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Iran : le pétrole et la crise nucléaire
23.06.2006 [Une étude sur la santé économique des pays producteurs de pétrole + nos commentaires]

Forte de sa manne pétrolière et gazière, la Russie va rembourser par anticipation toute sa dette vis-à-vis du Club de Paris d’ici le 21 août, soit 22,3 milliards de dollars, affichant ainsi sa santé financière retrouvée huit ans après la crise de 1998.

Une étude sur la santé économique de l'Iran et les autres pays producteurs de pétrole.



L’accord a été confirmé peu après par une source proche du Club de Paris, qui réunit les 19 principaux pays créanciers de la planète. Le dossier sera réglé d'ici août.

Moscou va devoir acquitter pour cela une prime d’un milliard de dollars - incluse dans le total de 22,3 mds - à ce club de pays créanciers, dont 700 millions à l’Allemagne, son principal créditeur. Le reste sera versé à la France, aux Pays-Bas et à la Grande-Bretagne. Ce point faisait débat entre les deux parties, la Russie souhaitant au départ rembourser sa dette au nominal, sans acquitter de prime. Elle a dû finalement payer le prix pour que ses créanciers acceptent de renoncer aux intérêts qui leur auraient été dus jusqu'au terme de la dette. La Russie s’y retrouve largement car elle va économiser 7,7 milliards de dollars sur le service de la dette. Au terme de ce nouveau remboursement, la dette de l’ex-Union soviétique sera soldée à 95%.

Grâce à la manne tirée des exportations d’hydrocarbures à prix records, la Russie avait déjà remboursé par anticipation 15 milliards de dollars de sa dette envers le Club de Paris en 2005. Elle envoie ainsi un signal de bonne santé financière qui, doublé d’une solide croissance économique attendue à 6,1% cette année, est apprécié par les marchés comme par les agences de notation internationale.

Simultanément, le Mexique (5e producteur mondial de pétrole) a annoncé le remboursement anticipé de 7 milliards de dollars à la Banque mondiale et à la Banque interaméricaine de développement (BID), ce qui représente la moitié de sa dette extérieure auprès des organismes financiers internationaux (13 milliards USD).

Ces deux pays, tout comme l’Algérie -qui avait annoncé il y a un mois le remboursement anticipé de 8 milliards de dollars- bénéficient à plein de recettes pétrolières qui atteignent des niveaux inédits grâce au triplement des cours du brut depuis quatre ans (à plus de 70 dollars le baril).

Pourtant de tels remboursements, s’ils contribuent à regarnir les caisses des 19 pays prêteurs du Club de Paris, sont aussi à leurs yeux une source de préoccupation, ainsi qu’ils l’ont admis implicitement lors du cinquantième anniversaire du forum ce mois-ci.

Ils craignent en effet que les grands pays émergents, tels l’Inde, la Chine ou le Brésil, dont certains comptaient autrefois parmi leurs "clients" et débiteurs, ne se mettent à leur faire de la concurrence en prêtant à leur tour à des conditions jugées moins contraignantes.

La manne pétrolière qui a restauré l’économie de la Russie (2nd producteur mondial de pétrole), de la Mexique (5e) et de l’Algérie (petit producteur de gaz) n’a pas son équivalent en Iran. Seul le régime des mollahs n’a pas réussi à rembourser sa dette et il s’est même surendetté. Cette dette, qui était de 12,5 milliards en 2004, est passée à 17 milliards 2005 et s’est alourdie à 24 milliards en été 2006. La raison de cette dégringolade est simplissime : l’Iran n’a pas pu profiter de l’explosion actuelle des cours du pétrole.

Le régime des mollahs ne vend pas le pétrole iranien au prix du marché mais en Buy-Back à 8 à 18 $ le baril. L’Iran fait les frais d’une crise pétrolière qu’il a lui-même créée. Et ceci est d’autant plus grave que selon la Centrale des informations énergétiques des Etats-Unis, l’Iran est le pays qui a le plus augmenté ses réserves en pétrole et en gaz durant l’année 2005. [1]

Nous le disions déjà sur ce site dans une analyse datant du 5 décembre 2005, il y a un enjeu pétrolier entre l’Iran et la Russie. « Le grand bénéficiaire du chantage exercé par le régime des mollahs peut être la Russie.

Après les années de crise qui ont suivi la disparition de l’URSS et le crack de 1998, la Russie est en passe de reprendre sa place d’acteur central du marché pétrolier mondial », écrivions-nous alors.

Le remboursement spectaculaire de sa dette nous donne raison. La Russie a tout intérêt à voir l’Iran se faire sanctionner comme elle a aussi intérêt à voir le Moyen-Orient se déstabiliser. L’Iran est devenu l’instrument de la diplomatie Russe. Cette situation convient à l’Iran, elle lui assure effectivement un soutien entier de l’Empire Russe qui se régénère. Nous vous invitons à relire notre analyse du 08 juin 2006 : Moyen-Orient : la Russie et l’Iran, CQFD…

… car désormais, dans cette crise nucléaire, la Russie se profile derrière toutes les manœuvres de l’Iran et les mollahs tels des ventriloques se feront les porte-voix des exigences régionales des Russes.

Pour en savoir + sur l'économie iranienne :
- Pétrole : L’économie iranienne est un château de cartes
- (20.01.2006)

| Mots Clefs : Alliance IRAN-RUSSIE |

| Mots Clefs | Instituions : Politique Economique des mollahs |

[1] Les réserves en pétrole de l’Iran ont enregistré la plus forte augmentation annuelle au monde avec 5,3 %. A titre d’exemple, le Mexique, qui a remboursé une dette de 7 milliards de dollars, a vu ses réserves diminuer de 800 millions de barils en 2005. Selon le même rapport, l’Iran a eu également la plus forte augmentation au monde de réserves en gaz naturel avec 3%, alors que cette augmentation ne dépasse pas les 0,5% pour d’autres importants producteurs de gaz comme l’Arabie Saoudite, la Norvège, l’Indonésie ou le Nigeria.