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Iran : On peut craindre le pire
29.09.2009

Le régime des mollahs qui tire sa puissance de ses capacités de déstabilisation de la région avec des slogans anti-israéliens ne peut en aucun cas avoir un dialogue apaisé avec les Américains. Cette semaine, il a multiplié les provocations pour faire capoter le dialogue. Face à lui, les Six font preuve de retenue pour l’attirer à la table des négociations.



A quelques jours d’une rencontre que l’on dit de la dernière chance, Téhéran a annoncé le déclenchement des travaux pour un second centre d’enrichissement, puis des tirs de missiles menaçant Israël et les Alliés arabes de l’Occident, ceux qui lui fournissent son pétrole.

Pour moins que cela, Téhéran a été sévèrement réprimandé par le passé. Mais cette fois aucune des grandes puissances réunies au sein des Six n’a commenté ces tirs à part la France qui a émis un communiqué du Quai d’Orsay. Cependant, dans le même temps, le très médiatique Bernard Kouchner a pris la parole sur Europe 1 pour dire son optimisme sur les chances de la rencontre du 1ier octobre à Genève qui selon lui sera le début d’une longue série de rencontres pour résoudre la crise nucléaire iranienne.

En tirant des missiles accompagnés d’un discours adéquat, Téhéran espérait déclencher la colère, mais il ne reçoit que des félicitations sur sa volonté d’apaisement. Il n’y a pas là le signe d’une erreur de jugement chez les Américains ou encore chez Kouchner. Le véritable enjeu actuel pour les Occidentaux est d’attirer le régime des mollahs à la table des négociations. Cependant, si cet objectif est commun, il n’est pas motivé pour les mêmes raisons. Les Français sont les partenaires économiques de l’Iran et souffrent des sanctions américaines, ils souhaitent la fin de la crise pour reprendre leurs activités très lucratives d’achat de pétrole au quart des prix du marché.

Les motivations américaines sont différentes : Ils n’ont pas de relations commerciales avec l’Iran, mais ils souhaitent parvenir à une entente stratégique avec ce régime pour accéder via l’Iran aux richesses gazières de l’Asie Centrale et aussi utiliser l’islamisme actif et séduisant des maîtres du Hezbollah pour encourager une agitation séparatiste islamique dans les très régions occidentales de la Chine, peuplées de musulmans.

Les deux puissances concurrentes, la France et les Etats-Unis, ont un intérêt commun d’éviter des sanctions trop lourdes contre ce régime car il convient à leurs objectifs commerciaux. D’autres membres des Six sont dans la même disposition et ce d’autant plus que ce régime est de plus en plus fragile depuis le soulèvement des Iraniens et ne peut pas supporter une sanction très lourde comme l’embargo sur le carburant. Ils font donc tout pour éviter d’en arriver là.

Cette nécessité a deux inconvénients endémiques. Le premier inconvénient est que la dégoulinade de gentillesse dont font preuve les Six n’arrange pas les affaires de Téhéran. Comme nous l’avons précisé dans toutes nos dernières analyses, Téhéran ne peut en aucun cas avoir un dialogue apaisé avec les Six comme le dit Kouchner car ce dialogue suppose de facto un apaisement avec les Etats-Unis, le protecteur par excellence d’Israël. Cet apaisement est impossible car Téhéran a fondé sa puissance sur une opposition frontale à Israël. Il utilise cette opposition pour embrigader la rue arabe et l’utiliser pour déstabiliser la région, en fait plus les Alliés arabes des Etats-Unis qu’Israël. S’il changeait de slogans et d’attitude, il se priverait de son seul moyen efficace de faire pression sur les Etats-Unis.

En conséquence, malgré les risques que lui font peser les sanctions, Téhéran doit continuer. Il balance alors entre des reculades tactiques comme la rencontre du 1er octobre et des provocations en chaîne pour faire capoter la rencontre, plaire à la rue arabe, et pourquoi pas faire reculer les Européens avec le bluff d’une possible guerre dans le golfe Persique. C’est d’ailleurs sa seule option. C’est pourquoi plus les Six feront des efforts d’apaisement et plus Téhéran s’agitera. Arrivé à un certain seuil, ayant épuisé toutes ses provocations habituelles, il devra en trouver d’autres et là, on peut craindre le pire.

Le second inconvénient : on ignore quelle réponse aurait l’Occident face à cette escalade qu’il refuse ? Hier, pour calmer le jeu, un même article (avec le même témoin, Ray Takyeh – un lobbyiste du régime-) est paru dans le Figaro et aussi le New York Times, un article où il était question de l’absence d’efficacité absolue des sanctions ! S’il existe un consensus pour préserver ce régime utile, il n’en existe pas pour virer ce même régime qui malgré son utilité reste très incompatible avec les projets que chacun forme pour lui. Le pire n’est pas seulement à Téhéran.


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