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Iran : La semaine en images n°117 (cf. Panahi)
16.05.2010

Nous avons vécu une semaine bizarre. La principale info de la semaine pour tous les Iraniens a été la quintuple pendaison de dimanche dernier. Cela a fait l’actualité pendant 1 ou 2 jours sur Google news, mais ces cinq pendaisons ont été délogées des unes par le « siège vide de Panahi à Cannes ». Depuis 5 jours, on parle de Panahi comme d’un opposant alors qu’il soutient Moussavi, un islamiste pur et dur qui siège depuis 22 ans à la plus haute instance du régime. On a eu zéro image pour les 5 jeunes pendus un matin à Téhéran, mais une image de Panahi debout derrière la fenêtre de sa cellule ! Prise par qui ? Un maton ? Le directeur de la prison ? Gilles Jacob parle tous les jours à la femme de Panahi alors que tous les Iraniens savent que les conversations sont écoutées et coupées par le régime s’il le souhaite. Le régime nous offre lui-même les preuves de ses bidonnages. La semaine en images est un rendez-vous hebdomadaire pour voir le vrai Iran derrière les images sélectionnées par le régime.



Spécial Cannes | Pourquoi donc Téhéran s’amuserait-il à se donner l’image d’un état qui arrête les intellectuels ?

Un cinéaste emprisonné en Iran que l’on empêche d’aller à Cannes, nous l’avons déjà vécu en 1997 avec Kiarostami. Cette affaire a lancé ce cinéaste comme opposant ou plutôt, il vaut mieux dire que les Occidentaux l’ont élu dans leur cœur comme un opposant. Mais depuis cette date, cet homme censé dénoncer le régime des mollahs voyage à travers le monde avec un passeport du régime des mollahs sans jamais parler de politique ! C’est ce que nous appelons un faux opposant : un faux porte-parole de l’opposition. Il a été propulsé dans ce rôle grâce à un empêchement fictif, c’est ce qui attend Panahi.

La fabrication des faux opposants grâce à une fausse persécution est toujours liée à des objectifs politiques. En 1997, le régime venait d’écoper ses premières sanctions pétrolières pour activités terroristes. Il devait changer de peau : prétendre qu’il pouvait se réformer, devenir démocratique, pour que le monde lui accorde un sursis.

C’est pourquoi il a mis en avant un président modéré qui était Khatami. Ce mollah souriant était en fait le patron des purges universitaires des années 80, puis le responsable des commandos pour tuer les opposants et enfin le patron de la propagande du régime. Arrivé au pouvoir sous l’étiquette de modéré, il est resté le même. Il a par exemple été le recordman des lapidations et des amputations. Par ailleurs, quand certains ont été dupés par son discours et ont voulu critiquer le système : ils ont été charcutés à Téhéran à leur domicile. Khatami a fermé les yeux. Une journaliste irano-canadienne s’est intéressée d’un peu trop près à l’affaire : elle a été arrêtée et a péri sous la torture pendant un viol collectif ! Dans la même période, sur le plan international, le régime a profité de l’endormissement de l’Occident pour armer le Hezbollah pour préparer une guerre si besoin. Sur le plan économique, les années Khatami ont été les années fric avec l’impunité totale pour les fils des mollahs qui ont mis sur la paille la production intérieure avec leur folie d’argent facile avec des importations chinoises au moment où il fallait soutenir la production intérieure pour faire face aux sanctions. Contre les effets des sanctions, ce cher Khatami a seulement eu l’idée de réduire les allocations des plus démunis. Sous Khatami, l’Iran a connu de nombreuses révoltes locales.

Kiarostami a co | Pour cacher cette réalité terrible sur Khatami, le régime a mis sur le marché des cinéastes pro-Khatami comme Kiarostami, Ghobadi, Makhmalbaf père, puis Makhmalbaf fille. Nos faux Ken Loach locaux ont été chargés d’inonder les écrans occidentaux avec des films où l’on voit les Iraniens vivre comme partout ailleurs sans aucune référence aux diverses violations des droits de l’homme et à la situation économique.

Aujourd’hui, comme en 1997, l’Iran est confronté à des problèmes économiques énormes qui ont conduit le régime à supprimer totalement toutes les allocations et les choses peuvent aller plus mal en termes de risques de révoltes avec les sanctions à venir. Face à un même problème, le régime a répondu par la même solution : prétendre que le système peut se démocratiser pour trouver un sursis.

Cette fois, il a imaginé une révolution de couleur en interne et en faveur d’une autre république islamique plus modérée pour redorer son image auprès de l’opinion occidentale. Cette fois, Khatami qui est connoté comme un tricheur a été mis de côté et remplacé par un certain Moussavi. Celui-ci est encore pire que Khatami puisqu’il a été le fondateur des milices urbaines et en plus, il siège depuis 22 ans à la plus haute instance du régime, le Conseil de Discernement, organe plénipotentiaire qui décide de toutes les politiques du régime dans tous les domaines, peut adopter des lois sans passer par le Parlement ou encore signer des traités sans informer le peuple. Pour protéger Moussavi et écrire sa légende de démocrate, le régime a encore fait appel à ses faux Ken Loach sans humanité.

Mais le scénario n’a pas fonctionné comme prévu : le peuple a profité de la permissivité des milices pour descendre dans la rue et crier « Mort à la république islamique » au lieu de crier vive le machin modéré.

Le régime a tiré. Après 10 jours de résistance, les Iraniens ont lâché la rue, ils ont été vaincus, mais en se retirant, ils ont aussi mis en panne la révolution verte du régime.

Le soulèvement inattendu du peuple et surtout ses slogans ont déstabilisé les cinéastes mercenaires choisis par le régime à savoir Ghobadi, Makhmalbaf père et Marjane Satrapi, qui depuis toujours affirment que le peuple ne veut pas d’une révolution. Ils ont été grillés car non seulement ils ne joignaient pas leurs voix au peuple pour crier mort à la république islamique, mais encore ils se démenaient pour affirmer que non, non, personne ne veut un changement de régime. Le régime les a mis à l’index, on ne les entend plus, et a mis en avant un autre qui est Panahi, un ancien assistant de Kiarostami.

Étant donné que le but n’est pas de rappeler le soulèvement, la misère ou la colère, mais de faire la promotion du Mouvement Vert des mollahs modérés avant que n’intervienne l’adoption de nouvelles sanctions, le régime n’a pas fait appel à ses trois premiers mercenaires grillés pour le lancement de Panahi. En l’absence de ces trois membres de son Lobby Cinématographique, pour promouvoir Panahi, le régime s’est replié sur Kiarostami, le chouchou de Cannes, l’homme qui a enterré tous les révoltés sous le glacis chic de ses films esthétiques.

Nous aurons donc droit à une nouvelle couche de glacis. Il sera néanmoins différent car le propos n’est plus de défendre les réformes, mais la révolution interne. Nous aurons donc droit à un cinéma qui dénonce un peu, mais pas les fondements du régime ou les vrais dirigeants. Nous avons eu un exemple de ce nouveau cinéma iranien avec Téhéran qui vient de sortir sur les écrans français où la misère est dépolitisée pour ne pas parler des révoltes qu’elle génère. Le régime a trouvé le ton juste : un cinéma faussement critique, mais toujours dépolitisé qui ne dérange pas les nouvelles officielles très politisées conçues pour donner de l’Iran l’image d’un pays qui avance et où personne ne critique le régime pour ce qui lui arrive.

la semaine en images n°117 | Il est de ce point de vue évident que les Iraniens vivent doublement dans un monde politisé, entre ce cinéma timoré qui ne les représente pas et la propagande d’un régime qu’il rejette. Ils en ont conscience et puisqu’ils n’ont pas droit à la parole ou plus exactement à une antenne pour s’extérioriser, ils portent un regard sarcastique sur ces images qu’on leur propose.

Les photographes iraniens issus de cette société écrasée par les problèmes économiques générés par l’extrémisme du régime essaient de transmettre la détresse ambiante à travers les images officielles qu’on leur demande de faire. Cette semaine, nous avons un exemple de cette résistance muette. C’est à la fois peu et beaucoup.

Dimanche | La résistance muette des photographes iraniens ne peut s’exprimer que s’il y a un événement officiel en public (un choc visuel entre les dirigeants et le peuple). Notre semaine a commencé par un événement d’un autre genre : 5 pendaisons. Les pendaisons sont nécessaires car sinon, l’on pourrait douter de l’authenticité des arrestations factices pour fabriquer des faux opposants. Depuis quelques mois, le régime a trouvé une autre utilité à ces pendaisons : agiter la rue pour réanimer la révolution verte qui est en panne de participants. Le régime a donc pendu, puis les figures du Mouvement vert ont appelé à la mobilisation. Les Iraniens n’ont pas bougé, les mollahs ont délocalisé la réaction en Occident qui est in fine la cible de leur propagande sur la possibilité d’une évolution démocratique de leur régime. La version française de cette mise en scène a eu lieu le jour même à Paris avec l’aide de l’Etat français qui a retiré ses CRS des abords de l’ambassade des mollahs pour laisser faire les partisans du Mouvement vert ! Ces derniers ont pu tranquillement tourner les vidéos qu’ils diffusent par la suite sur FaceBook. Le régime a été si heureux qu’il a oublié d’adresser une protestation à la France. Un seul point a échappé aux metteurs en scène : des Kurdes présents ont crié « Mort à la république islamique ». Mais le danger a vite été écarté grâce à un certain Armin Arefi, agent vert à Paris, qui a éliminé ce slogan de son compte-rendu sur les divers blogs où il intervient.
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Ce même dimanche | en Iran, le président du régime des mollahs était à Kachan au sud de Téhéran pour inaugurer avec quelques amis la plus grande usine de fabrication d’automobiles au Moyen-Orient. Le but de l’opération était de faire admettre que les sanctions sont sans effet sur l’économie iranienne. Elle avancerait triomphalement.
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En l’absence d’un public, nos amis, les photographes rebelles, n’ont rien pu faire d’autre que de rendre compte de l’événement. Pour notre part, nous pouvons ajouter que le modèle exposé et qualifié d’automobile 100% iranienne semble être une auto chinoise de marque ChangAn.

Mardi 1 : stop and go | Nos amis, les photographes rebelles, ont enfin pu intervenir car après un jour off, le régime est reparti sur les sentiers de la propagande avec un voyage triomphal d’Ahmadinejad à la ville de Yassudj, 136,000 habitants, pour parler de la puissance nucléaire du régime !

On a encore vu des images de foule énorme applaudir le président en plein milieu de la journée à une heure où les gens sont censés être au travail. Les Iraniens savent depuis longtemps que ces foules sont acheminées par autocars. Cette semaine, une agence de presse du régime a proposé l’image qui montre ces bus (jaunes) en bordure du terrain du rassemblement présidentiel. Une autre nous montre comment en arrêtant la voiture officielle sur une route déserte le régime provoque un embouteillage pour donner l’impression d’un long cortège présidentiel entouré d’une masse de fans (vous pouvez cliquer puis zoomer sur les images pour les agrandir une ou deux fois).
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Mardi 2 : Expo Hezbollah | Le même jour, alors qu’Ahmadinejad parlait de la force du régime à des figurants indigents payés à la journée, le régime a testé plusieurs missiles (Fajr 3 et Fajr 5) pendant la dernière journée de ses manoeuvres dans le Golfe Persique. Il entendait ainsi affirmer que non seulement, il peut tenir le coup face aux sanctions grâce à ses progrès industriels, mais encore il peut repousser toute attaque militaire (des Américains).

Mais selon notre spécialiste, les roquettes Fajr-3 et Fajr-5 (ci-dessous) n’ont pas la précision nécessaire pour frapper avec efficacité un groupe aéronaval croisant dans le Golfe Persique. En revanche, ce sont les roquettes qui avaient été mises par Téhéran à la disposition du Hezbollah en 2006 pendant la guerre contre Israël. Le Fajr-5 de 2006 avait une portée de 75km et le Hezbollah avait réussi à frapper Hadera à 45km de Tel-aviv. Les nouvelles roquettes Fajr-5 ont une portée de 110 km et peuvent, théoriquement, atteindre Netanya ou Herzlia. Téhéran a en fait profité de ces manoeuvres pour montrer des progrès sur le seul terrain où il peut être efficace.
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Pendant cette journée de manœuvres pragmatiques, à côté de Fajr 5, Téhéran a également montré des minis sous-marins 100% iraniens (en fait Nord Coréens) qu’il peut également donner au Hamas ou au Hezbollah pour poser des mines ou déposer des commandos. Quant à la torpille tirée, il s’agirait d’une copie chinoise de la torpille américaine Mark 46 Mod.2. Les photos semblent indiquer une absence d’hélice. Il s’agirait dans ce cas d’une une torpille d’exercice.
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Mardi 3 : grève (presque) générale | Pendant que le régime mettait en garde Washington avec sa supposée capacité à frapper Israël, les commerçants kurdes ont baissé les rideaux dans les villes de cette région pour une journée de protestations. L’Iran tout entier a été impressionné.
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Mercredi & Jeudi | Cet événement si important a été éclipsé par Cannes et le tintamarre autour du siège vide de Panahi, le nouveau faux opposant en chef du régime dont nous avons parlé en début de ce numéro de la semaine en images.

En ce 5e jour de la semaine en Iran, les médias occidentaux avaient pris le relais. Téhéran a pu souffler. Jeudi, Téhéran a soufflé sur les braises cannoises en envoyant une photo de Panahi dans sa cellule (photo qui a été retirée par la suite du site de Télérama) avec un message qui a été lu hier par un idiot utile en smoking en haut des marches. Téhéran a immédiatement reconduit pour deux nouveaux mois la peine d’emprisonnement de Panahi pour relancer la machine à diversion et à fabrication d’un nouveau faux opposant.
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Vendredi | À l’ombre de l’affaire Panahi, le régime a organisé l’enterrement des restes de 89 martyrs de la guerre Iran-Irak. Aux côtés des participants habituels de la Prière de vendredi, des milliers d’Iraniens ont défilé dans les rues de Téhéran en mémoire de leurs chers disparus. Les habitués de la prière de vendredi ont scandé des slogans anti-américains et anti-israéliens. A peu de frais, sans risque, le régime a ainsi mis en scène une communion avec le peuple en guise de bienvenue au président Brésilien Lula qui vient négocier un compromis nucléaire pour le compte des Etats-Unis.
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Ceci était un test, le régime tentera de recommencer ses mises en scène dimanche et lundi pour ses journées de commémoration du martyr de Fatima !

Samedi | Ce pauvre Lula est arrivé tard de Moscou. Il a été accueilli par le ministre des affaires étrangères Mottaki, un ancien tortionnaire des services secrets du régime en Turquie. L’un jubile et l’autre a l’air crispé. Il a raison, il va avoir deux grosses journées. Pourvu que nos amis les photographes iraniens puissent trouver des angles de vues pour nous régaler.
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