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Iran-France : Prises d’otages et relations inavouables !
22.03.2020

Selon l’AFP et Malbrunot du Figaro, la France a pu obtenir la libération de l’un de ses deux chercheurs français détenus par les mollahs en échange de la libération d’un de leurs agents détenus en France et réclamé par Trump. L’annonce nous est parue très soft, car il a été omis de signaler que cela rappelait les prises d’otages des mollahs via le Hezbollah dans les années 80. L’AFP a aussi oublié d’évoquer les circonstances de la prise d’otages de deux Français par les mollahs. Il s’agit plutôt d’un long bras de fer entre Macron et les mollahs avec des objectifs souvent inavouables. Voici le récit de ces péripéties inavouables d’après nos archives.



Généralement, les mollahs ont toujours programmé l’enlèvement des journalistes français ou américains (jamais russes -par peur de représailles sanglantes- ou anglais par filiation historique) au Liban via le Hezbollah ou ailleurs via d’autres groupes terroristes qu’ils financent pour obtenir la libération d’un de leurs agents ou pour obtenir la levée de certaines sanctions à leur encontre. L’objectif de ces enlèvements étaient d’extorquer des fonds à la France qui avait gelé des fonds investis par le Shah dans le consortium EuroDif ou forcer la France à leur livrer des missiles. En 2016, les mollahs ont aussi capturé une journaliste irano-anglaise après la décision anglaise de ne plus assurer les cargos pétroliers des mollahs !

Depuis 2017, le grand objectif pour les mollahs, accusés de terrorisme par Trump, mais aussi par les 3 grands Européens, est de se libérer des sanctions américaines et aussi européennes qui leur sont imposées dans ce cadre.

Mais Macron a transgressé cette unité anti-mollahs en imaginant un apaisement avec eux pour préserver les contrats très rentables de son pays avec ces derniers et au passage s’assurer le soutien des milieux d’affaires français. Les mollahs ont accepté cette intervention, mais ce bon plan dans la pure tradition d’énarque (c’est-à-dire une tradition de gestion d’existants) a échoué, car il avait négligé le fait que les mollahs ne voulaient pas un deal avec la France, mais avec Trump et que ce dernier ne veut pas sauver les mollahs, mais les renverser. Macron a alors souvent feint d’évoquer des sanctions contre les mollahs tout en relançant doctement son plan d’apaisement avec les mollahs engendrant un conflit d’intérêts qui a abouti à cette nouvelle prise d’otage par les mollahs  !

En réponse, au double jeu de Macron motivé par son envie d’imposer son plan, de s’affirmer et de redorer son blason, les mollahs ont pris en otage une femme d’affaires française (martiniquaise), Nelly Erin-Cambervelle, de passage en Iran.

L’ex-inspecteur de finance Macron s’est alors fâché et au lieu de punir les mollahs, il a continué son double jeu en évoquant seulement une possible annulation de l’accord nucléaire de Vienne avec les mollahs (accord qui est le seul point d’encrage de la France au Moyen-Orient) sans évoquer dans cette menace-bluff la possibilité de sanctions françaises contre les mollahs ou encore d’un avis positif français pour le retour des mollahs sur la liste noire de l’organisme de la lutte contre le financement du terrorisme (FATF).

Les mollahs ont refusé de céder, car ils n’étaient pas réellement sanctionnés. Macron a alors fait pression sur les mollahs en soulignant l’option Trump en arrêtant à l’aéroport de Nice le 2 février 2019 un certain Jalal Rouhollahnejad, accusé de violation de l’embargo balistique international en 2005, à qui il avait accordé un visa pour des achats militaires dans les Alpes-Maritimes. Mais Macron n’a pas évoqué l’extradition vers les États-Unis de cet acheteur multi-carte d’équipements balistiques et informatiques français prohibés par l’ONU.

Selon le journaliste Maziar Bahari d’Iran Wire (ex BBC), Macron a aussi permis à son invité devenu otage de s’installer dans un bel appartement à Paris (payé par les mollahs) et à bénéficier des services juridiques de Jean-Yves Le Borgne, un des avocats de Jacques Chirac (grand partisan d’un deal avec les mollahs et avec le Hezbollah) et aussi de Carlos Ghosn, le bon ami des mollahs ! [1]

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La France avait déjà eu recours à des représailles de détention (sorte de prise d’otages) pour faire libérer ses propres otages aux mains des mollahs, mais jamais en logeant ses otages avec un service cinq étoiles ! Là, en raison des enjeux, Macron ne cherchait pas seulement la libération de la Martiniquaise détenue en Iran (obtenue fin février 2019), mais surtout, il espérait imposer son plan malgré son incompatibilité avec la réalité géopolitique des mollahs et les capacités d’influence de son pays !

Sans doute sous l’influence plus tactique du Quai d’Orsay, le président a aussi fait les yeux doux aux Arabes en général et en particulier aux Saoudiens (proches de Trump), dans une rencontre à Sharm El Sheikh sans leur offrir des gages financiers dignes de ce rapprochement !

En revanche, au même moment, les Chinois ont choisi une approche plus forte, plus net et moins petit épicier, en signant d’importants accords financiers et énergétiques avec les Saoudiens. Trump n’a pas condamné cette alliance, ce qui signifiait que la France avait raté sa chance en restant figée sur le régime des mollahs qui ne le lui rendait même pas un peu !

Au même moment, les mollahs étaient dépassés par les problèmes d’une part, des grèves et des manifestations et d’autre part, des crises financières internes. Ils ont provoqué des inondations pour contenir la contestation du peuple et de leurs collaborateurs financiers, mais leurs inondations ont aggravé leur situation ! Les mollahs ont paniqué et opté pour un pseudo apaisement. Ils ont libéré un otage américano-Libanais accusé d’espionnage en faveur des Israéliens pour parvenir à un deal avec Trump et n’ont rien obtenu en échange. Ils se sont aussi tournés vers les Japonais et n’ont rien obtenu d’eux. Ils ont tiré sur un pétrolier japonais sans parvenir à amadouer les Japonais.

Les Anglais ont saisi un cargo pétrolier des mollahs pour les encourager à libérer leur otage Nazanin Zagheri ! La France a seulement eu une approche petite épicière en envoyant Murielle de Sarnez pour récupérer 65 millions d’euros des entreprises françaises déposés en Iran !

Les mollahs attaqués de toutes parts ont abattu un drone américain pour provoquer une guerre dans le golfe Persique, mais Trump que les médias français ne cessent de qualifier de fou (au lieu de critiquer Macron) a esquivé le piège d’escalade tendu par les mollahs en vue de les démolir par sa guerre économique.

Les mollahs ont alors tenté une escalade en annonçant la reprise de l’enrichissement nucléaire afin de faire pression sur les Européens, partisans européens de l’accord de Vienne, et en particulier Macron. Mais ce dernier n’a pas pu agir et les a critiqués sans cependant les sanctionner.

Les mollahs ont estimé que Macron était resté dans son idée d’imposer son mauvais plan (pour s’imposer sur le plan international) ! En juillet 2019, ils ont annoncé l’arrestation de deux chercheurs français en visite à Téhéran pour le forcer à prendre leur partie. Macron n’a pas réagi et n’a pas communiqué sur le sujet et a ainsi encouragé les mollahs à continuer !

En fait, il y avait une gêne du côté français, car il s’agissait d’une part de Fariba Adelkhah, d’origine iranienne et spécialiste complaisante du régime, que nous avons souvent qualifiée de lobbyiste du régime, et d’autre part, de son mari Roland Marchal, spécialiste de la présence chinoise en Afrique !

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Maziar Bahari d’Iran Wire a aussi révélé qu’Adelkhah n’avait pas été missionnée par son organisme (CIRI) pour aller en Iran, qu’elle était à allée à Qom sur l’invitation d’un mollah conservateur et qu’elle était une prisonnière très privilégiée [2] car contrairement à d’autres otages, elle avait le droit de rencontrer librement sa famille et le consul français à Téhéran !

Est-ce qu’il s’agissait d’un plan tordu des mollahs avec la complicité de Fariba Adelkhah ou d’une réplique d’invité(s) transformé(s) en otage(s) ? Nous n’avons pas écrit sur le sujet, car nous doutions que la lobbyiste des mollahs ait pu piéger son mari. Il était en revanche possible que les mollahs, qui n’ont vraiment aucun scrupule à sacrifier leurs plus proches collaborateurs comme dans le cas de Saïd Emami, aient invité et puis arrêté ce couple de chercheurs qui leur faisait confiance afin de les utiliser pour mobiliser tous les chercheurs français et ainsi peser sur l’opinion française pour forcer Macron à se surpasser pour sauver leur régime !

Le plan des mollahs a bien marché, car Macron a cédé et a tenté de piéger Trump en invitant en août 2019 par surprise le MAE du régime, Zarif, à Biarritz lors du sommet des G7 au mépris de tous les participants. Mais tous ont refusé de rencontrer cet invité surprise et Macron a dû renoncer à son plan pour ne pas perdre la face parmi les G7 !


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Les mollahs ont alors évoqué des charges lourdes contre Adelkhah et Marchal pour obliger Macron à remettre en jeu ses médiations en septembre 2019 marge de l’AG de l’ONU en vue du deal souhaité par le régime avec Trump. Macron l’a fait et a échoué.

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Pendant que Macron poursuivait son plan irréaliste, en octobre 2019, Trump a avancé sur l’échiquier du Moyen-Orient en parvenant à des accords de facto en Syrie avec Poutine et Assad et a pu isoler déclencher l’éviction des mollahs de cette région clef pour leur survie (diplomatico-terroriste).

Les mollahs, privés de la possibilité d’agiter le Moyen-Orient, exposés à de nombreuses sanctions et aussi à une forte contestation, ont augmenté le prix de l’essence pour repousser les risques de pénuries chez eux et ont récolté un soulèvement contre leur régime. Ils ont alors sans cesse évoqué des condamnations lourdes pour leurs deux otages afin de s’assurer que la France ne prenne pas le parti des contestataires et que Macron reprenne ses initiatives pour imposer un apaisement à Trump.

La France (Macron) n’a pas pu peser dans ce domaine et a compensé cela en donnant carte blanche à des agents notoires de la fausse opposition (Mouvement Vert) déguisés en experte ou en journaliste à courir les plateaux TV pour dénaturer la contestation qui était en faveur des Pahlavi. Puis, Macron a permis le retour en Iran du faux opposant Zam sous forme d’une sorte d’enlèvement pour relancer la fausse opposition chère aux mollahs ! Il a enfin caché la joie des Iraniens à l’annonce de la mort de Soleimani et a pleinement aidé le régime à prétendre qu’il y avait une forte mobilisation en faveur de ce dernier !

En janvier 2020, à l’approche de l’anniversaire de la révolution islamique, les mollahs qui craignaient un boycott à 100% de leurs rassemblements ont annoncé la date de 3 mars pour le procès de deux otages afin que le France continue à les aider à nier leur rejet par le peuple et la France a fait ce qu’ils voulaient !

Mais ce boycott et suivi de celui des dernières élections législatives des mollahs (fin février 2020) ont provoqué un déclic en Macron, car la France a enfin cessé son approche d’épicière en acceptant l’extradition de son otage iranien vers les États-Unis.

Les mollahs ont caché l’info et après une nouvelle nuit de contestation extrêmement violente lors de la fête du feu, ils ont libéré l’un de deux otages, à savoir Roland Marchal, l’époux de Fariba Adelkhah, contre leur agent spécialiste d’achat de missile de DCA, Jalal Rouhollahnejad, détenu libre en France. Hélas, Macron a oublié son approche fort et il est revenu à son approche épicière en acceptant l’échange et il a eu lieu comme vous le savez.

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Le chercheur français est rentré sans son épouse et l’agent des mollahs a quitté la France. Les mollahs ont gardé Fariba Adelkhah en Iran.

Le choix misogyne du mari peut-être interprété en terme de la valeur marchande plus élevée du mari en raison de son origine française. Ce choix est bien naturel pour les mollahs, mais bien regrettable pour Macron qui s’est imprégné des habitudes inhumaines des mollahs et n’a pas exigé les deux otages en employant tous les moyens possibles.

Il s’agissait peut-être d’un doute sur le rôle de Fariba Adelkhah (complice ou otage), mais Macron n’en a pas parlé et a promis de la délivrer plus tard. Cela signifie que, quelles que soient les circonstances de détention de Fariba Adelkhah, Macron joue encore le jeu trouble de ses interlocuteurs enturbannés pour continuer ses propres pitoyables marchandages afin d’imposer son catastrophique plan malgré son irréalisme et ses échecs incessants.

Il est malheureux de constater que la France va continuer sa super politique d’épicière au lieu d’agir comme les autres grandes puissances siégeant au Conseil de Sécurité de l’ONU et va de facto contre le consensus pour mettre fin à ce régime malfaisant et ses dirigeants sans scrupule et criminels.

L’échange de Roland Marchal contre le milicien escroc Rouhollahnejad n’est pas une victoire pour la France et surtout pour Macron lui-même, mais une victoire pour les mollahs et leur chantage. Il y a 2500 ans, les Perses s’inspiraient des Grecs et Hérodote critiquait ses compatriotes en les invitant à s’inspirer des Perses. Macron ne se fie qu’à lui-même au lieu de s’inspirer de ses alliés américains et anglais. Tant pis pour lui, mais hélas, cela retarde la libération de l’Iran ainsi que la stabilisation du Moyen-Orien, et par ailleurs, creuse la distance entre les Iraniens et la France.

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[1Iran Wire à propos de Rouhollahnejad (PDF en persan).

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[2Iran Wire à propos d’Adelkhah (PDF en persan).

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