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Iran : Vers une mini escalade
17.06.2010

Le régime des mollahs ne peut pas entrer en apaisement avec les Occidentaux mieux encore avec les Etats-Unis car ces Etats sont des amis de l’Etat d’Israël. Il doit leur tenir tête, les envoyer balader, se montrer agressif à leur encontre ou alors il perdrait le soutien de la rue arabe, soutien indispensable pour le Hezbollah. Si ces Etats se montrent amicaux, Téhéran doit se montrer encore plus agressif pour ne pas être soupçonné de complaisance à leur égard. Il préfère de loin une attitude hostile de l’Occident. Cela met en valeur son rôle du défenseur des déshérités musulmans, il peut par ailleurs créer une situation instable susceptible de faire capituler les Occidentaux par la peur d’une guerre touchant le détroit pétrolier d’Ormuz. C’est un sujet qui déplait aux Occidentaux car il les oblige à adopter des vraies sanctions contraires à leurs intérêts. Cette indisposition plait beaucoup aux mollahs, c’est pourquoi après plusieurs mois de difficultés face à l’approche amicale d’Obama, Téhéran est enfin en position d’agir depuis l’adoption de la résolution 1929.



La première provocation pour exploiter le retour à l’hostilité a été l’annonce d’une réunion du Parlement islamique pour « étudier un retrait du TNP pour le non respect par l’AIEA des droits de l’Iran ». C’est une menace récurrente du Parlement Islamique qui d’un point de vue constitutionnel n’a pas le pouvoir de décider d’un tel retrait. Cette décision appartient au Conseil de Discernement de l’Intérêt du régime, organe plénipotentiaire qui décide de l’ensemble des choix appliqués par le gouvernement. Cependant, au-delà de ce détail, l’objet de l’annonce était de provoquer un remous en Occident. En l’absence de ce remous pour provoquer l’escalade souhaitée par le régime, le Parlement Islamique a abandonné son projet et avec le culot qu’on lui connaît, il est allé jusqu’à nier n’avoir jamais proposé cette réponse à la résolution 1929.

Après cet échec pour provoquer une escalade, Téhéran a annoncé de prochaines décisions très fortes en matière nucléaire, mais sans en dire plus. Par la menace sulfureuse d’une radicalisation il espérait faire réagir les Occidentaux pour savoir où frapper pour faire mal. Ces derniers ont esquivé et ont contre-attaqué en fustigeant les violations des droits de l’homme en Iran, sujet qui avait été oublié par ce cher Obama et ses charmants collègues occidentaux. Le coup était destiné à permettre aux Six d’échapper à une escalade contraire à leurs intérêts économiques et pétroliers dans le cas européen, et stratégiques dans le cas américain. Ils pouvaient ainsi avoir le dessus au lieu de se laisser tourner en bourrique par les mollahs. Ces derniers ont d’abord commencé à réagir aux critiques sur les violations des droits de l’homme, avant de comprendre qu’il s’agissait d’une diversion. C’est pourquoi ils ne se sont guère étendus sur le sujet et sont revenus en force sur leurs terrains de prédilection : le nucléaire, le détroit d’Ormuz et la menace d’une radicalisation dans trois interventions vite médiatisées.

Tout d’abord, le chef du programme nucléaire iranien Ali-Akbar Salehi a annoncé que prochainement le programme nucléaire iranien serait équipé d’un nouveau réacteur de recherche nucléaire médicale de 20 MGW, c’est-à-dire 4 fois plus puissant que celui dont il dispose actuellement à Téhéran. Le choix de l’équipement n’est pas un hasard : il peut avoir une application militaire. Cela rappelle l’annonce faite il y a quelques années que Téhéran allait se doter de 3000 centrifugeuses ce qui laissait entendre la possibilité d’une capacité d’enrichissement à des fins militaires.

Cette annonce n’a pas provoqué l’effet escompté. Un seul Etat, la France, a réagi, en faisant mine de ne pas comprendre les intentions des mollahs. Ces derniers ont alors décidé d’étendre le domaine de leur offensive. Dans une intervention bizarrement télévisée, le président du Parlement Islamique, Ali Larijani, qui est également membre du Conseil plénipotentiaire de Discernement de l’Intérêt du régime, a lancé « un appel solennel à l’exécutif pour qu’il fixe le taux du processus iranien d’enrichissement à 20% en réponse au refus des Occidentaux de respecter les droits de l’Iran au sein du TNP à lui fournir du combustible nucléaire pour ses réacteurs. »
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« Le gouvernement ne devra à aucun prix reculer devant ces pays fautifs dont la logique relève de l’aventurisme et de l’oppression », a ajouté Larijani. Il a aussi annoncé que la république islamique d’Iran n’hésiterait pas à « rendre moins sûr le trafic maritime dans la mer d’Oman et dans le golfe Persique pour les Américains et leurs alliés européens, si d’aventure, ces derniers décidaient d’inspecter les navires ou les avions iraniens ».

Ces déclarations destinées à provoquer une escalade dissuasive ont tout simplement été censurées en Occident. C’est très pratique pour esquiver les provocations. Téhéran a compris qu’il lui fallait trouver une approche moins directe pour échapper à la censure médiatique. Il ne sait pas encore ce qu’il faut faire. Mais en attendant, il a décidé de reprendre la main.

Rien de plus simple : il a fait parlé Ahmadinejad, l’homme chargé de débiter les discours pour relancer l’escalade. Dans son discours lors d’un déplacement régional, ce dernier a déclaré que l’initiative du dialogue était prise par Téhéran, mais que cela avait été récompensé par une résolution. De fait, Téhéran ne pourrait plus envisager le dialogue dans le respect des parties qu’il avait si gentiment proposé. Selon Ahmadinejad, le fait d’avoir « levé un bâton » (la résolution) en plein milieux d’une conversation courtoise est « le signe d’un manque d’éducation des Occidentaux ! » il faut selon lui les punir pour ce manque de respect et leur apprendre les bonnes manières avant d’envisager à nouveau le dialogue. Cette rééducation passe par des épreuves : Téhéran entend « poser ses conditions ».

Les Américains qui ont besoin d’un dialogue pour parvenir à une entente stratégique avec les mollahs et les Européens qui souhaitent éviter des sanctions contraires à leurs intérêts commerciaux ont censuré ce discours. Ils sont même allés plus loin car l’AFP a transformé cette offensive anxiogène en une déclaration d’apaisement puisqu’il fait dire à Ahmadinejad que l’Iran était « prêt à reprendre les négociations sur son programme nucléaire avec les grandes puissances à certaines conditions ». Dans la foulée, par l’intermédiaire de Michael Hammer, le porte-parole du Conseil de sécurité nationale, Washington a précisé de son côté que la voie diplomatique avec l’Iran restait ouverte, mais qu’il revenait à la république islamique de « prendre des mesures concrètes ». C’est un cas classique de déni d’escalade : Téhéran se lancera dans de nouvelles provocations forcément militaires.

En prévision à ce qu’il va suivre, dans la soirée la Maison-Blanche a annoncé des nouvelles sanctions unilatérales qui ne sont pas des vraies nouvelles sanctions fortes, mais des précisions sur le contenu des mesures existantes. Une sorte de dérapage contrôlé. On va vers une mini escalade.


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Pour en savoir + sur l’efficacité des sanctions :
- Iran-Transports maritime : un embargo illusoire
- (9 juin 2010)

Pour en savoir + sur l’efficacité des sanctions :
- Exclusif - Iran : Washington contourne ses propres sanctions
- (25 mai 2010)

| Mots Clefs | Enjeux : Sanctions (du Conseil de Sécurité) |

| Mots Clefs | Institutions : Diplomatie (selon les mollahs) |
| Mots Clefs | Institutions : Provocations |
| Mots Clefs | Nucléaire : Crise & Escalade |

| Mots Clefs | Auteurs & Textes : Selon l’AFP |