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Iran–Egypte : Les raisons des retrouvailles très discrètes
21.04.2011

Depuis des années, l’Egypte était brouillé avec les mollahs suite à l’attribution du nom de l’assassin de Sadate à une avenue de Téhéran. La condition pour mettre fin à la brouille était de changer le nom de cette avenue. Cette semaine, l’Egypte a discrètement renoncé à cette condition pour rétablir des relations diplomatiques avec les mollahs. Téhéran n’a pas poussé des cris de victoires et s’est montré tout aussi discrète. Décodages.



Le contexte historique | Il y a 32 ans, le président Sadate a été le premier puis le dernier homme d’Etat à accueillir le Shah d’Iran à un moment où les Américains l’avaient laissé tomber pour porter au pouvoir des islamistes dans un vaste projet d’islamisation de la région pour chasser les Russes de l’Asie Centrale. Après le premier asile que Sadate a accordé au Shah, il avait alors reçu des pressions pour chasser le Shah, mais il avait refusé. Le Shah avait quitté l’Egypte pour ne pas nuire à son ami. Il était alors arrivé au Maroc où Alexandre de Marenches était intervenu pour demander à Hassan II son expulsion, ce dernier a refusé, mais encore une fois le Shah est parti de son plein gré pour ne pas nuire à un ami.

En fait, Washington devait livrer le Shah afin de sceller officiellement des liens privilégiés avec le nouveau régime (qui n’était pas officiellement son ami), mais il ne pouvait pas extrader le Shah car cela aurait inquiété ses alliés arabes. De fait, il faisait tout pour le pousser vers des pays où il serait exposé à une extradition ou un attentat.

Ce devoir d’agir indirectement pour ne pas fâcher ses alliés et l’absence de coopération de l’Egypte et du Maroc n’ont pas permis à Washington de mener à bien son plan, il a été mis dans une position presque hostile vis-à-vis du nouveau régime issu de la révolution islamique. Le gouvernement révolutionnaire de Bazargan composé des pions de Washington devait en vertu de son caractère révolutionnaire, prendre des mesures punitives contre Washington. Mais il n’a rien fait et a préconisé le dialogue. En fait, il s’agissait d’un moyen pour donner des délais à Washington afin de laisser mourir le Shah qui était très malade, grâce à des soins non appropriés ou de le refouler vers un pays où sa sécurité ne serait pas garantie par les lois de ce pays ou le manque d’éthique de ses dirigeants.

Les mollahs, alliés historiques de la Grande-Bretagne, qui faisaient partie de la coalition révolutionnaire pour restreindre la soumission du nouveau régime aux Etats-Unis, saisissaient toutes les occasions pour dévaloriser le gouvernement de Bazargan. Il y avait là une formidable occasion pour l’accuser de trahir la révolution. Ils l’ont saisie en demandant des représailles contre Washington. Bazargan était coincé. Il s’est envolé pour Alger afin d’y rencontrer Brzezinski, le conseiller de Carter et le père de la révolution islamique afin de négocier l’extradition du Shah alors hospitalisé aux Etats-Unis. S’il annonçait un succès, il aurait barré la route aux mollahs. C’est pourquoi au lendemain de la première rencontre entre Bazargan et Brzezinski, les mollahs ont donné l’ordre à leurs partisans d’envahir l’ambassade américaine à Téhéran. C’était un acte de guerre. Washington ne pouvait pas continuer les négociations. Par ailleurs, Bazargan ne pouvait pas cautionner le geste : il a démissionné avec son gouvernement laissant le champ libre aux mollahs. Après leur prise de pouvoir, les mollahs ont exigé l’extradition du Shah pour libérer les otages. Au même moment, ils ont commencé à attaquer les alliés régionaux de Washington.

Washington s’est retrouvé dans un jeu inédit dans lequel en échange de l’extradition, il n’allait pas obtenir les faveurs du jeune régime agitateur. Mais ce changement n’a rien changé pour le Shah car il restait toujours une monnaie d’échange. Sa condition s’est même détériorée, car pour être réélu, Carter devait faire l’échange. Toujours tenu par le devoir de ne pas inquiéter ses autres alliés dans la région, Washington a accéléré son plan d’extradition indirecte en le refoulant vers le Panama qui s’est très vite dit disposé à accepter une extradition. Le sort du Shah était scellé, c’est alors que Sadate a pesé de tout son poids régional pour le sauver. Washington a tenté à nouveau de livrer le Shah en immobilisant pendant plusieurs heures aux Acores, son avion en route vers l’Egypte afin que les mollahs puissent avoir le temps de demander son extradition aux autorités de l’île. Mais grâce au décalage horaire, les mollahs dormaient et la tentative a raté. Le Shah a pu atterrir le 25 mars 1980 au Caire où il est décédé quatre mois plus tard. Sadate a organisé des funérailles nationales en son honneur.
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Les conséquences de ce droit d’asile depuis 1980 | L’asile accordé au Shah par Sadate a fortement déplu aux Américains. Cet acte a aussi nargué les mollahs nouvellement intronisés comme chefs de la république islamique inventée par Washington. Pour affermir leurs positions, ils ont décidé d’effacer l’affront en tuant le président égyptien, ce qui a été facile grâce à l’aide des Frères Musulmans, autres alliés historiques des Britanniques qui ont toujours aidé Khomeiny. Sadate a été tué le 6 octobre 1981 par un commando de soldats de l’armée égyptienne membres des Frères musulmans.
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Après l’assassinat de Sadate, le régime des mollahs a revendiqué le coup, il a donné le nom de l’assassin, Khaled Eslamboli, à l’importante avenue Vozara de Téhéran (ci-dessous la plaque de la rue).
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Le régime a par la suite dressé une fresque à la gloire de Khaled Eslamboli (ci-dessous). Hosni Moubarak, le successeur de Sadate qui avait échappé à la mort, a rompu les relations ente les deux pays ce qui a exclu les mollahs de toute participation aux divers processus pour l’établissement d’un Etat palestinien.

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Vers une reprise des relations | Téhéran a souffert de cette exclusion et a tenté de faire plier Moubarak. L’intérêt porté par les mollahs au rétablissement des relations avec l’Egypte a incité Washington à utiliser cela comme un moyen d’amadouer les mollahs en vue de parvenir à une entente avec ces derniers qui lui permettrait de relancer son projet d’islamisation du Moyen-Orient pour créer un front d’agitation en Asie Centrale qui a échappé aux Russes pour passer sous la domination chinoise. Hosni Moubarak a été prié de proposer la reprise des relations à un Etat qui avait tenté de renverser le régime de son pays dans un attentat qui devait l’éliminer lui-même !

Moubarak ne pouvait pas être d’accord d’autant plus que l’entente aurait relancé le projet d’islamisation de 1979 qui initialement était censée englober son pays. Il a posé une condition à la reprise des relations : la suppression de la fresque à la gloire de Khaled Eslambouli, l’assassin de Sadate. Il savait que le régime des mollahs ne pourrait pas l’accepter car il perdrait son aura de leader de la rue arabe. Puis il a réformé la constitution de son pays, interdisant la participation des formations islamiques à la vie politique pour empêcher qu’une éventuelle entente entre Washington et les mollahs sur une autre base ne donne une nouvelle vie au projet d’islamisation de 1979.

Les précautions d’Hosni Moubarak ont été inutiles : il a été chassé par une révolution qui était officiellement non islamique. Sa condition préalable de reprise des relations n’est plus d’actualité avec ses successeurs qui assurent la transition vers un régime islamique et doivent se montrer coopératifs pour que l’on oublie de les citer comme étant des corrompus qui méritent la mort. Ils ont renoncé à la demande de suppression de la fresque à la gloire de Khaled Eslambouli, l’assassin de Sadate. C’est là, la raison de la discrétion du Caire à propos de la reprise de ses relations avec les mollahs.

La raison du silence des mollahs est plus intéressante. Ils n’ont certes pas effacé la fresque, mais ils n’ont pas obtenu gain de cause par la force : cela leur a été accordé par Washington, ce qui est bien peu glorieux pour ceux qui se veulent les patrons de la région et très gratifiant pour les Américains. Par ailleurs, en vertu des conventions signées sur le terrorisme, les mollahs ont été contraints de restituer à l’Egypte une centaine d’Egyptiens membres d’Al Qaeda à qui ils avaient accordé l’asile politique ! C’est une victoire de plus pour Washington. Il n’a évidemment pas vendu la mèche car son objectif est d’entraîner les mollahs dans l’apaisement, mais il peut à tout moment révéler l’extradition des islamistes réfugiés en Iran pour déstabiliser les mollahs auprès de leurs fans de la rue arabe ! Les mollahs sont tenus de faire d’autres concessions. En résumé, ils se sont fait avoir en beauté et n’ont pas envie que l’on creuse le sujet, que l’on devine leur manque de discernement !

Malaises | Les mollahs sont gênés. De peur que l’info de leur incapacité n’arrive aux oreilles susceptibles de leurs fans de la rue arabe, on les entend s’emporter facilement pour attaquer tout le monde dans la région ! In fine, ils devront même se fâcher avec l’Egypte !

La perspective d’un tel revirement a poussé Les responsables égyptiens à nier la normalisation des relations pour évoquer une possible normalisation ! C’est une occasion en or pour les mollahs de rompre le processus...

C’est tant mieux pour le peuple iranien qui n’apprécie guère les efforts de Washington pour normaliser ses relations avec les mollahs.


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| Mots Clefs | Enjeux : Apaisement (américain) |

| Mots Clefs | Pays : Egypte |