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Iran : La semaine en images n°33
05.10.2008

Fin de ramadan : les musulmans du monde entier se précipitent dans les mosquées pour prier en communauté. L’Iran des mollahs est le seul pays où l’on organise cet événement religieux sur les places publiques pour en faire une vitrine de la popularité du régime. Les images nous montrent des grandes foules, mais tout est relatif. Décodages en images.



20,000 | Le régime a tort de capitaliser cette présence comme la preuve de sa popularité. Les personnes présentes sont ceux du régime, des dirigeants, des miliciens ou encore des commerçants du Bazar qui dans chaque ville prient (en famille) derrière le plus haut personnage local pour être vus, pour côtoyer des dignitaires, pour frimer aussi. C’est la foire des ambitieux.

© WWW.IRAN-RESIST.ORG

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A Téhéran, ville de 12 millions d’habitants, ils étaient ainsi 2000 autour du Guide Suprême et un autre groupe de 500 à s’afficher avec un mollah inconnu armé d’une Kalachnikov comme au bon vieux temps des massacres du début de la révolution. Ils étaient aussi quelques 2000 à Ispahan, 2000 à Qom… En tout 10 à 15,000 dans un pays de 70,000,000 d’habitants à se donner en spectacle au lieu de prier comme il se doit dans un lieu saint.

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30,000 | Cependant, ces foules composées, renforcées par la présence des femmes, des sœurs, de la maman, du papa, des enfants, gonflées par des collages Photoshop (ci-dessus : bizarreries d’échelle) n’ont rien à voir avec les 30,000 jeunes qui ont payé leur place pour assister à un match de foot à Téhéran au lendemain de ces prières collectives.

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Ils étaient 30,000 mais ils auraient pu être 100,000 à préférer le foot à la prière. D’ailleurs ils se sont déplacés beaucoup plus nombreux, mais ils ont été refoulés aux portillons : le régime n’a pas vendu plus de 30,000 places de peur de ne pas savoir gérer la sortie du match de cette masse de jeunes surexcités et passablement en colère contre le régime car la presque totalité est au chômage.

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Si le régime a peur des jeunes (au point de parquer des miliciens en armes dans les stades), c’est parce que l’on ne voit guère les représentants du régime quand les choses vont mal. Au lendemain des prières collectives, Tabriz a été inondée sous des pluies diluviennes qui ont transformé la ville en piscine collective et la ville balnéaire de Sari a été victime d’une tempête qui a fait 4 morts et 25 millions de dollars de dégâts, mais il n’y eut aucune visite d’aucun des hommes de Dieu ou leurs compères barbus des Pasdaran.

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Si le régime a peur des jeunes, c’est aussi parce que la situation économique est catastrophique. Tous les six mois, le régime distribue des coupons de rationnement qui donnent droit à des quantités minimales de sucre, d’huile ou de riz, des ratios gratis qui permettent à 15 millions de familles (sur les 17 millions qui composent la société iranienne) de se nourrir. Actuellement, le régime est en train d’organiser la 13ième édition de ces aides bimestrielles. Le régime a annoncé un plan de modernisation des aides et propose le remplacement des coupons qui seraient dépassés par des aides en liquide plus conformes à l’économie du marché, le nouveau dada des mollahs.

Plus qu’une modernisation, il s’agit d’une réduction des coûts : le régime veut remplacer les coupons qui représentent des quantités fixes de produit de base par des aides payées par un billet qui ne vaut rien en raison d’une inflation générale à 45% qui atteint pour les produits alimentaires le taux incroyable de 100% (car les produits servent de base pour la spéculation au Bazar). Aussitôt payée, une telle aide ne vaudrait plus rien. Les Iraniens préfèrent le coupon au liquide.

On ne voit guère ces Iraniens démunis qui font la queue dans les bureaux de poste depuis 15 jours pour obtenir les précieux coupons : ils ne sont pas photogéniques. Ceux qui se donnent en spectacle dans les prières collectives sont bien plus photogéniques, même les jeunes du stade, c’est ok. Ils donnent l’image d’une jeunesse qui s’amuse, bien qu’ils représentent moins de 0,01% de cette jeunesse.

Les pauvres font des apparitions furtives dans les médias : à l’occasion d’un reportage sur les méfaits de la drogue, sur les villes martyrisées pendant la guerre Iran-Irak, sur l’urbanisation incontrôlée, ou encore sur nos gentils miliciens en train de combattre les marginaux.

Cette semaine, un reportage consacré au voyage en train nous montre ces Iraniens largués. Le chemin de fer iranien, le TransIranien, -vestige de l’ère des rois bâtisseurs Pahlavi- est en piètre état : vétuste, toujours en panne. Ceux qui le prennent lui ressemblent.

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Voici un autre moyen de locomotion en bien mauvais état : la mythique Peykan, la première automobile iranienne. Il y a deux ans, le régime des mollahs a décrété qu’elle était dépassée, un peu comme les coupons de rationnement, pour la remplacer par de nouvelles marques.

Or, la Peykan (la Flèche) n’était pas dépassée, mais elle n’apportait rien aux mollahs en ce sens que ces derniers préfèrent liquider les industries nationales dans leur programme de privatisation, pour les remplacer par des usines d’origine étrangère. Ces projets sont synonymes de pots-de-vin en dollars versés sur leurs comptes bancaires à l’étranger. Les pots-de-vin ont été encaissés, mais les nouvelles automobiles sont finalement souvent défectueuses, très chères, très gourmandes en essence au point que les iraniens ont plébiscité le retour de la Peykan, qui était increvable, très bon marché, et finalement pas plus gourmande que ses successeurs. La semaine dernière, le régime a été obligé d’annoncer à contrecœur la possibilité de redémarrer la chaîne de production de la Peykan.

Pour discréditer ce fantôme de l’ère heureuse d’avant la révolution, le régime a diffusé dans la presse la fausse nouvelle que les moteurs de cette voiture explosaient sans raison. Personne n’a jamais vu cette increvable Peykan exploser, c’était plutôt les Peugeot 405 montées en Iran qui explosaient l’année dernière au grand dam du régime et du constructeur français. Pour illustrer cette fausse nouvelle diffamatoire, les services de presse des mollahs ont mis en scène un incendie spontané de Peykan.

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Comme par hasard, il y avait un photographe dans le coin !
La voiture se serait arrêtée brusquement, mais il n’y a pas de traces d’un violent freinage…
Le conducteur n’a pas l’air apeuré et par la suite, il abandonne son véhicule...
Ceux qui éteignent le feu sortent de nulle part...
Plus ridicule encore, la soi-disant passagère de gauche semble avoir commencé sa course avant sa copine de droite...
La voiture qui est derrière est stationnée, la voiture incendiée semble donc dans la file de stationnement...
L’explosion n’a pas non plus attiré la foule.
Lamentable comme toutes les mises en scène médiatique du régime.

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Cette nouvelle édition de la semaine en images, initiée il y a 33 semaines, nous offre de nouveaux portraits de l’Iran, celui d’un régime qui continue à faire semblant d’être populaire mais craint les réunions en grand nombre de ses jeunes, celui d’une jeunesse qui perd son temps en ignorant sa force, celui des vestiges du passé, livrés aux flammes pour disparaître ou qui rouillent faute d’un chef de gare nommé Reza...
(du nom du fondateur de la dynastie qui a modernisé l’Iran avec un revenu pétrolier annuel de 317 livres sterling, la part de l’Iran de la vente de son pétrole par les British).