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Iran contestation : La censure arrive en France
09.07.2009

Le 13 juin, le régime voulait simuler une révolution verte, pour avoir l’air démocratiquement islamique et révolutionnaire, mais en moins de 48 heures, l’opération lui a échappé pour devenir une révolte nationale où l’on a crié « MORT A LA REPUBLIQUE ISLAMIQUE ». Après avoir réprimé la révolte dans le sang, le régime a repris son programme de révolution verte centrée sur Moussavi et demandé à des journalistes comme Delphine Minoui de réécrire l’histoire de ces journées à la sauce verte.



Il y a un mois, la situation a commencé à se détériorer en Iran. Pour éviter d’accepter l’offre d’apaisement d’Obama, le régime a imaginé une révolution verte qui sous couvert d’une vague démocratique devait être une seconde révolution islamique, un second souffle pour insuffler un peu de nationalisme dans l’antiaméricanisme originel ! Cette opération très sensible nécessitant des manifestations de masse a échappé à ses concepteurs quand du 15 au 25 juin, les Iraniens sont descendus par millions dans les rues pour contester le régime.

Dépassé, la première réaction du régime a été de bloquer l’info en interdisant aux journalistes étrangers de couvrir les manifestations. Seuls les journalistes français ont suivi cette consigne, les Suisses, les Américains, les Anglais, les Australiens, les Suédois et bien d’autres sont passés outre. Ils ont été arrêtés avant d’être relaxés ou expulsés, mais ont fait leur métier avec les moyens du bord. C’est ainsi qu’ils ont pu transcrire des témoignages sur place pour accompagner les admirables images amateurs envoyées vers l’extérieur par des anonymes, via Skype pour contourner le filtrage intensif.

Ainsi, le monde a assisté en direct et au grand désespoir des mollahs à une révolte que chacun, même les professionnels de la langue de bois au Quai d’Orsay, souhaitait voir se terminer par une révolution et un changement de régime.

Le régime a réussi à reprendre le dessus en postant des miliciens aux principaux carrefours des villes touchées pour empêcher la formation des marées humaines de contestation, immobilisant ainsi le mouvement d’abord en province où les villes sont plus petites, puis à Téhéran, mais le mal était fait, les images amateurs du 15 au 25 juin allaient à l’encontre de la prétendue révolution verte. C’est pourquoi, en priorité avant la reprise de sa révolution verte, le régime a de nouveau focalisé ses efforts sur l’info ou plus exactement, le récit officiel de ces 10 jours entre le15 et 25 juin.

C’est ainsi que nous eûmes droit à plusieurs reportages principalement en France, où le terrain était vierge, avec des récits recentrés sur Moussavi et sa révolution verte. Au moment où Téhéran entend relancer sa révolution verte avec un fort risque de débordement, Delphine Minoui a publié hier un long récit en deux volets (ci-joints [1]), pour relier radicalement et définitivement le mouvement de contestation à Moussavi.

C’est un étrange récit car sur 10 pages, 340 lignes et 3329 mots, seulement 3 lignes et 27 mots évoquent les évènements du 15 au 25 juin ! 3 lignes et 27 mots dans lesquels Minoui affirme manquer d’informations sur les évènements et surtout sur le nombre des tués !

« Combien sont-ils ? Dix, vingt, trente, cent… Impossible à dire, impossible à vérifier, tant les moyens de communication sont de plus en plus limités. »

Or, la grande partie des victimes a été tuée le 15 juin à une manif qui n’était pas interdite aux journalistes et à laquelle a participé Minoui ! Mais elle n’a rien vu, rien entendu surtout rien enregistré car elle avait « par prudence laissé son appareil photo et son enregistreur à la maison ! » C’est bien pratique comme excuse, mais sur la photo qui illustre le second volet de son récit (prise par son mari le journaliste pro-mollahs Borzou Daragahi), on la voit équipée d’un cellulaire, appareil qui depuis 10 ans est équipé d’une caméra, Clotilde Reiss en sait quelque chose.
© WWW.IRAN-RESIST.ORG

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Supposons néanmoins qu’elle avait aussi laissé son portable « à la maison », l’explication reste courte car dès le lendemain, ce sont les manifestations qui ont été interdites et non les hôpitaux pour récolter les infos. Il y eut d’ailleurs des grèves sauvages devant les hôpitaux pendant lesquelles les employés criaient le nombre des tués. Nous sommes donc là face à une tentative éhontée de réécriture de l’histoire dans un but négationniste.

Dans ce récit écrit pour effacer les traces de la révolte, la pauvre Neda se trouve affublée d’une seule petite ligne de 19 mots. Vite expédié, son cas sert de cache-sexe à tous les autres cadavres encombrants vus sur les images amateurs reçues via le net malgré le filtrage intensif : celui qui avait le cerveau explosé, cet autre touché au ventre, celui-ci touché au rein, l’autre abattu d’une balle dans la gorge, sans parler des pendaisons récentes de manifestants non repentants.

En tout, cette révolte énorme et ses images qui ont ébranlé le monde et fait vaciller le régime des mollahs représentent 46 mots sur 3329, soit 1% du récit de Delphine Minoui !

Pour réussir cet exploit qui déshonore le Figaro, Delphine Minoui, qui est à juste titre l’attachée de presse du régime des mollahs, a démarré son récit le 29 mai en pleine campagne à l’américaine bardée de rubans verts, soit deux semaines avant les affrontements.

Ainsi l’accroche initiale de ses « Deux semaines qui ont ébranlé l’Iran » est « un étrange vent de liberté (qui) souffle en Iran », la révolution verte de Moussavi. De quoi préparer mentalement les Français à voir dans la reprise de la contestation contre le régime l’expression d’une envie de révolution verte, un renouveau de la révolution islamique.

Ce sera une dernière tentative éphémère du régime. Les premiers affrontements ont recommencé hier soir entre les jeunes et les bassidjis et les crieurs de la nuit ont été selon les témoignages plus nombreux que tous les soirs. Bientôt, cette même Minoui sans scrupule va retourner sa veste pour devenir bien plus anti-mollahs que nous l’avons jamais été.


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Pour en savoir + :
- Iran : La partie commence maintenant !
- (4 JUILLET 2009)

Pour en savoir + sur Minoui :
- Iran : Le dialogue à guichet fermé !
- (2 Septembre 2007)

| Mots Clefs | Auteurs & Textes : Delphine Minoui |
| Mots Clefs | Résistance : Lobby pro-mollahs en France et ailleurs |

| Mots Clefs | Résistance : Manifestations hostiles au régime |
| Mots Clefs | Résistance : Menace contre le régime |

| Mots Clefs | Institutions : Démocratie (médiatico)-islamique |
| Mots Clefs | Mollahs & co : Mir-Hossein Moussavi |

[1Minoui réécrit l’histoire

PDF - 1.1 Mo
Les deux semaines qui ont ébranlé l’Iran
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Le chaos au quotidien