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L’Iran et la Russie, alliés et concurrents dans la guerre du pétrole
01.07.2006

Par la voix du vice-président du directoire du géant gazier russe, Gazprom vient d’annoncer son intention d’acheter le gazoduc Iran-Arménie. C’est une décision inscrite dans l’offensive énergétique russe contre l’Europe qui a commencé en décembre 2005.



Selon Alexandre Riazanov, la mise en service de ce gazoduc permettra d’assurer l’approvisionnement régulier de l’Arménie en gaz. « Il y a des problèmes de transit du gaz en Arménie via la Géorgie, car la Géorgie se permet de prélever illégalement du gaz », a expliqué Riazanov. Pourtant l’affaire n’est pas aussi simple que le prétend la Russie.

En décembre 2005, la Russie avait décidé de doubler les prix du gaz : la crise avait touché alors l’Ukraine, mais aussi la Géorgie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Ces pays ont dû alors trouver des compromis avec les Russes et ont décidé de se tourner vers l’Iran des mollahs qui leur a promis du gaz bon marché : ignorant sans doute les liens grandissants entre Russes et Iraniens, liens qui réduiront d’avantage une alternative énergétique pour ces pays. La seule alternative restante se trouve en Asie Centrale, mais là aussi, Russes et iraniens sont unis dans leur refus de créer un pipeline subaquatique dans la Caspienne.

Comme d’ordinaire, la globalité de l’offensive énergétique Russe avait échappé aux média européens qui n’ont accordé de l’importance qu’à la pénurie en Ukraine car la plupart des grands gazoducs qui fournissent ce continent traversent l’Ukraine (lire notre article dédié à ce sujet : Russie-Iran Islamique : une alliance dangereuse)

Ignorant presque intentionnellement, la pénurie en Arménie ou en Azerbaïdjan, pays de moindre importance, et surtout pays « non atlantistes », tout le monde avait interprété cette décision russe comme des mesures punitives à l’encontre de l’Ukraine et de la Géorgie coupables de vouloir adhérer à l’Europe et à l’OTAN.

Et chacun avait considéré la menace sur l’approvisionnement européen comme un effet indésirable d’une colère légitime de la Russie. Les Européens ont réagi exactement, comme l’attendaient les Russes, en plébiscitant la construction d’un gazoduc indépendant subaquatique qui débarrasserait l’Europe des conflits entre l’exportateur et les pays de transit.

Car l’offensive énergétique Russe n’était pour les analystes Européens que l’expression d’un conflit bilatéral. Or, la pointe de l’attaque était dirigée vers l’Europe. A cette époque, la Russie n’avait pas encore remboursé sa dette et les Européens étaient confiants et certains que l’Europe a autant besoin de la Russie pour l’énergie que l’État Russe de l’Europe pour ses deniers. Aujourd’hui, les choses prennent une autre tournure et la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Russie doit être interprétée sous un angle nouveau : l’effacement de la dette Russe, son offensive énergétique contre l’Europe et son alliance avec le régime des mollahs.

Le rachat du gazoduc Iran-Arménie est aujourd’hui présenté par la Russie comme un moyen de résoudre un conflit bilatéral : toujours avec le bouc émissaire Ukrainien. Mais cette opération était programmée depuis très longtemps et le quotidien russe Kommersant en avait fait état le 23 janvier 2006.

Kommersant écrivait : « Moscou a présenté un ultimatum à son partenaire stratégique : soit le gaz passe à 110 dollars, soit l’Arménie donne à Gazprom son infrastructure gazière ». Le président arménien Robert Kotcharian arrivait le 22 janvier à Moscou et le 24 janvier, l’Arménie acceptait de vendre 45% du gazoduc Iran-Arménie. Le Kommersant estimait alors qu’une main mise de la Russie sur ce gazoduc permettrait de contrôler le transit du gaz iranien vers la Géorgie, l’Ukraine et l’Europe.

Moscou poursuit son offensive contre l’Europe et applique une stratégie précise pour rester la principale source d’approvisionnement de l’UE. Les Russes cherchent à empêcher l’ouverture de l’Asie Centrale vers l’Europe et ils se font aider dans leur marche en avant par le régime des mollahs. Ce dernier y trouve pour l’instant son compte car il désire mettre la pression sur l’Europe quand c’est à cette dernière de lui mettre la pression pour conclure un accord sur le nucléaire.

Sur ce site, nous avons même dessiné une carte des objectifs des Russes (ci-dessus) : l’Asie Centrale se voit refuser un développement vers l’ouest et doit s’orienter vers l’est (la Chine) et vers le sud (l’Afghanistan, pays ravagé par la guerre).

Un Iran islamique et intégriste est un allié pour la Russie qui peut ainsi empêcher que l’Asie Centrale ne trouve un accès de livraison pour ses richesses en hydrocarbures par l’Afghanistan. Pour boucler l’Asie Centrale, Moscou n’a visiblement aucun scrupule à combiner son offensive énergétique à une guérilla afghane soutenue par des bases arrières en Iran. Dans ces conditions, l’Asie Centrale renoncera au projet du gazodic TAP et doit nécessairement se tourner vers l’Iran pour acheminer son pétrole vers l’Océan Indien et le pipeline Iran-Pakistan-Inde est relancé. Pour mémoire, Moscou avait annoncé son intention d’investir dans ce projet alors qu’aucun signe ne laissait entrevoir la viabilité du projet.

WWW.IRAN-RESIST.ORG

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Comme nous l’avons précisé dans un précédent article, les mollahs ont peur d’être dirigés par les russes et se méfient de cet allié sur puissant. Ils ont tendance à jouer sur plusieurs tableaux. Ils sont par ailleurs assidûment courtisés par l’Europe qui avait, dans un précédent package, proposé à l’Iran de devenir son principal fournisseur de pétrole (offre de la Troïka en juillet 2005).

Par exemple, la Commission européenne et les ministres de l’Energie d’Autriche, de Bulgarie, de Roumanie et de Turquie étaient tombés d’accord, le mardi 27 juin, pour lancer la construction d’un gazoduc destiné à réduire la dépendance énergétique de l’Europe vis-à-vis de la Russie. Le gazoduc Nabucco, d’une longueur de 3.300 km, assurera pour 2015 l’acheminement de quelque 30 milliards de mètres cubes des champs gaziers iraniens de la mer Caspienne vers l’Europe centrale et de l’ouest (ce qui représente 10 à 15% des futurs approvisionnements Européens). Les coûts de construction sont estimés à 4,6 milliards d’euros [1].

Aujourd’hui Parallèlement à Nabucco, Kazemi, l’ambassadeur de la république islamique d’Iran à Kiev a déclaré qu’il était impératif d’activer la construction d'un oléoduc entre l'Iran et l'Ukraine afin de « développer des projets permettant l’accès à l’énergie transportée depuis l’Iran vers le très rentable marché européen ». Il a insisté sur le fait que cet oléoduc était une des priorité de l’Iran.

Dans sa politique énergétique, le régime des mollahs ne se contente pas d’être un pion des Russes et parallèlement il cherche sans cesse à parvenir à un accord avec les Etats-Unis au risque de mettre en péril le minutieux plan d’offensive énergétique russe.

Nous vous avions signalé la manipulation des mollahs de la crise des missiles Nord Coréens [2] qui a pour objectif d’inciter les Américains à accepter de négocier directement avec les mollahs et nous vous prédisions une réaction Russe à moins que les mollahs ne réajustent le tir par un refus de coopération à la demande des 6.

Il semblerait que les mollahs cherchent à parvenir à un équilibre : ménager les Russes, titiller l’Europe et amplifier la crise pour attirer les Américains à la table des négociations directes et bilatérales. L’annonce de l’achat de 45% du gazoduc Iran-Arménie qui peut fermer le transit du gaz IRANIEN vers l’Europe est un avertissement aux mollahs !

La Russie précise ses intentions et rappelle à son allié iranien à l’ordre : il ne leur est pas permis d’aller à l’encontre du plan de l’offensive Russe. L’Iran et la Russie ont des intérêts complémentaires, ils avancent ensemble, mais ils ne jouent pas dans la même équipe.

Cependant, dans les jours à venir, le régime des mollahs a besoin du veto Russe et se montrera raisonnable. Mais il a allumé de nombreux incendies qui risquent de lui échapper et de fâcher son allié Russe.

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[1] Le gazoduc Nabucco, d’une longueur de 3.300 km, garantira pour 2015 l’acheminement de quelque 30 milliards de mètres cubes de gaz iranien vers l’Europe centrale. Cinq compagnies - Botas (Turquie), Bulgargaz (Bulgarie), Transgaz (Roumanie), Mol (Hongrie) et OMV Gas (Autriche) - se sont regroupées au sein du consortium Nabucco Gas Pipeline International.

[2] La Crise des missiles Nord Coréens manipulations ou désinformations iraniennes |