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Iran : La semaine en images n°44
21.12.2008

La semaine dernière est à placer sous le signe de la contradiction : d’un côté, les Iraniens s’activent à préparer la fête persane de Yalda, ancêtre du Noël chrétien, et de l’autre, le régime a multiplié les manifestations médiatiques liées à la révolution islamique pour faire de la concurrence à cette résistance culturelle anti-islamique et anti-révolutionnaire.



Shab é Yalda ou la nuit de Yalda est une fête très populaire en Iran : c’est le nom de la nuit la plus longue de l’année (un des 4 jalons du calendrier solaire iranien). Depuis plusieurs millénaires, les Iraniens passent cette nuit à veiller Yalda qui signifie la naissance en araméen. On attend la naissance de la lumière, des jours de plus en plus longs.

Traditionnellement, les Perses passaient cette nuit de veille à se réunir en famille, à se déguiser, à lire des poèmes, à fêter, à manger des fruits rouges autour d’un cyprès. On retrouve ce fameux cyprès sur les bas-reliefs de Persépolis et l’un des plus vieux représentants de cette arbre persistant, âgé de 4500 ans se trouve à Yazd : il aurait été planté par Zoroastre en personne.

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Cette fête de la victoire de la lumière sur des ténèbres était à l’origine babylonienne ; les Perses l’ont adoptée avant de l’exporter par leur conquête vers l’Ouest, vers l’Egypte d’où elle a conquis les Romains avant d’être intégrée dans les légendes chrétiennes. Il y a là de quoi déplaire aux mollahs qui ont toujours combattu tous les aspects de la culture iranienne. Mais comme pour la fête du nouvel an persan, le Nowrouz, ils ont à nouveau jeté l’éponge pour en profiter commercialement ! Puisque traditionnellement l’on doit consommer des fruits rouges et du Adjil (ou fruits secs -pistaches, figues, raisins…-), les businessmen du régime ont multiplié les prix par deux !

Les Bazaris et leurs concurrents issus de la milice qui contrôlent les marchés ont ainsi transformé la semaine en un parcours du combattant pour trouver de quoi faire plaisir sans se ruiner. Les photos ci-dessous ont été faites de manière à ce que l’on voit bien les prix. On peut les qualifier de photos de propagande car les prix qu’on voit sont 2 à 3 fois moins élevés que sur les marchés.

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Les produits ne manquaient pas, mais les prix ont été scandaleusement élevés : ces cœurs de fruits secs étaient à environ 30 dollars l’unité, soit 20% du salaire officiel d’un ouvrier quand il est payé. 30 dollars, c’est également 50% du montant total du budget mensuel consacré à la bouffe dans une famille de la classe moyenne. En Iran, 85% de la population vit sous le seuil de pauvreté. 30% sous le seuil de la pauvreté absolue. Les chiffres datent d’hier. De fait, pour de nombreux Iraniens, cette semaine d’étalage de fruits succulents et de fruits secs inabordables a sans doute été une interminable source de frustrations.

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Dans ce pays, il y a tout de même des gens qui peuvent dépenser. Selon les statistiques publiées hier par Hossein Raghfar, chargé d’études au Centre de bien-être social, ces Iraniens non pauvres sont d’une part des rentiers et Businessmen du régime (4% de la population) et d’autre part, la tranche haute des 17% fonctionnaires avec couverture sociale ! Ceux-là qui achètent de tout à la place des autres travaillent dans la milice, dans les ministères, les mairies, les centres d’études universitaires et bien sûr dans les médias, l’industrie de base dans des régimes totalitaires. Ils sont les figurants de la comédie de la vie normale en Iran.

Ce n’est donc pas étonnant que les journalistes si bien payés et nourris aient écrit à l’occasion de la première neige qu’elle avait insufflé la joie dans les foyers iraniens !

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Comme on le voit sur les photos, la neige n’a pas mis la joie et ce d’autant plus que avec le froid, le pays manque de gaz. Cela s’est traduit par des coupures de gaz dans les régions les plus froides et d’une pénurie chez les pompistes qui en distribuent. Ce gaz dont l’Iran manque car malgré ses réserves, il n’a plus la technologie pour l’extraire et l’acheminer vers les consommateurs, existe en quantité insuffisante, mais il est en priorité destiné à l’apparat du régime. Ce précieux gaz va au Bazar, toujours bien éclairé, aux maisons des dirigeants et leurs familles nombreuses, aux ministères, au Parlement où il fait très chaud, à l’université aussi où l’on donne à guichet fermé la comédie des réformes !

Cette semaine par exemple, alors que la ville grelottait, nos chers étudiants miliciens ont profité d’un amphi bien chauffé pour applaudir le très souriant Khatami en chemisette !

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Les dépenses énergétiques du régime sont surtout élevées pour ce genre d’effort de communication où l’on met en scène son ouverture aux réformes et à l’Occident ! Ces efforts pour améliorer l’image du régime se traduisent par un enchaînement sans fin de conférences et de colloques où se rencontrent les figurants issus des 17% de happy few du régime et des invités étrangers.

Cette semaine, pendant que les Iraniens pistaient la pistache pas chère, le régime recevait un haut fonctionnaire de l’ONU, Monsieur Han qui a assisté à une remise de décoration à des universitaires iraniens travaillant d’arrache pied pour adapter la charia aux droits de l’homme. Un prix a ainsi été décerné à l’Ayatollah Moussavi Bodjnourdi, l’homme qui a supervisé il y a 29 ans le remplacement du code pénal laïque par les lois inspirées de la charia.

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Au même moment, des musiciens conviés au Festival Fajr jouaient du Mozart en hommage à Khomeiny pour une salle à moitié vide, mais si bien chauffée. Si les mollahs font venir en Iran à ses frais des musiciens Français (Quartet A Piacere -1ere photo-) ou Autrichiens, c’est parce qu’il sait qu’ils repartiront chez eux ravis et ne manqueront pas de dire le plus grand bien de ce pays et de son régime. Le régime dépense toujours sans compter pour améliorer son image dans les milieux d’art, les milieux de gauche.

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Parallèlement, il peut mettre sur le pavé des mollahs hirsutes pour défendre le Hamas (comme ci-dessus) ou mettre le feu à un bureau de représentation de l’Arabie Saoudite. Il se dépense entre ses deux pôles : câliner sa base islamiste et nourrir les intellos fauchés européens. La facture est reportée sur les dépenses sociales.

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C’est comme un cauchemar quand on repasse les images en revue : ces vrais gens à la mine déconfite grelottant sous la neige n’osant même plus rêver à ces fruits trop chers… ces musiciens européens heureux de jouer du Mozart alors qu’au même moment leurs hôtes pendaient 23 hommes et tranchaient la main d’un homme, ces sourires, ces décorations remises à un régime qui enchaîne les pendaisons… ces étudiants marionnettes insensibles à la misère de leurs compatriotes.

Cette misère, on ne peut l’ignorer que si l’on est payé pour prétendre le contraire, car elle est là, bien visible, même sur les photos de fruits et friandises en profusion avec des étiquettes bien visibles portant des prix bas. Ce qui manque sur ces photos de propagande, ce sont les clients ravis, agités, enthousiastes, rieurs.

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