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Iran : Reza Pahlavi, le roi républicain
21.04.2021

Depuis quelques jours, il y a une vive polémique qui intéresse les Iraniens. Il ne s’agit pas de la prochaine élection présidentielle des mollahs, car aucun des candidats n’a de vrais pouvoirs. Cette polémique concerne le rôle du prince Reza Pahlavi [1], le principal et plus populaire opposant aux mollahs. Car (pour résumer) ce dernier a dit qu’il se considérait comme un républicain. Ses adversaires qui ont le soutien des démocrates américains ou des Anglais, mais quasiment aucun appui populaire, ne l’ont pas remercié d’avoir du respect pour leur vision politique, ils l’ont attaqué en affirmant qu’il avait renoncé à la couronne et laissé tomber le peuple par égoïsme. Les démocrates l’ont invité le prince à la Voice of America pour l’achever. Il a précisé ses pensées et mis une sérieuse déculottée à tous ses adversaires.



Sous les diverses administrations américaines principalement démocrates [2] avant la présidence de Trump [3], l’effort était de parvenir à une réconciliation avec les mollahs pour permettre à ces administrations de déployer leurs pions iraniens islamistes en Iran et prendre le contrôle de la République islamique pour en faire une arme de conquête de l’Asie Centrale russe et chinoise par séparatisme islamique. Ces administrations avaient interdit au prince Reza Pahlavi, très populaire en Iran, le droit d’avoir une activité et défendre le rétablissement de la monarchie comme le souhaitent une majorité écrasante des Iraniens. On a eu la preuve de cette popularité avec la levée implicite de cette restriction sous Trump  : des slogans en permanence en faveur de sa famille dans les rues ou lors des matchs de foot.

Avec le retour des démocrates, les médias américains ont mis en avant des opposants proches de ce camp ou les faux opposants du régime [4] pour l’engager dans une voie d’ouverture. Le prince limité par ces médias a rappelé sa présence aux Iraniens en défendant leurs intérêts, mais dans un souci d’aller en avant et ne pas laisser la contestation [5] (si forte il y a un an) péricliter, il a tendu une main amicale aux opposants iraniens non monarchistes en leur affirmant qu’il était lui-même républicain, car il n’avait pas envie d’avoir un maître absolu et ne pouvait donc imposer aux Iraniens un rapport de berger aux moutons, mais qu’il accepterait de devenir leur roi s’ils le décidaient librement.

Ce propos de sa part n’a pas été une nouveauté, car il a toujours insisté sur un référendum pour décider du modèle politique iranien après la chute des mollahs. Par le passé, cela avait toujours été salué par les partisans d’une république en Iran, mais cette fois, ces gens et les médias iraniens, américains et anglais qui les portent, tous ceux qui aimerait le voir quitter la scène politique n’ont pas salué le prince et ont dit qu’il avait implicitement renoncé à sa couronne et de fait, il avait tourné le dos au peuple.

Mais ces médisances n’ont pas entamé la popularité du prince. Les Iraniens ont dit qu’ils le voulaient comme président de la République ou comme Roi, sur le modèle que l’Occident qualifie abusivement d’autocratique pour plaire aux mollahs.

La BBC [6] en persan a organisé un pseudo-débat entre leur pseudo-journaliste vedette (un ex-agent immobilier), Pouria Zera’ati, formé par les mollahs et leur analyste caméléon anglophile Amir Tahéri où ce dernier a reproché au prince d’avoir tenu des propos irrespectueux en comparant les Iraniens à des moutons. De la mauvaise foi pure. Cette critique étant le contraire de ce que le prince sousentendait, il n’a pas réagi.

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© IRAN-RESIST.ORG

Les démocrates de la chaîne Voice of America ont conclu qu’il était sans voix, car dépassé par ses propos. Ils l’ont invité pour un entretien animé par Siamak Dehghanpour, leur meilleur journaliste formé par les mollahs en Iran pour torpiller les vrais opposants.

Le journaliste a commencé fort son interview sur les propos du prince en dénigrant le règne de son père, reprochant à ce dernier d’avoir eu un programme nucléaire controversé en raison de ses ambitions nucléaires miliaires.

Une pure fantaisie, car le Shah [7] avait adhéré au TNP pour pouvoir bénéficier des programmes d’accès au nucléaire civil et avait par la suite été à l’origine d’une résolution onusienne pour empêcher la nucléarisation militaire du Moyen-Orient. Le prince a rappelé l’adhésion du Shah au TNP et a précisé qu’il n’y avait pas de controverse à propos de ses projets car il n’avait pas de projet d’enrichissement mais avait financé le consortium Eurodif pour s’en charger [8]. C’est pourquoi tous les pays occidentaux s’étaient mis en compétition pour devenir le partenaire atomique de l’Iran.

L’entretien était divisé en différents thématiques, dont l’accès à la vaccination, limitée par les mollahs pour entretenir la crainte de la contamination comme un moyen d’empêcher les manifestations de masse contre leur régime. Le prince a rappelé que Pfizer était présente en Iran (associé à l’État iranien) avant la révolution islamique et si celle-ci n’avait pas eu lieu, l’Iran aurait eu accès au vaccin en priorité avec un budget très limité.

Finalement, le journaliste a évoqué les propos du prince sur son rôle politique.


© IRAN-RESIST.ORG

Le prince les a alors répétés en précisant qu’il ne renonçait pas à sa couronne, mais en refusant le modèle berger-moutons, il entendait rappeler aux Iraniens qu’un homme seul ne pouvait rien pour leurs intérêts et qu’ils devaient eux-mêmes ne pas se fier à un sauveur quel qu’il soit et devenir définir les institutions fortes et stables qui garantiraient leurs intérêts et la possibilité de comprendre leurs droits et d’y accéder.

Par ailleurs, il a précisé qu’il ne se voyait pas comme un roi symbolique qui inaugurerait l’assemblée une fois par an, et ne servirait à rien, mais couterait cher à tout le monde, mais également pas comme un roi se mêlant de toutes les affaires, car il y a de nombreux domaines qui sont de la compétence des technocrates. Il a dit qu’il voulait permettre aux Iraniens d’exprimer leurs attentes face aux problèmes récurrents en votant et avoir aussi le droit d’agir pour eux. Il a précisé qu’ils devaient définir par une nouvelle constitution le pouvoir qu’ils semblaient vouloir lui confier en réclamant le modèle progressiste de son père et son grand-père.

En fait, le Shah lui-même avait ce type de pouvoir sur les domaines permanents comme la politique étrangère ou le pétrole et la constitution lui permettait d’exercer ainsi le pouvoir et même davantage. Mais cette constitution établie en 1906 avec l’aide des mollahs et des seigneurs féodaux alliés aux Anglais) lui imposait le respect du veto des ayatollahs s’ils refusaient ses choix et le Shah n’en tenait pas compte, car sinon aucun progrès ou innovation n’était possible. De fait, on a compris que le prince demandait au peuple de l’aider à se libérer de cette constitution malfaisante à laquelle il a dû prêter serment et par laquelle, il est le prince héritier d’Iran afin de rétablir sa dynastie sur une base saine et incontestablement démocratique et légitime.

Le prince a aussi avancé l’idée d’un roi élu par le peuple. Le journaliste n’a pas salué la performance de la proposition, mais il a compris que le prince avait trouvé une pépite politique, car il a demandé si ce mandat royal était à vie ou pas. Le prince a répondu que c’est un point qui devait être débattu, défini et voté par le peuple.

Après cette réponse pertinente, la chaîne a lancé une seconde charge contre son invité par des questions émanant soi-disant des auditeurs. Pourquoi avez-vous lancé cette polémique inutile sur son engagement envers la monarchie  ? Pourquoi ne formez-vous pas un gouvernement en exil  ? Pourquoi n’appelez-vous pas à un soulèvement armé  ?

La première question n’avait pas lieu d’être remarquée, mais le journaliste l’a fait puisqu’il était en mission recommandée. En réponse, le prince a dit qu’il préférait une polémique constructive avant la chute des mollahs qui semblait proche plutôt qu’après celle-ci.

Il a aussi rejeté l’idée du gouvernement en exil (des ministres que l’on veut lui imposer), en précisant qu’un tel gouvernement avec des participants qui n’ont aucun mandat électif n’aurait aucune légitimité et aucun impact sur les pays étrangers.

Enfin, il a rappelé son opposition à la lutte armée qui empêcherait les membres de la milice déjà hostiles au régime de prendre le parti du peuple. Il a rappelé qu’il avait aussi toujours préféré les grèves et avait proposé aux Européens de former une caisse de soutien aux ouvriers iraniens pour qu’ils puissent faire des grèves, mais qu’ils n’avaient pas eu gain de cause. Cependant, il a martelé qu’il n’abandonnait pas la lutte, rappelant l’impossibilité de partenariat avec le régime à ses partenaires occidentaux en espérant que son message soit un jour aussi entendu aux États-Unis.

Il a ainsi poliment reproché à ces contradicteurs soi-disant républicains, très actifs contre lui, leur manque d’initiative pour aider la lutte des Iraniens ou critiquer clairement les démocrates occidentaux qui les aident.

Le journaliste, hostile tout au long de l’entretien, a lâché un sourire, amusé par tant de combativité de son interlocuteur qui avait déjoué les pièges sans jamais s’énerver et en proposant des idées concrètes et inattendues. Nous dirons que le prince, qui est un battant et un négociateur né, s’est gagné un nouvel allié.

Les adversaires républicains du prince n’ont pas commenté son intervention, car loin d’être de donner l’image d’un homme fini et de fait blâmable par les Iraniens, il s’est montré très en forme et bien à la hauteur de tous les mandats qu’ils voudraient lui confier.