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Iran : Un nouveau projet pétrolier pour se consolider
21.05.2009

Au moment où le régime a confirmé la validité de la candidature d’Ahmadinejad, ce dernier a annoncé son projet de vente d’obligations pétrolières aux Iraniens pour redistribuer les bénéfices de ce secteur. Cette décision saluée par l’ensemble de presse toutes tendances confondues est une initiative type du régime des mollahs car derrière le slogan, il y a un vrai objectif pragmatique et aussi un plan business. | Décodages |



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L’objectif pragmatique | L’argent du pétrole est au centre des engueulades médiatiques entre les candidats qui s’étalent dans les médias iraniens. Les partisans de Moussavi reprochent à Ahmadinejad ses soi-disant dépenses qui auraient fait fondre le pactole pétrolier de ces 4 dernières années et les partisans d’Ahmadinejad parlent de la disparition de pactoles encore plus importants sous le mandat du Premier ministre de Moussavi.

En fait, ces pactoles pétroliers n’ont jamais existé : le régime vend le pétrole très en dessous de son prix du marché pour « acheter » le soutien diplomatique de ses clients principalement européens. Cela a commencé au lendemain de la révolution et continue plus légalement grâce aux contrats buy-back en vigueur depuis une dizaine d’années. Parallèlement, le régime annonce des gains mirobolants comme une preuve de sa puissance internationale. Quand le prix du pétrole était à 30 dollars, il arrivait à dissimuler un prix de vente à 8 dollars, mais avec le pétrole à 150 dollars, la situation est devenue moins confortable et l’on a alors commencé à évoquer la mauvaise gestion d’Ahmadinejad pour expliquer les caisses vides (dues à une vente à bas prix).

Ces critiques sur la distribution des revenues pétroliers sous forme de subvention ont fait leur apparition à un moment où le régime voulait placer à la présidence un « homme de dialogue avec l’ouest » face à Bush à un moment où la présidence américaine refusait le dialogue avec Téhéran à moins que Téhéran renonce à son programme nucléaire. A ce moment là, Téhéran évoquait la possibilité d’un dialogue sans condition préalable, c’est-à-dire des négociations tout en maintenant ses activités nucléaires, équivalent à une reconnaissance de son droit à l’enrichissement. En se positionnant sur ce créneau, il fuyait ses obligations onusiennes.

L’arrivée d’Obama a changé la donne : l’équipe du nouveau président propose un dialogue sans aucune condition préalable aux mollahs, mais à présent c’est Téhéran qui ne veut plus, car ce dialogue suppose des compromis qu’il ne souhaite pas faire. Le scénario de l’homme de dialogue avec l’Ouest a été abandonné au profit d’un « homme de refus de dialogue », Ahmadinejad champion en la matière. Pour justifier l’élection du mauvais gestionnaire, le régime sort de son chapeau de prestidigitateur ce projet de redistribution des gains pétroliers et pour faire passer la pilule, tous les médias du régime ont salué le projet comme une mesure forte contre les mafias pétrolières !

Le slogan | L’argument est mis en avant car il faisait partie des slogans électoraux d’Ahmadinejad en 2005 : slogans qui étaient aussi le motif plausible de l’élection de ce perturbateur utile. Le régime fait donc preuve d’un certain manque d’imagination. Qu’importe puisque les médias fonctionnent sur le mode d’amnésie sur commande.

Cette amnésie téléguidée prend d’ailleurs une allure comique dans ce cas précis car la redistribution des revenus pétroliers est un des thèmes historiques de la révolution islamique. Avant son arrivée au pouvoir, Khomeiny avait promis de « distribuer l’argent de pétrole au porte-à-porte ! » C’est une promesse sujette à des quolibets aujourd’hui, c’est pourquoi le régime si islamiste de Téhéran s’est bien gardé de préciser qu’Ahmadinejad allait réaliser le rêve de Khomeiny. Cela reviendrait à se tirer une balle dans la patte.

Le plan business | Sur un plan concret, le projet est bidon car cette fameuse maffia pétrolière est composée par les différents responsables du régime au sommet desquels se trouve Rafsandjani, le patron occulte du régime. Tous les dirigeants du régime ont leur représentant au ministère du pétrole qui veille à une distribution équitable des gains. Il n’y aura donc pas de redistribution des gains au peuple. Il y a cependant un vrai projet financier derrière cette généreuse mesure soit-disant populiste d’Ahmadinejad.

Cette affaire cache en fait une privatisation massive : Téhéran a précisé que la vente était ouverte aux Iraniens résidant à l’étranger, ce qui comprend aussi les nombreux étrangers qui ont acquis un passeport iranien durant l’année dernière pour acheter les industries iraniennes normalement réservées à une vente nationale. Le régime continue ce projet de solde des richesses nationales qui entend assurer ses arrières en faisant des compagnies étrangères des associés à part entière.

C’est du gros. Le Jihad soi-disant anti-mafia et soi-disant populiste est également vu comme un formidable moyen pour renflouer les caisses. On peut estimer la vente à des dizaines de milliards de dollars (ou d’euros) car l’Iran est composé de 70 millions d’habitants : par un souci d’égalité islamique, le régime émettra au moins 70 millions d’obligations, voir des dizaines de fois plus…

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Ce projet de soi-disant Jihad pétrolier anti-mafia contient donc plusieurs éléments vitaux pour le régime : une justification à l’élection d’Ahmadinejad, un gain supplémentaire de soutien des grandes compagnies et du cash ! C’est finalement un retour à la source, à Khomeiny.


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| Mots Clefs | Institutions : Démocratie Islamique |

| Mots Clefs | Mollahs & co : Ahmadinejad |

| Mots Clefs | Enjeux : Pétrole & Gaz |
| Mots Clefs | Instituions : Politique Economique des mollahs |

| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : USA |
| Mots Clefs | Enjeux : Rétablir les rel. avec les USA & Négociations directes |