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Iran : Dans l’accélérateur des particules !
22.07.2011

Le régime des mollahs a annoncé la mise en œuvre de nouvelles centrifugeuses très performantes sur un nouveau site nucléaire. Il n’a donné aucune information sur les performances ou le nombre de ces centrifugeuses. Il y a de quoi s’alerter, mais puisque ce nouveau site nucléaire est encore en construction, il s’agit d’une nouvelle provocation. En fait, les mollahs cherchent à provoquer l’escalade pour que la crainte d’une guerre oblige Washington à cesser ses sanctions qui sont destinées à les forcer à s’adoucir et d’autoriser les pions de Washington à revenir en Iran afin de prendre légalement le pouvoir via une révolution de couleur. Nous avons consacré de nombreux articles sur la nécessité absolue pour les mollahs de refuser le dialogue ou de s’agiter à chaque fois que les sanctions deviennent pesantes, il ne nous semble pas nécessaire de répéter les mêmes explications, on peut néanmoins évoquer les circonstances économiques de cette nouvelle provocation et le choix spécifique de progrès nucléaire flou et ambigu.



Cela faisait assez longtemps que l’on n’avait pas entendu parler des centrifugeuses anxiogènes des mollahs ! La remarque a été également valable pour les missiles iraniens. Mais il y a trois semaines, Téhéran a tiré des missiles « capables d’anéantir les centres d’intérêt américains dans la région », avant d’évoquer « un dispositif balistique capable de casser la défense anti-missiles israélienne pour détruire totalement Israël ou encore la capacité de couler les pétroliers américains pour fermer le détroit d’Ormuz ». On assiste à un retour des provocations et même une escalade dans la provocation.

Cette intensification a été provoquée par un enchaînement de difficultés internes : face aux refus des dirigeants et leurs associés qui accaparent le pouvoir d’accepter le moindre compromis quels que soient les effets des sanctions sur les Iraniens, il y a près d’un an, les Pasdaran ont commencé à boycotter les manifestations du régime. Cette action protestataire des Pasdaran a réduit le régime à ses 130 dirigeants et leurs 25,000 proches associés et collaborateurs issus des clans au pouvoir ou des services secrets chargés des pires répressions. Les dirigeants du régime avaient eu peur et avaient cessé d’utiliser la provocation pour contraindre Washington à reculer : ils avaient alors misé sur le Mouvement Vert, l’opposition officielle islamiste et anti-dialogue dirigée par l’un des leurs, pour légitimer leur refus de compromis. Les Pasdaran n’ont pas approuvé cette approche qui allait entraîner d’autres sanctions réduisant encore plus les chances du peuple iranien à sortir des crises. Ils ont boycotté l’anniversaire de la révolution islamique, puis ils ont intensifié leur rupture en refusant, le 15 mars 2011, de réprimer une manifestation clairement hostile au régime. Ils sont passé de l’avertissement passif à la résistance passive.

Cette rupture (+/- passive) des Pasdaran avec leur commandement n’a pas seulement fragilisé le régime face au peuple, elle a aussi semé la panique parmi les 25,000 associés et collaborateurs du régime : ces représentants des clans au pouvoir se sont mis à brader leurs actions et leurs biens pour acheter des dollars. Le régime s’est retrouvé avec un nouveau problème : la fonte de ses réserves en devises et sa conséquence : le risque de se retrouver en pénurie à un moment où il est très fragile. Quand la ruée vers le dollar a entraîné des difficultés pour la banque Centrale Iranienne, le régime a décidé de revenir avec force vers la politique des provocations et des menaces qu’il avait abandonnée pour plaire aux Pasdaran qui s’éloignaient. Il a tiré des missiles pour insinuer sa capacité balistique à détruire les centres d’intérêts américains dans la région.

Mais Washington a esquivé car il ne veut pas d’une guerre : il veut juste épuiser les mollahs pour les forcer à réintroduire ses pions dans le système pour prendre la direction de ce régime agitateur idéal pour agiter l’Asie Centrale chinoise.

Dépité par cette esquive tactique américaine, le régime a intensifié la teneur de ses menaces en évoquant une menace balistique très précise capable notamment de couper le transit vital des pétroliers vers l’Amérique puis sa capacité de détruire le parapluie anti-missile américain fourni à Israël. Ces propos susceptibles de provoquer une attaque militaire fatale au régime ou un renforcement des sanctions bancaires (au moment où les associés pensent à déplacer leurs dollars) ont entraîné une plus grande panique au sein des associés : la bourse s’est effondrée au lendemain de l’annonce et le régime n’a pu la réanimer. Les dirigeants ont paniqué à leur tour, après la tentative ratée de la Bourse Iranienne du Pétrole pour attirer des flots de dollars en Iran, ils ont annoncé leur ouverture à un dialogue équitable avec Washington. Ils espéraient utiliser la réponse positive de Washington pour rassurer leurs associés paniqués. Washington a accepté, samedi dernier, il a envoyé le président pakistanais en Iran avec un contrat-cadeau d’achat de gaz d’une valeur d’1 milliard de dollars pour aider le régime désormais consentant, mais menacé à se restaurer en attendant la passation des pouvoirs vers ses pions. Mais Washington s’est aperçu que les mollahs voulaient poser des conditions au dialogue naissant pour l’amener à capituler, il a écourté la tentative et même puni le régime en faisant dire à son émissaire qu’il n’utiliserait « plus le dollar pour payer ses achats, mais le rial iranien » qui ne vaut rien !

Lundi midi, la direction de la bourse de Téhéran a annoncé une hausse vertigineuse de la demande en pièces et lingots d’or : plus de 30 milliards de dollars (selon le taux officiel iranien) en moins de deux jours ! La demande a même relancé ponctuellement la bourse moribonde de Téhéran !
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Le régime devait reprendre sa politique de provocations pour contraindre Washington à reculer afin de rassurer ses associés déçus par son échec face à Washington. Il devait cependant éviter les menaces trop précises. Il a évoqué ses centrifugeuses qui sont traditionnellement floues et ambiguës pour se laisser l’opportunité de reculer pour calmer le jeu ou envisager un arrangement.

Conclusions | Cela rappelle l’attitude du régime au début de la crise, mais à l’époque il faisait un pas en avant, puis un ou deux pas en arrière, or, il vient de faire un pas en arrière après une folle course en avant. Cela n’a rien à voir : il n’est plus dans une énervante polka qui le maintenait en place et lui permettait de mener à bien sa politique de négociation sans fin, il est dans une course désordonnée qui l’entraîne vers des excès compromettant sa survie et l’arrangement souhaité par Washington.

Washington devra intensifier sa politique d’esquive pour ne pas se trouver dans l’obligation de sanctionner davantage le régime agonisant. L’évolution a peut-être commencé car non seulement, il n’a pas commenté la dernière provocation des mollahs, mais bien avant, au lendemain des nouvelles difficultés financières du régime avec ses associés, il a autorisé les éléments fidèles du régime à pénétrer sur sa chasse gardée du Kurdistan irakien pour frapper son protégé séparatiste, le Pejak, afin de laisser insinuer un possible arrangement avec Téhéran pour rassurer ces associés que le régime, perdu dans son sprint désordonné, ne parvient pas à rassurer.

De son côté, Téhéran a fanfaronné en parlant du déploiement de 5000 miliciens et plus de 500 chars d’assaut afin de nier la rupture des Pasdaran. Ce qui n’est guère plausible quand il manque de troupes pour organiser un simple défilé militaire à Téhéran. Il n’existe d’ailleurs aucune image de cette colonne avant son départ vers la victoire sur le territoire irakien. L’annonce n’a eu aucun effet sur la panique interne qui le secoue.

Washington n’a pas contredit les prétentions du régime car il ne veut ni de la rupture des Pasdaran avec le régime et ni leur adhésion avec le peuple. En fait, le champs d’intervention laissé aux agents du régime a dû être bien restreint car le Pejak se porte bien ! Washington a laissé supposer un arrangement irano-américain pour rassurer les associés paniqués du régime, mais sans laisser les mollahs écraser ses petits protégés kurdes de Pejak afin de préserver un moyen de pression sur eux ainsi qu’un objet de litige et d’arrangement. Après la polka iranienne qui faisait danser Washington, la polka kurdo-américaine va faire danser les mollahs !

Nous avons connu la version baloutche de cette fantaisie avec le Jundallah : elle a fini dans un sprint désordonné. Washington devra introduire des changements plus structurés pour ne pas se retrouver embarqué dans une action aussi désordonnée que celle des mollahs. Mais il ne le peut pas car il doit évoluer en adéquation avec la fragilisation introduite par des gens paniqués et incontrôlables (qui ont presque tout préparé pour commencer leur fuite si le régime échoue dans ses efforts pour sauver sa peau et la leur). De fait, Washington ne peut que tabler sur une polka désordonnée aux règles imprécises.

Avec le sprint désordonné de ses dirigeants et cette polka imprécise des Américains, on entre dans une phase propice aux erreurs tactiques aussi bien du côté des mollahs que du côté des Américains. Téhéran pourrait excéder ses associés, Washington pourrait les déstabiliser. Le sprint désordonné des mollahs et la polka kurdo-américaine risquent d’accélérer les tendances centrifuges des associés paniqués et d’achever le régime que les deux parties veulent sauver. Vivement d’autres annonces des mollahs !


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d’autres fantaisies américaines :
-  Iran : Efforts à bâbord et à tribord
- (17 février 2010)

sur l’instabilité du régime :
- Iran : L’incroyable révolution des Pasdaran !
- (13 MAI 2011)

| Mots Clefs | Institutions : Provocations |
| Mots Clefs | Nucléaire : Politique Nucléaire des mollahs |
| Mots Clefs | Institutions : Diplomatie (selon les mollahs) |

| Mots Clefs | Resistance : Boycott (du régime ou du Mouvement Vert) |
| Mots Clefs | Résistance : Menace contre le régime |
| Mots Clefs | Instituions : Economie iranienne |