Iran - Analyse : Division au sein du Conseil de Sécurité 25.03.2006 Comme nous vous l’avons appris, les Britanniques cherchaient à trouver une solution dilatoire « politiquement correcte » et ils avaient trouvé une formulation fort ingénieuse avec la « stratégie » proposé par un haut responsable de la diplomatie Britannique, John Sawers. Sous des dehors partisans d’une action forte, le sieur Sawers proposait de retarder les sanctions,d’ entamer de nouvelles négociations et faire une nouvelle offre à l’Iran. Cette offre comprenait des Garanties de Sécurité et des mesures incitatives. Or, les Russes, qui semblaient pouvoir être les principaux bénéficiaires de cette stratégie, rejètent la proposition et dclarent ne pas accepter une décision prise « dans leur dos », selon une formulation du chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov. « Je doute que nous acceptions (une proposition) qui serait prise derrière notre dos et qui nous serait ensuite présentée comme la seule issue possible », a déclaré Lavrov, sur un ton offusqué, faisant comme s’il ignorait tout de la proposition Sawers. Les propos de Lavrov et son indignation exagérée laissent penser que le Russe n’est pas allé au bout de ses révélations. « Ces derniers mois, nous avons cherché à obtenir de nos partenaires occidentaux une stratégie commune » sur le règlement du problème iranien, a-t-il ajouté. Effectivement, c’est de ça dont il s’agit : la Proposition Russe. Ce dont Lavrov ne parle pas, égard à son âme slave tout en pudeur,c’ est l’aspect commercial de la Proposition Russe. La Russie ne peut accepter en aucune manière d’être « chassée » des négociations et que les Européens reviennent pour de nouvelles négociations et une nouvelle offre qui sera une réplique de l’Accord de Paris, lui-même une réplique d’Eurodif (le Consortium Européen de la production, de vente et du retraitement du combustible nucléaire). Après s’être laissé tenter par la proposition Sawers qui permettait de retarder la résolution jusqu’en mai / juin, les Russes se sont rappelés leurs expériences colonialistes communes avec les Britanniques en Iran aux XIXe & XXe siècles, et leurs amères défaites diplomatiques face aux Britanniques. Ces derniers ont pu inverser l’équilibre des forces présentes en Iran à cette époque. En s’appuyant sur le clergé chiite et l’opinion que ce dernier contrôlait, les Britanniques ont neutralisé les Russes qui contrôlaient les princes de la dynastie Qajar. A y regarder de plus près, Poutine a détecté le défaut de la proposition Sawers pour la Russie : l’abandon de la proposition Russe, et retour en force des Européens sous la houlette des Britanniques. La proposition nucléaire Russe est vitale pour la Russie : elle lui permet de se placer sur le marché du nucléaire civil des pays musulmans notamment ceux du Golfe Persique. Au-delà de la crise iranienne, il y a la concurrence économique, c’est ce qui rend cette crise si difficile à résoudre. 4 des 5 membres du Conseil de Sécurité sont en concurrence pour fournir le futur marché iranien, en équipements ou en fournitures ! Pour ces derniers, l’envenimement de la situation est pain béni. Idéalement, ils préfèrent bombarder l’Iran pour détruire toutes ses industries, consolider les mollahs par un retour de sentiment national et reconstruire l’Iran avec des mollahs modérés ou une émule de Karzaï (Ebadi ou Ganji par exemple). Heureusement, nous avons la conviction, que « ce sentiment national qui convient bien à ces 4 » risque de ne pas être au rendez-vous : l’option militaire pourrait renverser les mollahs et se retourner contre cette volonté des 4 : la France, la Grande-Bretagne, la Russie et la Chine. Contrairement aux observateurs occidentaux, nous pensons que ce ne sont pas les Américains qui sont les plus redoutables pour l’avenir de l’Iran, mais ses actuels clients et fournisseurs : France, Grande-Bretagne, Russie et Chine.
Eurodif 1. En Juin 1974, la France a vendu à l’Iran gouverné par le Chah des centrales américaines Westinghouse (via l’entreprise Framatome) et divers équipements. En parallèle, l’Allemagne a vendu elle aussi des centrales américaines à l’Iran. Les Etats-Unis s’engagent également à en livrer 6 à 8 autres centrales au Chah. Par ailleurs, l’Iran entre alors auprès de la France dans le capital d’Eurodif, un consortium européen d’enrichissement de l’uranium (à Pierrelatte). L’Iran a le droit de ce fait le droit d’enlever 10 % de la production (à des fins civiles) de l’usine (qui couvrira à elle seule 1/3 des besoins mondiaux). Parallèlement, l’Iran prête 1 milliard de dollars à la France, par le canal du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Le remboursement de cette somme devait commencer l’année de la mise en service d’Eurodif, en 1981. Le 1er avril 1979, proclame la république Islamique en Iran et le 9 avril, il rompt le contrat de fourniture de centrales nucléaires avec la France, mais il confirme l’actionnariat de l’Iran dans Eurodif. La France refuse alors de laisser l’Iran exercer son statut d’actionnaire d’Eurodif. Les deux pays déposent des recours devant des tribunaux internationaux. En 1981, l’usine d’Eurodif démarre et les mollahs réclament l’uranium (faiblement) enrichi auquel ils ont contractuellement droit. Les Français refusent. Les échéances de remboursement du prêt d’un milliard de dollars sont placées sur un compte bloqué. Le prêt de 1 milliard et la livraison du combustible étaient deux éléments indépendants. C’est-à-dire que l’Iran du Chah avait acheté des parts de l’Eurodif et consentit un prêt à la France indépendamment de l’achat des actions dans l’Eurodif qui lui donnaient le droit d’avoir 10% de la production. La France voulait alors gagner sur les deux tableaux, ne pas rembourser la dette et ne pas livrer le combustible pour le nucléaire civil. De 1981 à 1991, le régime des mollahs a été en guerre contre la France. Assassinats, prises d’otages, attentats meurtriers : des centaines de français ont payé de leur vie avant que la France et l’Iran ne règle définitivement le contentieux Eurodif. 5 février 1981- Double attentat contre Air France et TWA, à Paris.
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