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Pourquoi le droit à l’enrichissement peut conduire à la bombe ?
10.03.2006

Pour rejoindre le club fermé des pays dotés de l’arme nucléaire, l’Iran doit résoudre une série de problèmes techniques dont le principal et le plus ardu est la production de matière fissile via l’enrichissement de l’uranium.



Ce processus complexe nécessite la construction de milliers de centrifugeuses à haute vitesse, reliées en cascade par un réseau de canalisations devant fonctionner sans interruption pendant des mois voire des années.

L’Iran, qui est en train de développer cette technologie, a assuré à plusieurs reprises à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) que son objectif était de produire du combustible pour réacteur nucléaire à des fins strictement civiles. Mais les Etats-Unis et plusieurs de leurs alliés européens soupçonnent Téhéran d’ambitions militaires.

L’enrichissement de l’uranium est rendu nécessaire par le fait qu’un seul isotope de ce minerai est capable de fission nucléaire. Cette variété, l’uranium 235, est beaucoup rare dans la nature que le type dominant, l’uranium 238.

Enrichir l’uranium consiste à exploiter la légère différence de masse existant entre le type 235 et son cousin 238. Un procédé chimique purifie d’abord le minerai brut pour le transformer en gaz. Les centrifugeuses entrent alors en piste. Le gaz d’uranium est pris en charge par les rotors de ces cylindres métalliques, qui effectuent de 50.000 à 70.000 révolutions par minute. Parce qu’il est plus lourd, l’uranium 238 a tendance à flotter vers les bords de la chambre cylindrique, tandis que le 235 reste au centre.

La séparation entre les deux types n’est encore que partielle. Elle produit un gaz à peine plus riche en uranium 235, transféré dans un autre cylindre. L’opération va ainsi se répéter des milliers de fois dans une chaîne impliquant autant de centrifugeuses. Chaque étape augmente la proportion en uranium 235.

Parallèlement, le gaz resté en périphérie des centrifugeuses subit lui aussi des rotations car, même appauvri, il contient encore de l’uranium 235 en quantité intéressante.

Il peut s’écouler des années avant que l’enrichissement permette de produire un gaz suffisamment riche en uranium 235 pour être utilisé en combustible pour réacteur nucléaire ou pour servir à la fabrication d’une bombe. En début de processus, le gaz contient seulement 0,7% d’uranium 235. Cette proportion passera à 4% en cas d’utilisation dans une centrale électrique et à 90% si sa destination est militaire.

Il semblerait logique a priori d’autoriser l’Iran à raffiner l’uranium à hauteur de 4% pour lui permettre de l’utiliser à des fins civiles, comme Téhéran jure vouloir le faire. Reste que l’enrichissement n’est pas une opération linéaire : il est en effet plus complexe de passer de 0,7% à 4% d’uranium 235 que de 4% à 90%. Autrement dit, tout pays en mesure de produire du combustible pour usage civil peut sans difficulté en faire autant pour un programme d’armement nucléaire.

L’Iran disposerait d’un site pilote quasiment opérationnel comprenant un millier de centrifugeuses. Une installation plus vaste serait en construction dans un bunker conçu pour résister à des attaques aériennes. Les experts estiment que le premier site pourra produire suffisamment d’uranium 235 pour fabriquer une bombe dès 2009. Le second, une fois achevé, serait quant à lui capable d’enrichir suffisamment d’uranium 235 pour la fabrication de 25 à 30 armes nucléaires par an.

PAR MATT CRENSON


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