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Iran : Marjane Satrapi et sa Bridget Jones voilée
22.05.2007

Le régime des mollahs a protesté contre la sélection du long-métrage animé de « l’exilée iranienne Marjane Satrapi », Persépolis, au Festival de Cannes, car ce film porterait un regard critique sur la révolution islamique.



Incroyable mais vrai : le régime des mollahs applique avec minutie les mêmes méthodes à Téhéran qu’ailleurs. Pour donner de la crédibilité à ses faux opposants et opposantes intérieurs, le régime des mollahs fait semblant de les persécuter en respectant un timing précis.

En Iran, ceci se traduit par des arrestations de complaisance à des dates commémoratives et ici, chez nous, ceci prend la forme d’une protestation contre la sélection officielle à Cannes.

Mais la partie la plus drôle est que cette sélection était connue depuis des semaines, mais le régime des mollahs a choisi l’avant-veille de la projection de Persépolis de Marjane Satrapi pour protester afin de lancer une polémique et faire de la publicité pour cette œuvre très particulière qui est une ode à la Révolution islamique et dont son auteur est une militante médiatique pour la liberté du port du voile.

Par ailleurs, soyons précis, Marjane Satrapi n’est pas un exilé politique et encore moins un réfugié politique. Satrapi est l’une des fausses opposantes du régime et comme les autres elle prétend que le régime est réformable.

À l’occasion de la projection de son film à Cannes, nous avions décidé de vous proposer un article sur les inexactitudes délibérées qu’elle a disséminées dans sa BD. Nous avons donc lu et annoté ce pavé et l’on peut sans problème affirmer qu’il s’agit d’un livre de propagande pour justifier la révolution islamique en Iran et pour « relativiser » les conditions des droits de l’homme dans ce pays.

Le livre a effacé de la réalité sanglante de la vie quotidienne en Iran : les pendaisons publiques et les cadavres qui restent exposés pour l’exemple, l’exécution des homosexuels, les cérémonies publiques d’amputations ou de flagellations, l’existence même de la lapidation dans ce pays depuis 1979.

L’héroïne de la BD est une femme : il s’agit d’une méthode subliminale pour laisser entendre que les femmes jouent un rôle central sous le régime des mollahs. Ceci est évidemment faux et le laisser entendre est criminel car Marjane fournit des informations diamétralement opposées de la réalité iranienne à ses lecteurs occidentaux, qui sont généralement jeunes, avides de libertés et souvent de gauche : elle contribue à faire oublier l’urgence d’un engagement massif de cette tranche d’âge et cette appartenance politique en faveur des femmes et des jeunes iraniens.

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Persépolis : une lecture sélective de l’histoire iranienne

L’œuvre de Satrapi se divise en deux parties : avant la révolution et après la révolution. Avant, l’Iran était selon Marjane dirigé par « un monstre » et il était nécessaire que la « gauche iranienne » dont elle est issue face alliance avec les mollahs pour chasser le « tyran ». Dans cette première partie de Persépolis, Satrapi dresse un tableau sombre de l’Iran des années 70 où les miséreux sont oubliés et « le roi » croule sous les richesses. Arrive la révolution dans la joie et les cris et Marjane Satrapi attribue deux des plus ignobles crimes des mollahs au Roi [1] et passe totalement sous silence le nombre astronomique des victimes et des exécutions sommaires.

Dans la seconde partie, plus aucune mention des pauvres en Iran. Il n’y a que des femmes rigolotes, qui font du ski, qui s’habillent à la mode parisienne ou en imitant les séries américaines, pour sortir, draguer... Elles boient, elles fument, elles engueulent les miliciens, elles font des études, elles font du sport, elles arrivent à convaincre les mollahs par des rhétoriques éclairées, et elles roulent dans leurs petites voitures rapides... Ceci est le miroir tendu au lecteur pour qu’il s’identifie à une héroïne inexistante.

L’Iranienne est différente ; elle est malheureuse, misérable, sans droit, dépendante d’un mari ou d’un grand frère, mais elle n’a aucune chance d’être entendue ou soutenue par les jeunes Européens de gauche car ces derniers n’ont aucune idée de sa condition véritable et ne peuvent se figurer ses malheurs. Quand ils pensent à l’Iran, leur vision est polluée par les images de Marjane Satrapi.

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Persépolis : La Trame

Son livre Persépolis suit le modèle des discours de l’ensemble des faux opposants : il y a quelques critiques, et toujours les mêmes arguments tous orientés sur l’incroyable participation de la femme iranienne dans vie de la république Islamique. Cependant les 4 tomes de Persépolis ont un véritable défaut de fabrication : pour ne pas faire fuir des lecteurs passionnés, Satrapi a placé en notes de bas de page ou en encart final, des éléments de la réalité (statistique, citation approximative et sélective du code pénal islamiste)... afin que l’on ne l’accuse de lobbying pour modérer la mauvaise image des mollahs lapideurs. Ces encarts ont le don d’être en total décalage avec les propos et observations de Satrapi, et l’image qu’elle donne de la société iranienne. D’ailleurs, en lisant son ouvrage pour l’annoter, nous nous sommes demandés si les lecteurs avaient vraiment le courage de tout lire. C’est pourquoi nous nous attarderons sur certaines de ces contradictions dans les semaines avenir et nous y consacrerons des courtes notes documentées.

L’une des plus importantes de ces contradictions présentes tout au long de l’ouvrage est liée à la question de la pauvreté. À partir du moment où Satrapi passe la période révolution, il n’y a plus aucune référence à la pauvreté et les personnages sont uniquement ces femmes jeunes et plus ou moins émancipées, toutes très fashion. Or, c’est elle-même qui a écrit dans un de ces petits encarts que 70% de la population iranienne vit actuellement sous le seuil de la Pauvreté. On se demande alors pourquoi cette population n’apparaît jamais dans l’ouvrage !

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Brève histoire du féminisme en Iran

Ces 70% sont en réalité 85% de la population. 85% de la population est exclue des amusements frivoles que Satrapi ou Delphine Minoui présentent comme la norme sociale en Iran. 20% de la population vit avec moins de 1 dollar par jour et 65% avec 2 dollars par jour. Parmi eux, au-dessus de cette marée de misère, il y a 10% de la population qui vit au-dessus du seuil de la pauvreté mais tout juste. Il y a cependant 5% d’iraniens qui vivent bien, 2% qui s’amusent comme les héroïnes de Satrapi (ski, auto, soirées, voyages à l’étranger, week-end à Dubaï), et 0,5% qui ont un train de vie inimaginable pour un Européen.

Peut-être diriez-vous qu’avant la révolution du temps du Shah, les choses étaient pareilles... Les informations de Satrapi sur cette époque sont aussi biaisées que ses observations sur la condition féminine sous les mollahs. En réalité, l’une des principales missions de son Persépolis est de diaboliser le Shah, un homme aujourd’hui vénéré en Iran pour les réformes qu’il réalisa contre la coalition entre les mollahs et les communistes iraniens, coalition qui ne date pas de 1979 mais depuis des décennies.

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La simplification de l’histoire iranienne est l’un des projets de ce livre fondé sur le principe de l’identification.

L’auteur est identifié à la gauche et ses lecteurs de gauche s’identifient à elle. Elle n’a qu’à leur dire ce qu’elle veut et leur tendre un miroir sur la vie d’une jeune fille très moderne et pleine de doutes, une Bridget Jones sous le voile. À côté de cette image pleine de drôleries : Satrapi écume les plateaux télé ou radio pour affirmer que cette révolution était nécessaire (invitée d’Anne Sinclair chez Drucker) et que le voile n’est pas un problème.

Elle remet ainsi en cause le principe de la laïcité qui est la matrice de la démocratie car elle libère les peuples de l’opium religieux. En Iran, la laïcité s’imposa comme en France par la force et la volonté du père du Shah. Par cet acte fondateur, il a révolutionné la structure de la société iranienne et permis en peu de temps des avancées inimaginables comme l’émancipation de la femme grâce à l’enseignement laïque et mixte et l’indépendance par le travail dès 1936 et le droit au divorce en 1967 : 3 éléments complémentaires et indissociables pour créer un statut social pour une femme.

La première révolte de Khomeiny eut lieu en 1963 au moment où le Roi venait d’organiser un référendum pour passer les premières réformes sociales, réformes que lui refusait un Parlement dominé par le Bazar (allié historique des mollahs) et les propriétaires féodaux.

La Bridget Jones voilée de Satrapi est la négation des efforts fournis par les 2 Rois Pahlavi et des milliers d’iraniens qui ont travaillé à leurs côtés pour transformer une société archaïque en suivant les normes sociales inspirées des idéaux de la gauche. La révolution des mollahs avec l’aide des communistes iraniens a mis fin à cinquante années d’efforts après 1400 autres de soumission à l’Islam et ses lois rétrogrades. Et les communistes iraniens qui ont aidé Khomeiny connaissaient son passé de réactionnaire et sa révolte contre les réformes sociales des années 1963 à 1968. Mais Satrapi fait passer la pilule grâce à sa Bridget Jones voilée.

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La cible est la gauche

Le lecteur s’identifie à une héroïne qui le trompe sur la réalité actuelle de l’Iran et des Iraniennes, sur le passé, sur les conditions de la Révolution, c’est-à-dire sur les liens entre les révolutionnaires et les lobbies de l’oncle Sam. Le lecteur croit suivre les aventures d’une Sissi de gauche, d’une Bridget Jones voilée, mais en réalité, il est embarqué dans un processus d’identification avec des Iraniens non représentatifs et aussi dans un processus de relativisation des interdits (et des violations des droits de l’homme).

Parfois, quand Satrapi est coincée par une question gênante, elle rétorque qu’il s’agit des points de vue d’un enfant. Mais Persépolis n’a pas été écrit par un enfant, il ne s’agit pas d’un journal d’Anne Frank écrit en temps réel, mais d’un ouvrage écrit par une adulte des années après les évènements, Satrapi ne peut donc feindre qu’elle ignorait certains détails, seulement voilà, elle a une mémoire très très sélective. Et cette Bridget Jones iranienne « touchante », adepte des petites plaisanteries « pipi-caca », se retrouve un peu trop souvent en compagnie d’autres égéries de la fausse opposition comme Mlle Zanganeh, qui a infiltré l’entourage de BHL...

La cible est la gauche, c’est elle qui aurait pu prendre parti pour le peuple iranien. Elle ne le fera pas car elle a désormais une fausse image de l’Iran, du régime et des attentes du peuple iranien. Pour cette gauche, nous sommes tous des Bridget Jones voilées. La gauche française, par essence favorable au respect des identités, a plongé dans le bain Satrapi. Elle est désormais l’amie de Satrapi et sans le vouloir ennemie du peuple iranien car elle ne l’écoute pas. Un prix à Cannes sera l’affront final fait au peuple iranien.

Ambition Politique | Satrapi est un produit marketing conçu pour plaire à une gauche qui ne connaît ni l’Iran, ni son histoire et encore moins le rôle anti-social joué par les communistes qui ont sans cesse fait front commun avec tous les adversaires des réformes sociales. Le livre de Satrapi est formaté pour les occidentaux de gauche et non pour les Iraniens qui y voient des images peu agréables : l’alliance des communistes et des mollahs qui a plongé le pays dans le néant. Persépolis est écrit pour vous et non pour les Iraniens. Il n’a pas de public en Iran car en plus il usurpe un nom lié à la Perse pour le mêler à une identité islamique qui a toujours combattu Persépolis, la Perse, Cyrus le grand, le fondateur de la première charte des droits de l’homme, le libérateur du peuple juif.

Cette période qui fait rêver tous les Iraniens est qualifiée par Satrapi d’une nuit de 2500 ans : une expression utilisée uniquement par Khomeiny. Le livre recycle également la haine pour Israël et qualifie Sadate et le Shah de traîtres au Moyen-Orient pour avoir signé un accord de paix historique avec Menahem Begin.

Il y a là un ouvrage de propagande pro-mollahs et nous nous demandons si Anne Sinclair qui défend Satrapi l’a vraiment lu et si les lecteurs de cette femme ont conscience des messages subliminaux cachés dans ses livres ? Il faudrait une centaine de notes pour décortiquer tous les messages subliminaux de Persépolis et nous les traiterons un par un.

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Marjane Satrapi en détails

Fausse opposante est un métier agréable | vous n’êtes pas obligée de regarder des images de lapidations pour en parler, vous n’êtes pas obligée de regarder des images des femmes vitriolées pour dénoncer cette horreur, vous n’aurez aucun cauchemar pour avoir visionné des images d’un condamné à qui on arrache les yeux avec une pince, vous ne serez pas obligée de casser l’ambiance sur les plateaux télé en parlant de filles violées légalement à 9 ans car leur papa a consenti à leur mariage, vous ne serez la rabat joie qui évoquera les cas des filles violées puis lapidées pour avoir couché en dehors du mariage...

Satrapi est un modèle parfait de fausse opposante et en plus dans ses interviews, elle défend la liberté de porter le voile islamique, c’est-à-dire qu’elle remet en cause l’émancipation de la femme grâce à la laïcité. Elle a également et publiquement sur France Inter condamné les auteurs des caricatures danoises, parce qu’elles n’étaient pas drôles, et sans un seul instant défendre ses collègues au nom de la liberté d’expression comme l’a fait Charlie Hebdo.

Malgré ce bilan peu glorieux, des journalistes demandent souvent à Satrapi si elle ne veut pas devenir la porte-parole des femmes iraniennes ? Cette femme qui fait écran pour que l’on ne voit pas un peuple en attente de soutien aura peut-être la palme d’or. Quelle honte d’être français ce jour-là.

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| Mots Clefs | Resistance : Lobby pro-mollahs en France et ailleurs ! |

| Mots Clefs | Resistance : FAUSSE(s) OPPOSITION(s) |

| Mots Clefs | Histoire : Mohammad-Reza Shah (le shah) |

| Mots Clefs | Auteurs & Textes : Marjane Satrapi, auteur de Persépolis |

[1] Marjane Satrapi attribue deux des plus ignobles crimes des mollahs au Roi :
- L’incendie du Cinéma Rex
- Le massacre de la Place Jaleh (Bande annonce n°1 di Film) |