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Iran : Téhéran a accepté le dialogue comme il l’avait déjà fait !
16.10.2010

Les médias occidentaux ont fait état d’une reprise prochaine des négociations avec Téhéran suite à une demande européenne qui aurait été acceptée par les mollahs. L’enthousiasme n’est pas de mise car ces médias ont oublié de rendre compte de l’intégralité de la réponse iranienne qui ne laisse présager aucun progrès.



Jeudi dernier, Catherine Ashton, le chef de la diplomatie européenne, a annoncé qu’en réponse à des signes positifs envoyés par Saïd Jalili, le négociateur iranien, elle avait proposé la reprise des négociations sur le nucléaire à la mi-novembre pendant trois jours.

L’annonce laissait supposer que Téhéran avait demandé la reprise des négociations. Le lendemain de l’annonce, la télévision iranienne (ci-dessous) a interviewé le négociateur Jalili pour recueillir son avis. Ce dernier a affirmé qu’il avait exprimé la position permanente du régime à savoir que « la meilleure solution pour les Six était de négocier pour collaborer avec la république islamique d’Iran. Car les capacités et les potentiels de la république islamique d’Iran sont indéniables. C’est une opportunité que les Six devraient saisir pour dialoguer et collaborer avec la république islamique d’Iran pour résoudre de nombreuses préoccupations internationales communes. Je l’ai répété et même écrit dans la lettre que j’avais adressée à Mme. Ashton dont l’objet était de nous féliciter que les Six soient enfin parvenus à ce niveau de compréhension pour admettre l’inefficacité des sanctions. Nous leur conseillons le dialogue et espérons parvenir à des échanges sur la base de cette lettre. »
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Décodages | Il convient de préciser que le régime avait utilisé le même vocabulaire avant les « négociations de dernière chance » qui avaient eu lieu le 1er octobre 2009 à Genève. En parlant de « collaboration » ou du « dialogue sur des nombreuses préoccupations internationales communes », Téhéran entend que le dossier nucléaire est résolu et le dialogue doit se porter sur le règlement des problèmes internationaux comme les négociations de paix au Moyen-Orient.

Dans le même esprit, parallèlement à la réponse globale de Jalili qui n’annonce rien de positif, le ministre des affaires étrangères du régime Mottaki s’est « félicité du changement européen », c’est-à-dire l’acceptation du dialogue selon les termes évoqués par Jalili. Mottaki a qualifié la demande d’Ashton de « bonne nouvelle » et a parlé de « la nécessité de se voir pour fixer la date » (qui a déjà été fixée) selon les convenances de Téhéran. Autrement dit, non seulement, Téhéran n’accepte pas l’ordre du jour, mais encore il entend mener des manœuvres dilatoires que l’on lui connaît pour repousser à l’infini la rencontre sans pour autant la refuser explicitement.

conclusions | Il n’y a donc aucun progrès du côté de Téhéran et il n’y en aura jamais car fondamentalement, le régime ne veut pas d’un compromis avec les Six. Ce refus est motivé par le fait que le compromis suppose un apaisement et une réconciliation avec Washington. Téhéran fuit en fait cette réconciliation car elle permettrait aux Américains de revenir avec leurs pions islamo-bcbg en Iran pour prendre de l’intérieur le pouvoir dans le régime qui contrôle la rue musulmane afin de disposer d’un allié islamiste qui agirait dans le sens de leurs intérêts, principalement dans la région gazière d’Asie Centrale. <bEn rejetant tout progrès, Téhéran bloque une menace pour sa survie. C’est pourquoi aucune sanction ne peut l’en dissuader. Mais dans le même temps en tenant comme ils peuvent sous les sanctions, les mollahs bloquent aussi le progrès de l’hégémonie américaine dans la région et dans le domaine énergétique. Ils espèrent exploiter la frustration de Washington pour le forcer à renoncer à ses sanctions pour composer et collaborer avec eux. Ce jusqu’auboutisme du régime l’a mené au bord de la faillite économique. Les mollahs entendent même exploiter le risque de la chute du modèle islamique dont Washington a besoin pour le forcer à renoncer à ses projets de transition des pouvoirs afin de collaborer avec eux. Tout dépend maintenant de la réponse de Washington.

Il faut aussi prendre en compte l’avis de la Grande-Bretagne car en tant que leader historique du marché énergétique il doit empêcher le passage du régime sous la coupe des Etats-Unis. Cela la pousse à encourager un accord non exclusif global avec les Six par l’intermédiaire de Mme Ashton ou à tenter d’inclure ses propres pions dans le processus d’une éventuelle transition !

Avec Téhéran qui ne veut pas de dialogue et utilise la possibilité d’un dialogue pour faire chanter Washington, ce dernier qui ne peut pas accepter de devenir le jouet de Téhéran et Londres qui louvoie, on ne s’achemine pas vers un grand arrangement, mais un nouveau round du grand n’importe quoi auquel nous avons déjà assisté au cours des dernières années. En espérant que cette fois, le peuple iranien, qui rejette le modèle islamique et les jeux de ses deux soupirants, puisse renverser le régime pour siffler la fin de cette pantalonnade.


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| Mots Clefs | Institutions : Diplomatie (selon les mollahs) |
| Mots Clefs | Nucléaire : Politique Nucléaire des mollahs |

| Mots Clefs | Décideurs : P5+1 (les Six) |
| Mots Clefs | Pays : Grande-Bretagne |