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Iran-Irak : Retour du projet fédéraliste pro-chiite
13.07.2007

On voit à nouveau resurgir aux Etats-Unis le plan de la partition de l’Irak en trois territoires. Les critères de cette division sont mixtes : c’est-à-dire qu’il n’y a pas un critère clair pour opérer cette division afin qu’il n’y ait aucune discrimination et surtout que l’impartialité de la division puisse éviter les futures complication. Pourtant, dans le plan proposé par deux universitaires américains proches de Council on Foreign Relations, tout semble avoir été prévu pour arriver aux résultats contraires.



Le Council on Foreign Relations est le saint des saints des Think Tanks et des fondations politiques américaines. Les membres des plus importantes fondations politiques, liées aux industries américaines et les Banques, s’y retrouvent pour proposer des plans pour l’avenir de la planète. Un des hommes forts du Council est Brzezinski, il y a également là Kissinger et l’ensemble des décideurs de premier plan aux Etats-Unis (Rice, Colin Powell, Rumsfeld).

Le Council est très lié à certaines universités dont celle de John Hopkins où enseigne Brzezinski. C’est ce dernier qui a aidé Trita Parsi, le responsable du lobbying indirect du régime, à se faire un nom et s’imposer comme l’expert en affaires iraniennes à Washington.

Le Council on Foreign Relations est un organisme transpartisan : ainsi son projet concernant l’Iran, c’est-à-dire le soutien à l’établissement d’une république islamique chiite en Iran, a été réalisé sous Carter, mais il aurait pu en être de même sous Nixon qui avait des liens très ténus avec le Council (c’est lui qui imposa Kissinger à ses amis Républicains afin d’appliquer des programmes très contraires à ses propres promesses et aux attentes des Républicains) .

Le Council peut agir directement via ses propres chercheurs internes (comme Vali Nasr) ou via des chercheurs externes des établissements amis. Dans le cas du projet de partition de l’Irak, la tâche a été confiée à Edward P. Joseph enseignant à John Hopkins et à Michaël O’Hanlon, expert permanent de l’Institut Brookings (un Think Tank démocrate). La précision de la couleur politique de Brookings est importante : nous sommes dans la phase d’approche de l’élection présidentielle américaine et les démocrates cherchent à toucher l’opinion.

La partition de l’Irak est présentée par les deux auteurs comme la solution idéale pour les Etats-Unis. Il y a une forte dose de démagogie préélectorale qui se mêle à cette expertise du Council car le projet de partition (officiellement appelé Irak fédéraliste) devait être réalisé par l’administration Bush après l’invasion et la mise à l’écart de tous les tenants d’un Irak unifié.

A l’issue de cette partition aux critères très flous, l’Irak aurait été divisé en 3 parties et l’on aurait dû assister à un renforcement des chiites qui allaient grâce aux critères flous décidés par les américains hériter des régions les plus riches et de la majorité absolue au Parlement National. Ce projet a échoué car les chiites choisis par les Américains étaient liés à l’Iran et c’est délibérément que Washington avait choisi ces chiites-là : il espérait créer une alliance américano-chiite avec les mollahs pour se donner les moyens de ne plus être dépendant de ses alliés traditionnels, les pétromonarchies sunnites.

Ce plan théoriquement parfait a échoué lamentablement car les mollahs (malgré leur joie) n’ont pas voulu de l’arrangement américain sur certains points, notamment à propos du désarmement du Hezbollah.

Dès lors, les mollahs ont commencé une guerre asymétrique contre les Etats-Unis en Irak (mais aussi en Afghanistan et aux frontières d’Israël). Cette guerre n’avait pas pour but de provoquer la défaite des Américains, mais de les ramener à la raison : elle devait uniquement prouver l’incapacité des américains à rétablir l’ordre et elle y est parvenue grâce au terrorisme aveugle et transpartisan d’un Nouvel Islam Unifié (NIU) par le Jihad. C’est l’intervention des alliés arabo-sunnites des Etats-Unis qui a contraint Bush et ses ministres liés au Council à renoncer à leur projet d’Irak fédéral.

Les efforts du clan Brzezinski et du Council pour relancer ce défunt projet ne relèvent pas uniquement de la démagogie préélectorale. Il est clair que le Council ne tient pas à renoncer à ses projets de renforcement des chiites au Moyen-Orient. Il a commandé ce rapport à Edward P. Joseph et Michaël O’Hanlon et utilise ses relations pour faire circuler ces idées à Washington. Fait accablant, le Council reste figé sur sa vision initiale qui est de diviser l’Irak en vue de créer une république chiite irakienne qui serait de toutes les façons liée au régime des mollahs.

Le désir d’arriver à un arrangement avec les mollahs est très fort dans le camp démocrate et Brzezinski a récemment prouvé qu’il était prêt à tout dans ce domaine. A présent, le Council s’offre aussi les services de Joseph Biden, sénateur démocrate du Delaware, candidat faiblement présidentiable, mais responsable du Comité Sénatorial pour les Affaires étrangères qui est un des politiciens les plus proches des mollahs aux Etats-Unis. Biden n’hésite pas à s’afficher avec les « responsables iraniens » qui animent les « fondations culturelles » (islamistes) du régime des mollahs aux Etats-Unis.

Biden, que les opposants iraniens qualifient de l’homme des mollahs, est depuis longtemps un partisan de la partition de l’Irak. S’il en avait été autrement les mollahs auraient cessé leur amitié avec lui. Car cette partition va créer une république fédéraliste à dominante chiite en Irak et cette option est un « plus » pour le régime des mollahs, qu’il arrive à un arrangement avec les Etats-Unis ou qu’il n’y arrive pas entièrement. Désormais, seuls les partisans de la ligne CFR soutiennent cette partition et ils comptent agiter l’opinion pour faire aboutir le projet.

LE RAPPORT | A cette fin, les auteurs du rapport établissent un lien entre leur projet et la baisse des pertes américaines. Bizarrement, dans leurs interviews, ils n’insistent pas trop sur l’émergence d’un Etat chiite qui ne doit pas avoir l’assentiment des Américains. Cependant, il signale que Abdul Aziz Hakim, du Conseil suprême islamique (organisme lié à l’Iran), a réclamé l’instauration d’une région chiite depuis des années : Cette formulation biaisée est le fil conducteur du rapport.

Ce rapport très calculateur et très démagogique n’aborde pas les conflits post-partition. En revanche, il affirme que la partition mettra fin à tous les conflits et par endroit, il préconise même des déportations de population ! Ainsi, selon ce rapport du CFR, il faudra « déplacer tous les arabes chiites et sunnites qui vivent à Kirkuk », une ville que les Kurdes revendiquent. Le rapport recommande également le « déplacement des minorités vulnérables de Bagdad afin de les soustraire à des pressions permanentes ». On est littéralement abasourdi par ces propos qui présagent des années de conflits dans cet Irak subdivisé pour les besoins des Etats-Unis.

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Pour en savoir + sur le Fédéralisme irakien :
- Fédéralisme : L’Iran et l’Irak au bord du gouffre

- (22 décembre 2005)

Sur les raisons occultes de cette politique américaine :
- Lettre au futur ministre des Affaires Etrangères de Nicolas Sarkozy
- (15 mai 2007)

Le même genre de littératures commence à foisonner sur l’Iran où la bande à Timmerman-Bolton évoque la partition de l’Iran par respect pour le peuple kurde ou le peuple Azéri, deux entités qui ont été façonnées pour assouvir l’appétit de Joseph Staline.

Ces projets risquent d’échouer faute de combattants mais pas faute de financements. Car si les Américains récupèrent des ex-communistes kurdes du PDKI, et les ex-guérilleros du Komoleh, du PKK ou du Pejak à grands coups de dollars, les Iraniens restent attachés à leur patrie. Mais ces efforts partitionnistes américains ne font que renforcer les mollahs, aussi bien en Irak qu’en Iran.

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