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Iran : La semaine en images n°163
03.04.2011

Il y a deux semaines, le mardi 15 mars, le peuple iranien a célébré massivement la Fête du Feu qui est interdite par le régime et par le clergé. Il a ainsi montré explicitement qu’il rejetait le régime et qu’il osait contester son autorité. Cette célébration n’avait donné lieu à aucune répression : cela a confirmé que les miliciens avaient lâché le régime et que ce dernier, réduit à ses dirigeants et hauts responsables, ne pourra interdire aux Iraniens de se rassembler pour manifester. Mais afin que l’opposition officielle ne puisse pas prétendre que le peuple cherche des réformes, le peuple a décidé de se rassembler pour célébrer massivement ce samedi 2 avril une autre fête iranienne interdite par le clergé : la fête de Sizdeh beh Dar qui consiste à pique-niquer dans les champs et les bosquets.

Même si les mollahs ont rebaptisé cette fête Journée de la Nature pour donner une explication non contestataire à ce rassemblement, ils étaient sous pression comme pendant la Fête du Feu. Mais la pression était plus forte car les mollahs devaient eux-mêmes célébrer des événements officiels dont notamment l’anniversaire de l’instauration du régime le 1er avril 1979 et en conséquence, ils ne pouvaient donc se permettre d’être ridiculisés par le succès des rassemblements de Sizdeh beh Dar.

Il en a résulté une semaine de cache-cache et de diversions compliquées pendant laquelle les mollahs ont été amenés à faire des choix contraires à leurs souhaits. Les images de la semaine nous montrent ces choix non désirés et de quoi sont capables les mollahs en cas de crise.



Il y a une semaine, après avoir été sérieusement contesté par le peuple et clairement abandonné par ses miliciens de base, le régime devait montrer qu’il avait des partisans au sein du peuple afin que ses derniers collaborateurs ne soient pas tentés par la fuite. Pour cela il a annoncé qu’il allait organiser des manifestations partout en Iran après les Prières du Vendredi, en faveur des frères chiites de Bahreïn. Mais la participation a été très faible à Téhéran et quasiment nulle dans les régions. Le régime a alors oublié l’idée de manifestations urbaines en annonçant une manœuvre de la police à Téhéran. Les images ont montré qu’il avait très peu de policiers fidèles à ses côtés, pas de quoi verbaliser les participants aux rassemblements clairement contestataires. Le régime devait changer de tactique pour empêcher ces rassemblements interdits afin que l’on ne constate pas son incapacité de les réprimer.

A ce moment-là, le régime était en difficulté car antérieurement, pour briser son isolement, il avait invité les présidents des pays qui sous l’influence iranienne fêtent aussi Norouz, mais aussi des pays alliés comme le Liban et le Soudan, à venir en Iran pour y célébrer cette fête à partir du dimanche 27 mars pendant trois jours. Il était amené à cautionner ce qui depuis le 15 mars remet sérieusement en cause sa légitimité ! Puisqu’il voulait empêcher la fête de Sizdeh beh Dar, il ne pouvait pas célébrer avec faste Norouz.

Le dimanche 27 mars, à contrecœur, le régime s’est vu contraint de donner peu d’éclat à la présence en Iran des chefs d’Etat qui boudent généralement l’Iran sous la pression des Etats-Unis. Le régime s’est vu privé d’une belle occasion de narguer Washington.

De plus, puisqu’il a ruiné le pays, le régime ne pouvait pas nourrir grassement ses invités : il leur a servi de pauvres petites coupelles bien insuffisantes pour ces grands gabarits. Vous pouvez cliquer sur les deux dernières images pour les agrandir afin de mieux voir la déception des plus costauds.
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Le régime avait aussi annoncé que ces trois jours seraient accompagnés d’un grand nombre d’événements culturels périphériques comme la création d’une poupée à l’effigie de l’Oncle Norouz (Amou Norouz), l’équivalent iranien du Père Noël. Cet événement étant le seul qui avait été annoncé : le régime devait l’organiser. Pour animer cette opération désormais orpheline, le régime a octroyé une épouse nommée Mère Hiver à l’Oncle Norouz et a organisé en catimini un spectacle avec des marionnettes géantes de ces deux poupées en présence d’un responsable du ministère de la culture islamique et quelques caméras devant le théâtre de la ville de Téhéran.
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Lundi 28 mars, pour sortir de cette opération devenue encombrante, le régime a pensé que le mieux était de se focaliser au moins sur l’exploitation politique de l’affaire. Il a organisé une conférence politique avec ses nombreux invités pour mettre en avant la signature d’accords diplomatiques ou commerciaux, mais seulement la minuscule Arménie, le ministre libanais des affaires étrangères, le chiite Ali al-Chami et le ministre des affaires étrangères du Soudan, Kamal Hassan-Ali, se sont prêtés au jeu.
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Plan B | En manque de provocation, le régime a apporté son soutien aux chiites de Bahreïn, petits protégés de Washington, pour faire valoir sa force de leader de la rue arabe. Il lui fallait donc une « manifestation de soutien aux frères chiites de Bahreïn massacrés par les Al-Khalifa et les Al-Saoud ». Mais puisque quelques jours plus tôt, il n’avait pas pu rassembler plus de 2000 de ses partisans à ce prétexte, il a comme par le passé fait appel aux étrangers qui vivent avec leurs familles en Iran aux frais des mollahs pour y étudier la charia. Le résultat a été un petit rassemblement de 300 personnes. Même les boursiers du régime semblent lui tourner le dos.
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Plan C | Le régime avait arrêté l’opération Norouz car le sujet est devenu encombrant, il était passé à la provocation, mais ses invités n’avaient pas joué le jeu et ses boursiers lui avaient tourné le dos. Il ne pouvait que donner l’image d’un régime finissant et ne pouvait qu’encourager ses derniers collaborateurs à le laisser tomber. Pour sortir de cet échec, il a vite changé de sujet en focalisant ses médias sur la visite des gisements gaziers Pars Sud situé sur le détroit d’Ormuz par le Guide Suprême, le chef des Pasdaran, le ministre du pétrole et le ministre du commerce extérieur laissant ainsi insinuer que le régime avait du gaz et de quoi fermer le détroit pour faire chanter les Etrangers suivant diverses configurations.
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En fait, Pars Sud est en faillite et le régime n’a pas le moyen de fermer le détroit d’Ormuz, c’est pourquoi les organisateurs étaient moroses et incapables de dissimuler leur propre doute.

En fait à ce stade, le régime avait tout raté : il n’avait pas réussi à exploiter l’opération Norouz et il était toujours face à la nécessité de faire échouer les rassemblements contestataires du 2 avril pour dissimuler son incapacité à les interdire.

Ce lundi compliqué, le régime a trouvé une solution compliquée en reconnaissant qu’il avait piraté les sites Google, Yahoo, Hotmail et Skype pendant la nuit du 15 mars insinuant qu’il pouvait intercepter à nouveau les témoignages et les vidéos des rassemblements expédiés via ces sites vers l’étranger afin de faire paniquer les opposants iraniens.

Le mardi 29 mars, le régime a tenté de faire gonfler cette nouvelle pour faire montrer la peur. Ne sachant cependant si son annonce préventive aurait ou non l’effet escompté sur la population, le régime s’est mis en retrait pour ne pas être chahuté par les rassemblements en l’honneur de ce qu’il a interdit. Ce mardi 29 qui devait être la fin en fanfare de 3 jours de provocations, prélude à une célébration nerveuse du référendum (truqué) de 1979 pour l’instauration du régime islamique est devenu la fin de la semaine politique pour les mollahs. Signe de leur incertitude, le mercredi 30 mars, ils ont organisé un derby entre les deux plus importantes équipes du pays pour plaire à la jeunesse !

Mais le mercredi 29 mars, les jeunes n’ont pas été au rendez-vous : le « grand stade de 100,000 personnes » a été presque vide. Par ailleurs, il y a des incidents malgré la présence de gardes armés. Les choses se présentaient très mal à ce moment !
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Ce même mercredi, le père de Mir Hossein Moussavi, le chef de l’opposition officielle, est mort à midi. L’annonce n’a donné lieu à aucun rassemblement de soutien populaire à Moussavi qui est censé avoir 15 millions de partisans arborant la couleur Verte. En l’absence d’une marée verte, les rassemblements joyeux du 2 avril allaient en plus ridiculiser l’opposition officielle. Il y avait une double urgence de les empêcher.

Jeudi | Selon la tradition musulmane, on devait enterrer le père de Moussavi dans moins de 24 heures. Le régime devait mobiliser ses derniers collaborateurs pour sauver son opposition officielle, au passage il affichait l’adhésion d’un certain nombre de partisans prêts à tout. Mais il ne lui suffisait pas d’annoncer un grand nombre de personnes, il devait aussi les montrer pour rassurer ces collaborateurs qui résident loin de Téhéran. Il a parlé d’un grand rassemblement malgré une forte présence policière pour rassurer les siens sur tous les plans (j’ai assez de réserves et de policiers).

La base a dû demander la preuve de cette bonne nouvelle : le régime a diffusé cette vidéo pirate destinée à ses collaborateurs, mais aussi au grand public qui est censé croire à l’existence de l’opposition officielle.
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Comme d’habitude, on n’y voit rien, mais on entend un grand nombre crier des slogans en faveur de Moussavi. Le régime a cependant commis deux erreurs : le soleil brille de milles feux alors que ce jeudi, le ciel était très couvert à Téhéran. Cela veut dire qu’il a pris une image d’archive. Par ailleurs, on entend aussi une femme crier alors que les cortèges funèbres ne sont pas mixtes en Iran, ce qui indique que le son provient aussi d’archives (il s’agit d’ailleurs de la même crieuse sur toutes les vidéos du Mouvement Vert). Le régime avait fait un collage pour insinuer une présence ce qui laisse supposer que personne n’était présent pour sauver le joker du régime (y compris la crieuse des vidéos vertes). Il était alors encore plus urgent pour le régime de rassembler les siens et empêcher les rassemblements du samedi 2 avril notamment à Téhéran.

Le vendredi 1er avril, le régime devait célébrer l’anniversaire de sa propre instauration. C’était une occasion pour réaliser la première moitié de ces impératifs en mettant en scène des inaugurations à la chaîne selon la tradition du régime. Il n’y a eu aucune inauguration et aucun rassemblement, uniquement des lettres ouvertes de soutien au Guide, c’est-à-dire du vent. L’absence de rassemblement était le signe évident d’un effondrement interne.

Le samedi 2 avril, le régime allait être humilié par les rassemblements en l’honneur de qu’il interdit. Pour empêcher cela, il est allé très loin en incendiant à 10 heures du matin avant l’arrivée des promeneurs, le parc Tchitgar, le plus grand parc forestier de Téhéran d’une superficie de 650 hectares qui est un lieu de rassemblements des jeunes.
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Mais l’intervention des pompiers du parc a sauvé ce site et les jeunes ont pu s’y rendre pour jouer de la musique et danser. On n’a signalé aucune intervention de miliciens.
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Le régime a seulement bloqué la transmission des vidéos amateurs pour nous priver de l’ampleur de la présence de la musique. Il n’a cependant pas osé tourner des vidéos de cette fête avec des cris d’Allah Akbar en faveur de Moussavi. On peut donc parler d’un demi coup dur. Il nous reste aussi ce qu’il a bien voulu diffuser, c’est-à-dire les photos de ses nombreuses agences de presse : elles montrent toutes une participation éblouissante à ce qui est interdit par le clergé. Hier, l’Iran a encore crié qu’il ne voulait pas ce régime.
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