui aurait validé l’absence de légitimité du président élu, Ahmadinejad. Pour l’obtenir, Téhéran a donné à cette contestation la forme d’une révolution de couleur (verte), mais Obama n’est pas tombé dans le piège. Pour lui arracher ce oui, Téhéran a dû radicaliser la forme de la contestation avec un recours à des slogans de plus en plus radicaux qui n’ont pas fait bougé Obama, mais le clergé, particulièrement les 4 grands ayatollahs qui font autorité dans le monde chiite. Ils ont même convoqué Rafsandjani pour lui demander de changer sa gestion politique. Rafsandjani avait alors arrêté le Mouvement. Or, il vient de reprendre le scénario à l’identique malgré son échec à impliquer Obama et ce à un moment où l’économie va très mal et l’on sent un problème au niveau des jeunes miliciens issus des familles peu aisées, victimes du premier rang de la faillite économiques.

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conclusions | Dans ces conditions, il n’est pas invraisemblable que l’on ait envisagé une autre politique avec un autre gestionnaire que Rafsandjani au sein des membres du Conseil de Discernement. L’élimination de l’ex-chef des réseaux d’un rival qui avait jadis cherché un compromis avec les Américains le laisse supposer. Le profil bas de ce rival après la mort de son ami le confirme.

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Il y a un an, quand Rafsandjani a éliminé Kordan de la scène politique, il montrait sa force au sein du régime. Il n’en va pas de même avec la presque exécution du même homme qui était ridiculisé et dépouillé de tous ses privilèges. On ne tue pas des adversaires faibles. Rafsandjani vient en fait d’avouer que malgré la qualité de son réseau, il craignait désormais tout le monde.

Si cette guerre de succession ne remet pas en cause la survie du régime, elle l’handicape néanmoins au niveau des décisions à prendre.


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| Mots Clefs | Mollahs & co : Rafsandjani |
| Mots Clefs | Mollahs & co : Ali Larijani |

| Mots Clefs | Réformateurs & faux dissidents : Le Mouvement Vert |