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Iran : La crise nucléaire occulte des enjeux pétroliers historiques
08.02.2008

L’agence britannique Reuters évoque dans une de ses dernières dépêches, qu’un nouveau modèle de centrifugeuse qui permet d’enrichir l’uranium plus rapidement est à l’essai au centre de recherches nucléaires iranien de Natanz. Malgré l’absence d’inspection sur ce site, Reuters est catégorique alors que tout est fondé sur des rumeurs ! Cette affirmation n’est pas anodine car elle contient un message caché de reconnaissance régionale pour le régime des mollahs. | Décodages géopolitiques d’une rumeur peu anodine. |



La source de la rumeur est britannique : ceci n’est pas anodin et bien au contraire très important. Les britanniques sont les alliés historiques des mollahs. Ils financent le clergé iranien depuis plus de 150 ans. Et au cours du XIXe siècle, ils ont utilisé leur influence régionale (bancaire et militaire) pour imposer à la monarchie iranienne des Qadjar une constitution islamique qui allait livrer le pays à leurs protégés les mollahs qui décidaient alors ce qui était contraire ou conforme au Coran et à l’Islam : l’instruction laïque, des études universitaires, l’industrialisation, l’eau courante, l’accès à la médecine, l’émancipation féminine, bref tous les aspects de la modernité étaient prohibés. Mais le commerce avec l’Angleterre et la vente des concessions pétrolières ou minières (à un certain Julius Reuter) étaient très autorisés ! Aujourd’hui encore les britanniques protègent ce clergé qui est leur principal allié au sein de l’OPEP. L’enjeu est encore et toujours le pétrole.

Le rôle des mollahs au sein de l’OPEP | Les mollahs exigent de manière permanente une limitation des taux de production de l’OPEP. Le pétrole rare reste cher à la grande satisfaction des américains et des compagnies pétrolières notamment les 5 premières qui sont British Petroleum, Shell (les financiers de Hitler), Exxon, Chevron et Vitol (compagnie très discrète qui gagne bien plus que Total).

Parallèlement, les mollahs vendent leur pétrole ou gaz en buy-back (à un prix négocié très bas) et imposent ainsi une baisse effective et secrète des prix de pétrole aux autres pays producteurs. Parallèlement, Bush demande publiquement des hausses de production alors qu’il sait que le ver est dans le fruit (de l’OPEP). Avec les mollahs au service des britanniques et les saoudiens au service des américains, l’OPEP produit toujours peu et en plus elle assume le mauvais rôle et la responsabilité d’une volonté des anglo-américains de garder le prix de pétrole élevé pour sanctionner leurs adversaires économiques (Chine, Inde, Japon et bientôt l’Europe).

Contrairement aux apparences, les anglo-américains n’ont aucun intérêt à attaquer les mollahs et les destituer. Tout au plus, il y a une divergence entre les anglais et américains sur les limites du pouvoir accordé aux mollahs.

Les américains sont sur une option de balkanisation de l’Iran car ce scénario leur est favorable. Au XIXe siècle et dans les premières années du XXe siècle, russes et britanniques avaient partagé l’Iran : le Nord de l’Iran était aux mains des Russes et le Sud entre les mains des Britanniques, ils frappaient chacun leur monnaie et les iraniens qui devaient voyager dans leur propre pays, devaient impérativement demander des visas à ces deux états parasites [1]. Dans les années 40-50, ce sont les soviétiques qui voulaient démanteler l’Iran, mais à cette époque, les américains s’y opposaient car la balkanisation aurait uniquement profité à l’URSS. Aujourd’hui, l’URSS disparue et la Russie séparée de l’Iran par le Caucase, l’Amérique envisage le démantèlement de l’Iran, mais l’Angleterre s’y oppose car elle n’est pas certaine que sa part sera assurée avec les pions américains placés au pouvoir dans les territoires fédéralisés avant d’être détachés.

Le partage de l’Iran a toujours été un objectif permanent des grandes puissances de l’époque, mais ce projet a heureusement toujours échoué par manque de consensus entre ces Etats voyous. Actuellement, les anglais préfèrent préserver leurs alliés les mollahs pour éviter l’arrivée au pouvoir des chalabis fédéralistes qui favoriseront les compagnies américaines. Londres préfère donc un statu quo pro-mollahs. C’est dans ce contexte très pointu qu’il convient d’interpréter cette rumeur sur une nouvelle forme de capacité nucléaire soi-disant maîtrisée par les mollahs !

La rumeur sur les super centrifugeuses des mollahs | Pour être précis, personne n’a pu accéder à l’intérieur de la centrale Natanz depuis le 22 février 2003 ! La seule source sur les activités en cours à Natanz est le régime des mollahs qui a intérêt à amplifier la crise pour créer les conditions d’une négociation bilatérale avec les Etats-Unis afin d’obtenir une reconnaissance de son rôle régional au Moyen-Orient et la garantie que les Etats-Unis renonceront à leur projet de balkanisation. Pour faire barrage aux Chalabis made in Washington, les britanniques soutiennent cette option d’entente statu quo et avec cette rumeur, ils apportent même un cadeau aux mollahs : une possible reconnaissance régionale par la reconnaissance de leur soi-disant maîtrise du savoir-faire nucléaire.

Alors que les mollahs sont incapables d’achever seuls et sans assistance étrangère les derniers travaux rudimentaires de leur seule centrale nucléaire civile, très régulièrement, ils diffusent des nouvelles sur leur super savoir-faire nucléaire. Des alliés leur emboîtent le pas pour donner du crédit à ces rumeurs. L’Angleterre que nous avons évoquée, mais aussi El Baradei qui demeure convaincu qu’il faut nucléariser le plus possible le Moyen-Orient musulman (Iran, Egypte, Turquie) pour mettre en minorité l’Etat d’Israël.

A peine l’agence britannique Reuters avait-elle diffusé cette rumeur qu’un informateur anonyme de l’AIEA l’a confirmée. La rumeur est devenue une « nouvelle » ! Selon Reuters et cet informateur de l’AIEA, les détails sur ces super centrifugeuses seront dévoilés dans le rapport que Mohamed El Baradei doit remettre le 20 février 2008.

N’en doutons pas, la conclusion du rapport d’El Baradei sera que Téhéran a désormais atteint un savoir nucléaire dans le domaine des super centrifugeuses P 2 (Pakistan 2). El Baradei l’avait déjà prétendu en avril 2007 (sans l’inclure dans un rapport). Cette fois, il proposera comme d’habitude (mais plus officiellement) qu’il convient d’oublier les sanctions et d’admettre le droit des mollahs à l’enrichissement (qu’ils maîtrisent selon ses conclusions).

Peu importe si ces conclusions ne sont pas fondées sur des inspections et des preuves par images. Les dés sont jetés : El Baradei proposera une solution de reconnaissance nucléaire des mollahs qui deviendra de facto une reconnaissance régionale et les britanniques, protecteurs historiques du clergé chiite iranien, préserveront cet allié irremplaçable qui les satisfait pleinement en matière de pétrole. L’enjeu principal du Moyen-Orient est encore est toujours le pétrole : celui qui maîtrise les taux de production et les prix, maîtrisera la croissance ou la déchéance de ses adversaires.

Au Moyen-Orient, il y a une permanence des enjeux : le pétrole, la gestion des pipelines, le projet du remodelage régional et une perpétuelle inversion des positions entre les Etats voyous qui veulent dominer le monde. Quand l’un dit blanc, l’autre dit noir. Ce joker britannique est une réponse à la dernière manœuvre de Washington qui a commencé à remettre en cause le rapport de ses propres services secrets qui en novembre 2007 avait remis en cause la menace nucléaire iranien.

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| Mots Clefs | Auteurs & Textes : Textes essentiels d’IRAN-RESIST |

| Mots Clefs | Auteurs & Textes : selon Reuters |

| Mots Clefs | Pays : Grande-Bretagne |

| Mots Clefs | Enjeux : Pétrole & Gaz |

| Mots Clefs | Enjeux : OPEP |

| Mots Clefs | Enjeux : Remodelage du Moyen-Orient et de l’Asie Centrale |

| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : USA |

| Mots Clefs | Enjeux : Garanties Régionales de Sécurité : le DEAL US |

[1L’Iran au XIXe siècle et dans les premières années du XXe siècle

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