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Iran : Un remaniement nucléaire qui se veut déstabilisateur
17.07.2009

Au moment où la communauté internationale presse l’Iran de cesser ses activités nucléaires, le régime des mollahs tente une diversion en changeant le directeur de l’Organisation iranienne de l’Energie atomique (OIEA) au motif officiel d’une demande de démission déposée par l’intéressé qui se nomme Gholam-Reza Aghazadeh. Téhéran justifiera ce départ comme résultant du conflit Ahmadinejad-Moussavi, car Aghazadeh est un très proche ami de Moussavi.



Dans un style très laconique, les médias du régime ont annoncé le départ de Gholam-Reza Aghazadeh de son poste du directeur du nucléaire iranien sans évoquer les motifs de sa demande de démission présentée fin juin et immédiatement acceptée par Ahmadinejad fraîchement élu.
© WWW.IRAN-RESIST.ORG

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Déjà vu | Ce mystère est évidemment voulu. Le culte du mystère est un des éléments caractéristiques du régime : tout doit être opaque sans une possibilité de faire des prévisions de ce que peut décider le régime. Ce n’est pas la première fois que le régime agit ainsi : il y a 4 ans, après la première élection d’Ahmadinejad, en pleines négociations avec l’Europe, il avait retiré du jeu le soi-disant modéré Hassan Rohani, le principal négociateur avec les Six pour le remplacer par un de ses collègues du Conseil de Discernement, Ali Larijani, un ancien administrateur des médias du Hezbollah, présenté comme un conservateur ultra dur !

Les chaises musicales | Via ce changement de façade, le régime avait remis en cause ses engagements précédents. Ce changement avait contraint les Six à reprendre certains dialogues à zéro, mais quand cette nouvelle tentative pour neutraliser le processus engagé par les Etats-Unis et les six a échoué, Larijani a changé de qualification pour devenir un modéré et il a refait du Rohani pour calmer le jeu et éviter de nouvelles sanctions à l’Iran. Quand l’apaisement a été acquis, les Six ont fait une nouvelle offre de compromis aux mollahs. Etant pris au piège, ces derniers ont refait le coup de la rotation en retirant le « fraîchement modéré » Larijani au prétexte d’une demande de démission pour mésentente avec Ahmadinejad !

Larijani recyclé en modéré a alors été remplacé par le milicien Jalili, un illustre inconnu officiellement présenté comme très conservateur et fermé au dialogue !

Le fond du problème est que le régime des mollahs ne peut pas faire de compromis avec l’Occident : son identité politique est d’être l’adversaire régional des Etats-Unis. C’est ce qui lui permet d’avoir à ses ordres des groupes islamistes armés qui lui permettent d’être l’arbitre de la région, c’est-à-dire celui qui peut bloquer le processus de paix au Moyen-Orient si l’on décidait de lui nuire. S’il renonçait à son antiaméricanisme, il devrait aussi renoncer au Hamas et au Hezbollah, il deviendrait inoffensif, sans recours et facile à renverser. Il doit donc nécessairement refuser tout compromis et c’est ce qu’il fait.

La démission d’Aghazadeh | Jusque-là, le régime refusait tout compromis via un refus de dialogue. Avec le changement du directeur de son programme nucléaire, un « modéré nommé par Khatami », il laisse supposer qu’il radicalisera son refus de dialogue par un renforcement encore plus affirmé de son programme nucléaire sur une décision d’un successeur forcément très conservateur. Avec ce changement tactique, Téhéran initie une nouvelle phase d’incertitude qu’il prolongera en retardant la nomination du successeur d’Aghazadeh. On est donc encore une fois au cœur de la méthode de chantage du régime qui menace de faire pire.

Sur un plan pragmatique, comme dans le cas de Larijani, la démission utile d’Aghazadeh est présentée par une mésentente avec Ahmadinejad. Dans le cas présent, ce prétexte est facile à justifier car Aghazadeh est le meilleur ami de Moussavi ! La proximité et la complicité entre les deux amis sont telles que les médias iraniens les nomment les « frères siamois » [1]. Cette démission suivie d’un renforcement prévisible et chaotique du programme nucléaire iranien est censée alimenter le mythe de la modération de Moussavi pour convaincre les Occidentaux de lui accorder leur soutien pour échapper au pire.

La dernière promesse d’apaisement des mollahs repose donc sur Aghazadeh qui fut l’artisan cynique de toutes les provocations nucléaires du régime depuis 12 ans ! Cela montre les limites des marges de manœuvre des mollahs et leur condamnation à répéter les mêmes manœuvres pour fuir le dialogue.


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| Mots Clefs | Nucléaire : Politique Nucléaire des mollahs |

| Mots Clefs | Nucléaire : Négociations sans fins (Manoeuvres dilatoires) |

| Mots Clefs | Institutions : Diplomatie (selon les mollahs) |


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[1] Aghazadeh et Moussavi | Ces frères siamois, tous deux azéris, se sont connus aux cours de théologies organisées par Ali Shariati, le penseur islamiste maître à penser des Moudjahiddines du peuple : ils sont d’ailleurs tous les deux qualifiés d’islamistes de gauche. Amis avant la révolution, ils sont devenus des inséparables après la révolution. Quand Moussavi était le rédacteur en chef de l’organe du parti République Islamique, Aghazadeh était son directeur administratif. Quand Moussavi devint ministre des affaires étrangères du cabinet Bahonar, Aghazadeh devint son adjoint chargé du commerce extérieur et de l’investissement. Quand Moussavi devint 1er ministre, Aghazadeh devint son directeur exécutif. En récompense, Moussavi l’a nommé directeur du Bassidj économique qui est une cellule de surveillance du commerce extérieur de tous les ministères clefs, un poste très lucratif qu’il occupe encore aujourd’hui.

Par la suite, Moussavi le nomma responsable des ventes du pétrole sur les marchés internationaux avant de lui offrir le ministère du pétrole pendant son second mandat de 1er ministre. Aghazadeh demeura à ce poste également sous les deux mandats présidentiels de Rafsandjani où il permit à ce dernier de prendre le contrôle du secteur via son fils Mehdi Hachemi –Refsadjani !

A cette époque, il a aussi intégré le Conseil de Discernement de l’Intérêt du Régime (CDIR), le cabinet noir du régime dirigé par Rafsandjani où siège également Moussavi. Après 12 ans passés au très lucratif ministère de pétrole, Aghazadeh a cédé son ministère à Zanganeh un autre membre du CDP, pour prendre la direction du programme nucléaire du régime pendant que le souriant Khatami rassurait la communauté internationale sur les bonnes intentions de Téhéran. A ce poste, il a régulièrement agité les médias avec des propos délibérément anxiogènes évoquant un savoir faire nucléaire militaire. Son successeur en fera autant.