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Iran-Obama : Shirin Ebadi regrettera ses paroles
15.10.2009

La lauréate du Nobel de la Paix en 2003, Shirin Ebadi, a été surnommée l’Ayatollah Ebadi par les Iraniens car ses propos sont toujours allés dans le sens des attentes de Téhéran : la reconnaissance du droit à l’enrichissement, soutien au Hamas, exigence de la fin des sanctions dans le dossier nucléaire… Sa dernière prise de position ne déroge pas à la règle : au moment où Téhéran est contraint contre son gré de parler à Obama, l’Ayatollah Shirin Ebadi a interdit à Obama d’adresser la parole aux mollahs qui violent les droits de l’homme.



Il y a un an, avant l’accession au pouvoir d’Obama, Téhéran se disait prêt pour le dialogue à condition qu’il n’y ait aucune condition préalable comme la suspension de ses activités nucléaires. En fait, Téhéran voulait obtenir une reconnaissance de facto de son droit à l’enrichissement pour obtenir la fin des sanctions américaines qui étaient en train de mener le pays à la banqueroute (ce dont on vient d’avoir la confirmation).

Au même moment, Shirin Ebadi qui avait par le passé dénoncé la politique de « 2 poids 2 mesures des Américains en matière du droit à l’enrichissement » (accordé aux Etats-Unis et à Israël, mais pas aux mollahs) a également fait sienne cette demande d’un dialogue sans condition préalable dans une interview accordée le 22 décembre 2008 à Corriere della Sera. Alors que le journal italien l’interrogeait sur la situation des droits de l’homme en Iran, au lieu de dénoncer les séries de pendaisons d’homosexuels, de mineurs ou de prisonniers politiques qui avaient eu lieu à cette époque, elle a de but en blanc interpellé Obama pour l’inviter à « rencontrer immédiatement Ahmadinejad pour un dialogue sans aucune condition préalable ».

Un mois après cet appel de Shirin Ebadi, Obama a pris le pouvoir et il a immédiatement proposé aux mollahs un dialogue sans condition préalable. Cette offre n’avait cependant rien avoir avec la version des mollahs : Obama avait uniquement renoncé à l’exigence de la suspension de l’enrichissement, mais en aucun cas cela n’était synonyme d’une reconnaissance du droit à l’enrichissement qui aurait mis fin à la crise et aux sanctions. Le président américain avait juste privé Téhéran d’un prétexte pour fuir le dialogue. Dépité par cette approche rusée, Téhéran a salué le changement de ton, mais il a exigé d’Obama moins de paroles et plus d’actes en précisant que les 2 premiers actes décisifs seraient la levée de toutes les sanctions contre l’Iran et la restitution des capitaux iraniens confisqués par les Etats-Unis en 1980.

On a alors assisté à un phénomène incroyable. Shirin Ebadi, qui avait appelé Obama à un dialogue sans condition préalable, n’a rien dit quand ce dernier à fait son offre de dialogue préalable à Téhéran, mais dans une interview accordée à la presse canadienne, elle a repris mot pour mot les exigences du régime des mollahs en déclarant : « Ce que Barack Obama a dit est très positif. Le discours utilisé par George Bush ne faisait qu’encourager la violence du régime iranien. Mais pour que les choses changent vraiment, des actions doivent suivre : Après la révolution iranienne, Washington a gelé tous les fonds iraniens aux États-Unis. Le premier geste serait de dégeler ces fonds ! »

Dans à peu près tous les domaines, Ebadi parle dans le sens des attentes de Téhéran : sur un plateau de la télévision française elle a qualifié la Shoah d’un détail de l’histoire. Quand le monde entier s’est enflammé par des nouvelles de lapidations en Iran, elle a écrit un article dans le Monde sur les progrès dans le domaine des droits de l’homme grâce au régime des mollahs. Autre fait accablant, elle est l’un des vecteurs pour dissimuler un aspect repoussant du régime : la pédophilie dépénalisée avec la loi qui autorise le mariage entre les adultes et des fillettes déclarées adultes à 9 ans. Grâce à cette loi inacceptable, l’Iran est devenu une destination du tourisme sexuel pédophile. Selon les statistiques du régime, il y aurait 900,000 femmes en bas âge vivant à l’état marital. Cette femme qui joue le rôle de l’alibi démocratique du régime des mollahs exploite son image international pour aider en toute circonstance le régime auquel elle croit.

Aujourd’hui, son intervention conforme à la volonté du régime prend la forme d’une demande de rupture de dialogue avec Téhéran car Téhéran ne veut plus dialoguer avec les Etats-Unis. S’il continue le dialogue, Téhéran devra faire preuve d’apaisement, une posture qui le priverait du soutien de la rue arabe, allié grâce auquel il se vente d’être le principal facteur de déstabilisation chez les alliés arabes des Etats-Unis. Téhéran doit refuser tout apaisement ce qui insinue une rupture du dialogue, mais s’il rompait, il se verrait lourdement sanctionné ce qui dans l’état actuel de ses difficultés économiques précipiterait sa chute. Il faut donc que la rupture soit d’origine américaine.

Pour obtenir ce résultat, Téhéran a essayé toutes sortes de provocations, mais les Etats-Unis ont esquivé. Il a fait preuve de cruauté pour susciter une réaction contre les violations des droits de l’homme, mais les Etats-Unis ont encore esquivé. Sa dernière carte est d’exiger la rupture des négociations par un autre lauréat du Prix Nobel.

Pour se sauver du piège de l’apaisement, Téhéran est prêt à se scier une jambe en s’accusant de tous les crimes par l’intermédiaire de Shirin Ebadi qui pourtant ne s’était jamais préoccupée du sujet ! Par la voix de l’Ayatollah Shirin Ebadi, Téhéran exige que l’« on focalise le débat sur les violations droits de l’homme en Iran », un sujet inépuisable qui devrait empêcher tout dialogue !

C’est plutôt jouissif !

Malheureusement , Obama est là pour une autre mission : embrasser les mollahs et en faire les alliés stratégiques des Etats-Unis au Moyen-Orient et en Asie Centrale. C’est pourquoi, ce nouvel appel de l’Ayatollah Shirin Ebadi pourrait rester ignoré, mais utilisé dans quelques mois quand les efforts pour arriver à une entente auront échoué. A ce moment-là, Téhéran et l’Ayatollah Shirin Ebadi regretteront ces paroles qui en revanche seront utilisées à bon escient par le peuple iranien.

Comme disent les Iraniens, la partie ne fait que commencer : il est urgent d’attendre.


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| Mots Clefs | Décideurs : OBAMA |
| Mots Clefs | Enjeux : Apaisement |

| Mots Clefs | Réformateurs & dissidents : Shirin Ebadi |
| Mots Clefs | Resistance : FAUSSE(s) OPPOSITION(s) |

| Mots Clefs | Violence : Violations des Droits de l’Homme |
| Mots Clefs | Violence : Répression des homos |
| Etre Jeune en Iran ou violence contre les mineurs |
| Mots Clefs | Violence : Répression pour faire un exemple |
| Mots Clefs | Violence : Persécution des Minorités |
| Mots Clefs | Violence : Violence contre les Femmes |