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Iran : la France, un prétexte pour refuser l’apaisement
21.10.2009

Le 1er octobre dernier, lors de la reprise du dialogue avec les Six, Téhéran avait accepté de coopérer sur deux points dont le premier était l’échange de son stock d’uranium faiblement enrichi contre 300 Kg de combustible nucléaire à base d’uranium moyennement enrichi par la France et la Russie. A la rencontre prévue pour fixer les modalités de l’échange, Téhéran a refusé tout dialogue ou accord avec les Français, une manœuvre délibérée visant à bloquer le processus d’apaisement engagé le 1er octobre à Genève.



le contexte | En juillet dernier en marge du sommet des G8, les Américains ont menacé Téhéran d’adopter de nouvelles sanctions à son encontre en octobre 2009 s’il ne cessait ses activités nucléaires ou encore s’il refusait le dialogue sur ce sujet. A ce moment, Téhéran s’est moqué de cette menace car il se voyait protégé par la Russie et la Chine. Quand ces derniers n’ont pas volé à son secours après la publication du dernier rapport de l’AIEA, il a supposé un deal entre ces deux pays et les Etats-Unis et il est devenu plus coopératif : il a alors proposé la reprise du dialogue avec les Six pour désactiver la menace de nouvelles sanctions. Ce qu’il a obtenu. Dès lors, il s’est immédiatement attelé à enchaîner des provocations pour pousser les Américains à évoquer à nouveau des sanctions unilatérales et ainsi diviser durablement les Six pour provoquer une panne dans le processus d’apaisement proposé par ce groupe.

l’enjeu | Il est primordial de rappeler que la panne d’apaisement est le principe vital du régime des mollahs. Les mollahs ne peuvent en aucun cas participer à un processus d’apaisement avec les Etats-Unis, alliés et protecteurs d’Israël. S’ils agissaient en ce sens, ils perdraient le soutien décisif de la rue arabe, allié populaire grâce auquel ils peuvent s’affirmer comme le principal facteur de nuisance politique chez les alliés arabes des Etats-Unis. Dans le meilleur des cas, en supposant qu’ils parviennent à une entente avec Washington, ils devraient se démocratiser et alors aux premières élections, ils perdraient le pouvoir au profit des poulains politiques de Washington. Pour garder tout le pouvoir et les bénéfices financiers qui vont avec, la seule option pour les mollahs est de rester dans une stratégie d’affrontement en guise de négociations.

Leur seul atout dans ce domaine est une vague menace sur l’approvisionnement pétrolier [1] pour pousser les Européens et les Japonais à faire pression sur Washington. Le régime des mollahs doit donc non seulement éviter tout apaisement, mais aussi amplifier la crise et pour cela, la première étape est de provoquer une panne dans le processus d’apaisement, fruit de l’existence du groupe des Six.

deux stratégies opposées | Conscients du jeu de Téhéran, les Américains ont esquivé toutes ses provocations et la rencontre a eu lieu le 1er octobre à Genève : Téhéran s’est retrouvé dans un processus d’apaisement forcé avec les Etats-Unis. Ces derniers ont cru avoir piégé les mollahs d’autant plus que pour ne pas réactiver les sanctions, ces derniers ont dû jouer le jeu en s’engageant sur deux points, l’inspection d’un nouveau centre d’enrichissement et l’échange de leur stock d’uranium faiblement enrichi contre environ 300 Kg de combustible nucléaire fabriqué par la France et la Russie. Mais aussitôt que les négociateurs iraniens ont quitté la table, ils ont affirmé qu’ils n’avaient parlé que des préoccupations de la rue arabe. Par conséquent, Ils ont nié tout dialogue nucléaire et donc tout engagement nucléaire, ajoutant que cela confirmait l’acceptation par les Six du programme nucléaire iranien ce qui n’est évidemment pas le cas. Les mollahs espéraient une vive réaction des Six.

Cette réaction attendue par Téhéran n’a pas eu lieu. Les Six ont même préféré censurer les déclarations dans leurs médias pour continuer le processus d’apaisement forcé. Le présent refus très médiatique de parler ou coopérer avec la France est la revanche de cette censure et un retour flamboyant à la stratégie de l’amplification nécessaire de la crise pour Téhéran.

et la France dans tout ça | Il fallait un buzz pour se faire entendre dans les médias occidentaux adeptes de censure : Téhéran a axé sa stratégie médiatique sur la France. Le choix du bouc émissaire s’est fait sur un critère simple : la Russie est l’allié stratégique de l’Iran et les Etats-Unis sont aux commandes des sanctions. La France était la seule option possible.

La France a réagi comme le prévoyaient les mollahs : en refusant de quitter le processus. Mieux encore, les participants ont cherché à faire le silence comme ils avaient déjà censuré le refus d’apaisement de Téhéran… Les médias occidentaux s’en sont mêlés pour signaler un silence inhabituel et Téhéran a obtenu le buzz médiatique qu’il espérait.
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Soltanieh, le négociateur des mollahs après le french buzz !


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la revanche | Mottaki, le ministre iranien des affaires étrangères, qui fait aussi office du porte-parole du ministère depuis une semaine, a choisi ce moment pour donner sa première conférence hebdomadaire. Il a évoqué le refus vis-à-vis de la France, mais il a surtout déroulé le discours tenu le 2 octobre par le régime, mais qui était passé inaperçu en étant censuré par les Six.

Mottaki a affirmé qu’en « acceptant de dialoguer » avec Téhéran sur des sujets non liés à son programme nucléaire, les grandes puissances avaient montré qu’elles « acceptaient que l’Iran dispose d’une technologie nucléaire pacifique ». Par conséquent, « l’Iran n’abandonnera jamais son droit légitime et indiscutable (au nucléaire) ».

Il a aussi rappelé que plus tôt, il avait précisé qu’« en cas d’échec des négociations à Vienne, l’Iran enrichirait lui-même son uranium à la hauteur de 20% ». Il a donc annoncé « une accélération du programme de l’enrichissement ! »

La crise est relancée. Si les Six esquivent encore (comme cela semble être le cas), Téhéran s’engagera dans la voie de l’escalade car tel est son objectif. Pour y parvenir, il peut encore titiller la France si le buzz s’apaise, mais d’autres pistes s’offrent à lui.

Les deux autres Etats européens qui font partie des Six pourraient faire les frais de leur statut inférieur au sein de ce groupe. L’accusation lancée contre la Grande-Bretagne dans l’attentat contre les Pasdaran fait partie de ce plan. Il y a même des rumeurs selon lesquelles le régime était au courant de la tentative d’assassinat sur le commandant des Pasdaran pour les régions du Sud-Est, mais ne l’a pas empêchée afin de l’exploiter selon ses besoins.

L’enjeu –la survie du régime- est si important que l’on peut supposer le pire. Il faut aussi s’attendre au pire car la seule option de survie pour les mollahs est le refus de tout apaisement et l’amplification de la crise.


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Article complémentaire :
-  Iran : On peut craindre le pire
- (29 SEPTEMBRE 2009)

| Mots Clefs | Enjeux : Apaisement |
| Mots Clefs | Décideurs : P5+1 (les Six) |
| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : France |

| Mots Clefs | Nucléaire : Politique Nucléaire des mollahs |
| Mots Clefs | Nucléaire : Crise & Escalade |

| Mots Clefs | Institutions : Diplomatie (selon les mollahs) |
| Mots Clefs | Institutions : Provocations |

[1Téhéran espère faire peur avec un conflit au Moyen-Orient, mais craint une attaque militaire car cela affaiblira les Pasdaran et permettra à la population de se soulever.