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La France doit choisir son allié dans le conflit avec l’Iran
17.07.2006

« La Russie, soutien traditionnel du régime des ayatollahs, a fini par se rallier à l’idée d’un transfert du dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité de l’Onu, mais n’a pas renoncé à jouer les trouble-fêtes quand viendra l’heure de décider des sanctions », claironnent désormais les dépêches de l’AFP.



En effet au lendemain de la réunion de Paris, Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie russe, a qualifié de spéculations l’idée de sanctions contre l’Iran. La Russie est l’allié stratégique du régime des mollahs et nous le prédisions en 2005, bien avant la crise actuelle : il est dans l’intérêt de la Russie d’amplifier la crise. Ainsi, elle aura la clef du dénouement de la crise et elle pourra confirmer son rôle d’arbitre dans ce conflit non déclaré. Spéculer sur l’attitude russe est permise, mais la Russie n’est pas le seul état à utiliser ce conflit avec les mollahs pour résoudre ses problèmes avec les Etats-Unis. La Chine en fait de même et les Européens aussi (séparément mais aussi collectivement au sein de l’UE).

A peine Douste-blazy avait-il fini par lire le communiqué des 6 faisant état d’un nouveau renvoi du dossier nucléaire iranien devant le Conseil de Sécurité, que s’élevaient de toutes parts les mêmes appels à la réconciliation ! Plus inspiré par le parolier Yves Duteil que par la géopolitique énergétique, Jacques Chirac n’en démord pas de son idée de prendre les mollahs par la main.

« Nous avons fait à l’Iran des offres généreuses, qui respectent son droit à l’énergie nucléaire civile à condition que ce pays tienne ses engagements de non-prolifération », a-t-il déclaré. Et selon ses propres termes, le président souhaiterait que les dirigeants iraniens sachent saisir la main tendue… C’est exactement ce qu’avait déclaré Jacques Chirac le 16 Février 2006 !

Le lendemain, faisant bande à part avec le bloc européen mais aussi avec les Américains ou les Russes, les français s’envolaient pour Téhéran pour réaliser un exploit médiatique : un 7-9 du France Inter en direct de la capitale iranienne avec comme invité privilégié Ali Larijani, l’ex-président des Télés du Hezbollah et l’actuel négociateur en chef des mollahs.

Ce 17 juillet, la France est tombée bien bas et Guetta s’est montré bien vilain et peu respectueux de la profession. Ce 17 Février, la France avait la certitude d’avoir convaincu les mollahs et a accepté que le milicien Larijani se donne le droit de railler Douste-Blazy et mettre en doute ses capacités intellectuelles. Après Tout, si cela pouvait conduire à une victoire diplomatique de Paris ! Mais le même jour, El Baradei, que l’on peut désormais sans l’ombre d’un doute qualifier du meilleur ami des mollahs, proposait un droit limité de l’enrichissement pour le régime des mollahs…

Le 17 Février à Téhéran, Larijani avait laissé entendre qu’une entente était possible… Depuis cette date et à différentes occasions, la France par l’intermédiaire de Jacques Chirac, Douste-Blazy ou Villepin n’a cessé d’affirmer le droit des mollahs au nucléaire civil ou son respect pour la grandeur de l’Iran sans jamais parvenir à susciter l’intérêt de la république islamique comme un partenaire diplomatique efficace. Il y a une raison à ceci, la France n’est pas un allié stratégique de l’Iran et les mollahs n’ont besoin que des alliés stratégiques (que se soient des états ou des groupes terroristes stratégiquement situés).

Dans ses conditions, la France doit choisir son camp ; être avec les Etats-Unis ou s’aligner sur la Russie ou le Hamas. Elle ne peut plus préserver cet équilibre qui lui permet de dialoguer avec toutes les parties (dixit M. Alliot-Marie, France Inter 13.07.06). Que la Russie n’ait pas dit son dernier mot, selon les termes consacrés par l’AFP, c’est bien compréhensible : elle est une superpuissance énergétique et militaire qui est en mesure de bloquer l’approvisionnement énergétique de l’Europe !

La France ne peut se mesurer à la Russie, idem pour l’UE qui reste divisée et désunie contrairement à la Russie (ou aux Etats-Unis). La France doit donc cesser de faire une diplomatie au-dessus de ses moyens, cesser la diplomatie des slogans chauvins, une diplomatie dénuée de contenu et de moyens et accepter d’être un grand allié des Etats-Unis. Sinon par le maintien de cet équilibre, elle continuera à affaiblir le camp du laisser faire et permettra à la Russie de claironner et à l’Iran de violer ses engagements ou soutenir le terrorisme.

Jamais, les mollahs ne choisiront l’Europe comme Allié Stratégique, car elle n’a ni les moyens militaires de ses ambitions, ni la possibilité d’une certaine indépendance énergétique (sans même prendre en compte les facteurs démographiques ou communautaires qui seront deux futurs points de faiblesse de l’Europe).

Nous savons ce que la Russie peut attendre de son alliance stratégique avec l’Iran. Mais ce que peut gagner l’Europe reste un mystère. L’Europe ne peut rien espérer de plus de la part du régime des mollahs. Elle ne peut être qu’un allié circonstanciel pour retarder les sanctions comme elle l’a fait malgré elle de 2003 à 2005 : les mollahs avaient alors joué la carte des négociations interminables avec la Troïka afin de neutraliser les Etats-Unis et de retarder de 2, puis de 3 ans le transfert vers la Conseil de sécurité (lien).

Aujourd’hui, l’Europe peut continuer dans cette voie et par exemple exiger un consensus international sur l’Iran ou rester intransigeante sur la nécessité d’une résolution à l’unanimité au Conseil de Sécurité. Mais objectivement, l’Europe ne peut prétendre à être l’Allié stratégique de l’Iran. La seule fois qu’une telle chose était concevable et possible, elle a contribué à renverser son allié potentiel pour le remplacer par un mollah. Aujourd’hui, il lui faut payer le prix de ce mauvais choix (et réparer son erreur avant de prétendre à un rôle stratégique en Iran).

WWW.IRAN-RESIST.ORG

Pour en savoir + sur le 7-9 à Téhéran :
- Nucléaire : Opérations médiatiques de France-Inter en Iran (17.02.2006)

Pour en savoir + sur les propos présidentiels du 17 Février 2006:
- « La main tendue » ou le Grand Zapping de Chirac (17.02.2006)

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