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Iran : Le Chah et le programme nucléaire iranien
01.10.2009

Il y a trois ans la somme des capitaux français investis en Iran s’élevait à 35 milliards de dollars. Par ailleurs, la France arrive régulièrement en tête de liste des partenaires commerciaux de l’Iran. Il en résulte une certaine résistance à l’application des sanctions et aussi une forme d’allégeance au régime des mollahs qui prend la forme de la complaisance : on cherche sans cesse à excuser les mollahs dans tous les domaines y compris le nucléaire. Un des moyens les plus courants de cette complaisance est d’associer le programme nucléaire des mollahs au Chah d’Iran.



Dans une interview publiée dans le Monde, Camille Grand, directeur de la Fondation pour la recherche stratégique, affirme :

« Nous savons que, dès l’époque du chah, l’Iran s’est lancé dans un vaste programme nucléaire dont la double finalité - civile et militaire - est probable ».

Suivent alors d’autres « nous savons » du même genre : c’est-à-dire des probabilités-certitudes qui permettent d’ancrer le programme nucléaire dans le passé, de souligner la complicité de l’Ouest avec cet encrage historique afin d’insinuer, notamment avec la référence au modèle japonais, que Téhéran a le droit d’enrichir de l’uranium selon ses souhaits, prélude à la volonté française d’éviter les sanctions qui mettent en péril ses investissements en Iran.

Passons le fait que le programme nucléaire des mollahs est un ramassis de rumeurs et d’intoxication invérifiée, il n’en reste pas moins que la conclusion finale, implicite et sous-entendue des propos de Camille Grand résulte d’une déduction fondée sur des faits altérés. Pour en arriver là, il fallait passer sous silence 3 faits historiques fondamentaux.

Le premier fait, cité mais minimisé par Camille Grand, est que l’Iran du Chah a adhéré au Traité de la Non Prolifération en 1968. Grand ne l’a pas précisé, mais le TNP date de 1968.

Le second fait totalement passé sous silence est que la personne du Chah, grand partisan de la paix au Moyen-Orient, l’homme qui fut à l’origine du rapprochement entre Sadate et Begin, a été en 1974 l’auteur de la première résolution pour un Moyen-Orient à l’abri de la tentation atomique (voir documents joints [1]).

Le troisième fait très important est qu’il a également en 1974 confié 1 milliard de dollars à la France pour créer le complexe Eurodif pour avoir droit à 10% de sa production de combustible nucléaire pour les futures centrales qu’il s’apprêtait à acquérir auprès des fournisseurs européens. Selon l’accord, le combustible irradié devait être rapatrié par Eurodif.

Voici trois faits dont la combinaison réfute toute déclinaison militaire du programme nucléaire du Chah. Ce dernier n’avait aucun programme de déstabilisation de la région sinon il n’aurait pas éprouvé le besoin de rapprocher ses amis Israéliens de ses amis Egyptiens et Turcs.

Le programme nucléaire du Chah était une rénovation des infrastructures industrielles du pays pour diversifier ses ressources énergétiques. Selon le professeur Nosratollah Vahedi, un des responsables du programme nucléaire iranien aujourd’hui exilé en Allemagne, cette rénovation ne se limitait pas au nucléaire, l’Iran avait à l’étude des projets pour exploiter l’énergie solaire ou encore l’énergie de la mer. Le Chah et des personnes aussi estimables que le professeur Vahedi (que vous pouvez consulter) travaillaient avec acharnement pour que l’Iran, qui a environ 700 ans de réserves pétrolières, ne soit pas un simple exportateur de brut, mais un producteur de dérivés pétrochimiques grâce aux raffineries d’Abadan qui étaient les plus grandes et les plus performantes du monde [2]. Ces hommes travaillaient avec l’aide des grands pays industriels pour faire de l’Iran une puissance industrielle mondiale. En toute honnêteté, on ne peut pas associer des personnes qui ont travaillé pour la stabilité de la région à des voyous qui s’agitent depuis 30 ans pour semer le chaos au Moyen-Orient.

© WWW.IRAN-RESIST.ORG
à l’attention de M. Camille Grand | Cher Monsieur, peut-être ignoriez-vous l’existence de la résolution initiée par le Chah d’Iran pour un Moyen-Orient sans arme nucléaire, mais à présent que vous le savez nous espérons que vous en tiendrez compte dans vos écrits.


© WWW.IRAN-RESIST.ORG
article complémentaire :
- Iran : La fin d’un grand mensonge historique
- (19 AVRIL 2007)

On reparle d’Eurodif, en savoir plus :
- Décodage : Jacques Chirac réaffirme le droit de l’Iran au nucléaire civil
- (1ER MARS 2006)

| Mots Clefs | Histoire : Mohammad-Reza Shah Pahlavi (le Chah) |
| Mots Clefs | Nucléaire : Eurodif |

| Mots Clefs | Nucléaire : Politique Nucléaire des mollahs |

| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : France |
| Mots Clefs | Nucléaire 2 : Expertises politiques, militaires ou nucléaires |
| Mots Clefs | Décideurs : Analystes & Experts |
| Mots Clefs | Auteurs & Textes : Le Monde (Marie-Claude Decamps, Corine Lesne...) |

| Mots Clefs | Enjeux : Sanctions unilatérales (en cours d’application ou à venir) |
| Mots Clefs | Enjeux : Sanctions (du Conseil de Sécurité) |

[1Résolution 3263 (XXIX) du 9 décembre 1974

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[2Les raffineries d’Abadan | Avant la révolution, l’Iran possédait la plus grande raffinerie du monde à Abadan : en 1977, elle avait une capacité de 635,000 barils par jour destinés à l’exportation. Le pays possédait également 6 autres raffineries pour sa consommation domestique à Esfahan (200,000 bpj), Tabriz (80,000 bpj), Kermanshah (15,000 bpj), Chiraz (40,000 bpj), Téhéran (125,000 bpj & 100,000 bpj). Leur capacité combinée était de 560,000 barils par jour pour un pays de 34 millions d’habitants, ce qui donne une idée du nombre important des projets d’industrialisation. Aujourd’hui la capacité totale de raffinage serait de 800,000 bpj soit 66% de son niveau en 1977. Ceci est dû au ravage de la guerre Iran-Irak sur la raffinerie d’Abadan, mais aussi à une mauvaise gestion des autres raffineries qui n’ont guère été entretenues au cours des 30 dernières années.

Aujourd’hui avec le double d’habitants, les besoins iraniens en diesel et en gas-oil sont toujours de 560,000 bpj, ce qui montre la baisse du niveau d’industrialisation du pays, mais les besoins en essence ont explosé pour atteindre 412,000 bpj ce qui correspond au parc automobile disproportionné et très polluant des nouveaux riches du régime.