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Iran : La semaine en images n°118
23.05.2010
Cette semaine, en France, l’actualité iranienne a surtout tourné autour de la libération de Clotilde Reiss, mais cela n’était pas l’objet central de l’actualité iranienne pour les mollahs dirigeants ou pour la population. Pour les mollahs, la principale actualité était évidemment la signature de l’accord avec le Brésil et la Turquie dans lequel ils restaient fidèles à leurs positions et parvenaient à un compromis sans avoir cédé aux exigences de la communauté internationale. Téhéran a d’ailleurs affiché toute la semaine un air de victoire dans l’intransigeance. Dans le même temps pour la population iranienne, le principal sujet de préoccupation a été : que vais-je devenir face à de nouvelles sanctions qui se profilent à l’horizon face à l’attitude d’intransigeance militante (du pouvoir). C’est ce que l’on peut voir dans le regard critique sur les évènements de cette semaine porté par les photographes iraniens issus de la classe populaire.
La victoire de la force tranquille des mollahs | Depuis des mois, Washington propose le dialogue aux mollahs et court après un compromis avec eux. Il n’est pas amoureux de leur barbe, il a besoin du pétrole et du gaz iraniens, de l’Iran comme couloir d’accès vers l’Asie Centrale et le Caucase qui regorgent de gaz. Et enfin, il entend utiliser les mollahs qui sont les idoles de la rue musulmane pour embrigader les musulmans de ces régions et en chasser les concurrents pétroliers déjà sur place. Washington voit dans les mollahs la clef d’une mainmise absolue sur le marché pétrolier mondial, ce qui explique la main tendue par Obama ! On pourrait penser que les mollahs affairistes n’ont que des bonnes raisons d’accepter cette main tendue, mais cela n’est pas possible car une entente obligerait les mollahs à se mettre aux normes américaines en autorisant des élections démocratiques ; occasion pour les Américains de placer au pouvoir des islamistes iraniens formés à Washington pour servir les intérêts américains à l’image de la bande à Maliki en Irak ou celle de Karzaï en Afghanistan.
Les mollahs ne peuvent même pas envisager une solution intermédiaire pour une entente à distance car ils sont officiellement les plus grands alliés de la rue arabe : le moindre apaisement avec un Etat protecteur d’Israël comme les Etats-unis les priverait du soutien de la rue arabe à la milice Hezbollah. Les mollahs seraient alors privés de leur pouvoir de nuisance régionale et sans ce pouvoir, ils devraient se soumettre en acceptant une entente totale synonyme d’une transition de pouvoir vers les islamistes bcbg de Washington. De fait, Téhéran n’a qu’un choix : refuser tout apaisement. C’est la base minimale qui convient à la rue arabe pour qui, quiconque ne dit pas mort à Israël, est un sioniste.
Ce refus de compromis prive Washington de son Graal pétrolier, mais aussi, il le met en position de devoir sanctionner plus durement les mollahs au risque de renverser ces futurs alliés plus qu’utiles. En 2009, pour éviter cette catastrophe dans ses projets d’hégémonie, Washington a misé sur une guerre d’usure économique et des invitations au dialogue, qui à défaut de piéger les mollahs dans l’apaisement, auraient contribué à améliorer leur image pour éviter les sanctions que Washington ne peut pas appliquer. Le projet central de cette année 2009 a été la restitution par l’Iran de stock d’uranium enrichi contre du combustible franco-russe pour mettre fin à la destination finale de l’uranium enrichi iranien. Cela aurait gelé la nécessité de nouvelles sanctions pour 1 à 2 ans. Téhéran a estimé qu’on lui demandait de se séparer d’un uranium potentiellement dangereux pour Israël pour se faire désavouer par ses seuls alliés et aussi pour permettre à Washington de rallonger sa guerre d’usure à son encontre ! Il a donc refusé en donnant la priorité à l’amplification de la crise pour une escalade rapide afin que la peur d’une guerre fasse reculer les Etats-Unis.
Téhéran savait qu’il aurait une Victoire de sa Force Tranquille. Il se doutait cependant qu’elle serait de courte durée selon le délai choisi par Washington pour saluer l’accord avant de signaler la poursuite de ses sanctions. C’est pourquoi Téhéran s’est lancé dans une folle course d’évènements d’accompagnement propres à prolonger sa victoire afin de séduire ses fans de la rue arabe et préparer une escalade avant que le soufflet ne tombe. Le premier événement d’accompagnement a été l’organisation d’une manifestation de masse à caractère religieux alors que ses invités étrangers étaient à Téhéran. Le second événement d’accompagnement, prolongation de sa victoire, a été la libération de Clothilde Reiss présentée comme la libération d’un otage iranien retenu injustement depuis 18 ans par la France, un autre pays protecteur d’Israël. Puis, il a convoqué des mères des trois otages américains dans le but de les renvoyer chez eux sans leur enfant. Le régime a fini sa semaine de bravades avec l’organisation la première rencontre de la coalition des investisseurs iraniens basés à l’étranger qui vont neutraliser les sanctions américaines.
Ce programme de séduction de la rue arabe a plongé les photographes iraniens dans la peur de nouvelles sanctions. Ils ont laissé entrevoir leur désaveu en montrant le décor et aussi l’envers du décor des évènements organisés pour montrer la force tranquille du régime.