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22 Septembre 1980 : Début de la Guerre Iran-Irak
22.09.2005

Aujourd’hui de nombreux soi-disant observateurs politiques insistent encore sur une haine presque raciale entre Iraniens (qu’ils nomment perses) et les Arabes. En 1975, l’Iran du Shah et l’Irak ont signé l’Accord d’Alger. Cet accord très ambitieux était le résultat de la suprématie militaire iranienne et inaugura une ère nouvelle entre les deux pays.



Accord d’Alger

Le Shah poursuivant une politique de dissuasion avait formé l’armée la plus puissante du Moyen-Orient. Ayant été le garant de la sécurité de la région et appartenant au monde libre, son objectif était d’acquérir une certaine indépendance politique en prenant peu à peu et mesurement ses distances vis-à-vis des Etats-Unis. Sa première tentation dans ce sens était la normalisation de ses relations avec l’Irak (prosoviétique) en interrompant totalement tout soutien d’aide militaire à la rébellion kurde animée par les partisans de Barzani. En effet, le Shah avait constaté au début de l’année 1975 que la persistance de l’agitation d’une partie des Kurdes d’Irak commençait à avoir des répercussions au Kurdistan Iranien et il souhaitait y mettre un terme.

De son côté, le gouvernement de Bagdad entendait régler le problème kurde afin de pouvoir se consacrer entièrement aux questions du développement et moins dépendre de l’aide militaire soviétique.

À la suite de l’intervention du Président algérien, Houari Boumédien au cours du premier sommet de l’OPEP à Alger, le Shah rencontra le Vice-président irakien, Saddam Hussein, et un accord est conclu le 6 mars 1975 entre l’Iran et l’Irak.

L’accord prévoit que chacun des deux évitera toute ingérence dans les affaires intérieures de l’autre. Ils procéderont au règlement de leurs différents frontaliers tant terrestres que fluviaux et mettront fin à toutes les infiltrations subversives.

L’accord prévoit ensuite que la région devrait rester à l’abri de toute ingérence étrangère. Cela pourrait signifier que l’Iran prendra un peu plus ses distances à l’égard des Etats-Unis et l’Irak vis-à-vis de l’Union Soviétique. La portée de l’accord est très grande.

En acceptant de considérer que la frontière entre les deux pays passe par le Thalweg du Chatt al-arab, Saddam Hussein satisfait, et même au-delà les revendications de Téhéran. L’Iran n’envisageait guère en effet, au moins dans un premier temps ; l’existence d’un traité de navigation lui permettant d’utiliser la partie orientale du fleuve et laissant la souveraineté au voisin de l’Ouest. Tout indiquait que les intérêts de l’Irak et de l’Iran étaient désormais convergents. La période qui suivit l’accord d’Alger jusqu’à la révolution khomeiniste est un des rares moments où le gouvernement irakien entretint de bonnes relations avec l’Iran du Shah qui d’ailleurs se faisait respecter comme puissance régionale [1].

Sous le règne du Shah, l’Irak ne pouvait même pas avoir l’idée d’entrer en guerre avec l’Iran car selon les experts militaires dans le cas d’une éventuelle tentative de guerre de l’Irak contre l’Iran, l’aviation irakienne aurait été écrasée au sol par l’armée de l’air impériale avant même qu’elle puisse avoir le temps d’agir.

La révolution khomeiniste

En 1979, une république islamique s’installe en Iran avec l’aide d’administration Carter conformément à la doctrine de Brezinsky, le père de la ceinture verte qui voulait dessiner une barrière islamique aux frontières sud de la Russie soviétique : Turquie, Iran et Afghanistan allaient faire les frais des rêveries de ce Polonais américain, ennemi juré des soviets.

Exilé en Irak depuis les années 60, Khomeiny part pour la France où il y prépare sa révolution. Les autorités françaises de l’époque ne lui imposent aucune des restrictions légales qu’ils imposèrent par la suite aux démocrates laïques iraniens. Il rentre en Iran avec Air France, avion fourni par le gouvernement de la France. Le 11 Février 1979, Khomeiny proclame l’Iran république islamique et appelle les Irakiens à renverser le régime de Saddam Hussein dès 1980. Son objectif est de répandre le mouvement islamiste à travers tout le Proche-Orient. À partir de ce moment (islamisation de l’Iran) les relations avec l’Irak se détériorent.

D’autant plus que Khomeiny, épaulé par les Moudjahiddines du Peuple (Rajavi-Khiâbâni), les communistes prosoviétiques de Toudeh, les groupuscules islamo-gauchistes, les populistes islamistes (tendance Mossadegh) ont commencé l’œuvre de démolition de l’armée iranienne avec la bénédiction de Carter et Giscard d’Estaing. Cette armée, fierté de l’Iran, qui avait coûté des millions de dollars et refusait de livrer combat à ses voisins au nom de la dissuasion, allait disparaître à la plus grande satisfaction des USA et les lobbies des producteurs d’armes qui ne pouvaient tolérer un tel gâchis. Les armes sont faîtes pour livrer combat, se briser et être remplacées. La guerre Iran-Irak allait les satisfaire au-delà de toutes espérances.

Khomeiny avec sa politique d’agression, irrespectueuse du droit international, donne l’occasion au gouvernement irakien de commencer la guerre après la résiliation de l’Accord d’Alger sous prétexte que, « le gouvernement de la République Islamique se comporte contrairement à la morale et aux principes de relations cordiales ».

La révolution khomeiniste, la proclamation de la République Islamique en Iran et par la suite, la destruction et la décapitation totale de la hiérarchie militaire de l’armée impériale incitèrent Saddam d’entrer en guerre contre la nation iranienne. Nation déjà affaiblie par les saignées continues des bourreaux khomeinistes dans l’armée et le peuple. Ces massacres répétés et sanglants avaient donné à penser au chef de l’Etat Irakien qu’ils arriverait rapidement à ses fins.

La Guerre

Le 30 novembre 1979, le gouvernement irakien demande une révision de l’accord d’Alger, ce qui lui est refusé par le gouvernement des mollahs. En 1980, le régime baasiste de Bagdad prend l’initiative militaire : il veut récupérer le Chatt al-Arab et le Khouzestan iranien (région du sud où se trouvent les principaux champs pétroliers iraniens).

Par la suite le gouvernement Irakien insistait sur le fait que la guerre avait commencé le 4 Septembre 1980 et non le 22 et que le véritable agresseur est l’Iran. Les rapports du Ministère des affaires Etrangères irakienne précisaient que « pour la période allant de Juin à Septembre 1980, les Iraniens ont commis 187 violations frontalières et le 4 Septembre a marqué un tournant dangereux dans cette série de violations ». Cette thèse avait été inventée de toutes pièces, afin de ne pas payer des indemnités de guerre à l’Iran. Elle est sans aucun fondement et paraît absurde car des violations de ce genre sur les postes frontalières étaient devenues routinières de la part des deux pays après le chambardement du régime impérial.

Mais un rapport de l’Institut d’étude et de Recherche du Monde Arabe reconnaît la date 22 septembre : « les forces aériennes irakiennes effectuèrent le 22 septembre 1980 des raides sur dix bases militaires et aériennes situées à l’intérieur du territoire iranien. Et le journal Le Monde dans sa parution du 22 Septembre 1980 a fait une allusion à « une guerre non déclarée… ». De même, le Président Carter a constaté publiquement, pour la première fois le 15 Octobre 1980 que l’Irak est « le pays envahisseur » et répété que les Etats-Unis « s’opposaient à tout effort pour démanteler l’Iran ».

L’attaque des « objectifs militaires de l’ennemi en territoires iraniens » par les troupes de Saddam a été principalement motivée par l’affaiblissement de l’armée nationale iranienne. Après la révolution khomeiniste, tous les généraux avaient été passés par les armes dans les premières heures. Les listes avaient été communiquées par les Américains et les communistes. Tous les hauts gradés sont fusillés. Les casernes sont pillées. L’armée est démantelée et remplacée par les repris de justice qui (ont volé des uniformes des commandos) et des étudiants des écoles coraniques pour former les Gardiens de la Révolution. Armés, fanatiques, sans instructions militaires, ils sont parfaits pour faire régner la terreur dans les villes et arrêter « les ennemis de dieu » mais le régime irakien ne se trompe pas ils peuvent être balayés en quelques heures lors d’une offensive militaire.

Saddam Hussein, voyant que l’armée de l’Iran est décapitée par la révolution islamique, en profite pour déclencher la guerre, le 22 septembre 1980.

Les mollahs sont débordés, les pertes sont vertigineuses. Contrairement à ce que pensait Saddam Hussein, l’Iran offre une résistance surprenante, à commencer par les Arabes iraniens de Khouzestan qui défendent leur patrie à mains nues contre un ennemi impitoyable. Les villes sont prises, les femmes violées et décapitées. Une guerre totale s’engage pour l’Irakien qui veut anéantir l’Iran et effacer l’accord d’Alger, contraire à sa morale guerrière. Suite aux purges sanglantes du régime khomeiniste, cette puissante armée de l’air, « après quelques semaines de combat, démunie de toutes sortes d’appuis logistiques et de ses meilleurs pilotes » ne pouvait faire décoller que 20% de ses avions et l’Irak avait la maîtrise de l’espace aérien iranien.

La première période a connu trois phases : une guerre éclair (blitzkrieg), puis une phase de guerre de position et enfin une phase où les forces iraniennes ont repris l’initiative à partir du septembre 1981 et récupèrent progressivement les territoires occupés par l’Irak, avec notamment l’héroïque bataille de Khorramshahr en Mai 1982.

Les mollahs font appel à ce qu’il reste de la puissante armée iranienne et appelle la jeunesse à défendre la patrie. Ils iront nettoyer les champs de mine et en cas de refus, il y a parmi eux des Pasdarans qui doivent les inciter à se battre. Certains sont déguisés en Imam caché et galopent entre les tranchées pour appeler les plus croyants à se sacrifier. Ahmadinejad faisait partie de cette troupe de Mahdi.

Commence alors la seconde période, de cette guerre de huit ans, qui est beaucoup plus confuse. Cette période se caractérise par un front terrestre qui s’étend sur plus de 1000 Km : elle se caractérise par une alternance d’offensives iraniennes et de contre-offensives irakiennes.

Un des enjeux principaux de ces offensives et contre-offensives était la possession des îles Majnoon, région marécageuse et qui recèle d’importantes ressources pétrolières encore inexploitées. Alors que sur le front terrestre aucun des deux adversaires ne semble devoir réussir à faire basculer l’équilibre des forces en sa faveur, la guerre s’intensifie dans la zone maritime, surtout après Février 1984 et elle mérite de plus en plus le nom de la Guerre du Golfe.

Elle prend principalement la forme d’attaques des pétroliers, mais il y a eu également quelques combats aériens et le bombardement par l’aviation irakienne du champ pétrolier de Norouz, au Nord-Est de l’île de Kharg a provoqué une importante marée noire en Mars 1983. Le problème de la pollution du Golfe soulevé en 1983 a eu des conséquences très graves, mais si l’on quitte le théâtre maritime des hostilités, un autre problème, au moins aussi grave, sinon plus a fait son apparition en 1984 : l’utilisation des armes chimiques.

Dès Novembre 1983, les Iraniens se sont adressés à l’ONU accusant l’Irak d’avoir recours à des telles armes. Les experts de l’ONU ont conclu le 21 Mars 1984, que les Irakiens avaient largués des bombes contenant du gaz moutarde et du tabun qui figure parmi les agents chimiques les plus toxiques. La Grande-Bretagne, l’Italie et l’URSS furent mises en cause pour la vente des bombes chimiques aux Irakiens.

Si l’accusation concernant l’emploi d’armes chimiques visait l’Irak, en revanche c’est le régime des mollahs qui est soupçonné d’avoir eu recours à des enfants dans des combats. Les mollahs soutenaient que les enfants envoyés sur le front, étaient des volontaires (l’origine des bassidjis).

Sur le plan international, le conflit change certaines alliances établies depuis très longtemps au Proche-Orient. Les grandes puissances désignent la république islamique d’Iran comme une menace pour la collectivité des pays exportateurs de pétrole du golfe Persique, mais cette guerre est une aubaine pour leurs industries d’armements et tous approvisionnent à la fois l’Irak de Saddam Hussein et l’Iran de Khomeiny. Ce qu’ils n’auraient pu faire si les Américains n’avaient mis en œuvre cette révolution avec ces caractéristiques si contraires aux intérêts patriotiques. Paris et Moscou appuient Bagdad, en lui fournissant des armes, tandis que Washington et Tel-Aviv font de même pour la République islamique mais la France jouera sur les deux tableaux à partir de 1986 (affaire Eurodif).

La poursuite de la guerre est favorisée par le grand nombre d’armes obtenues avec l’argent de l’exploitation pétrolière, ainsi qu’avec l’aide de pays occidentaux qui fournissent secrètement des armes à l’Iran. À partir de 1982 et la reprise de Khorramshahr, Khomeiny décide de poursuivre le combat, et il refuse les propositions de cessez-le-feu et les innombrables médiations. En effet en 1982, l’Iran pouvait mettre fin au conflit car il avait vaincu et repoussé les Irakiens mais l’achat d’armes sur les marchés noirs et les commissions que touchaient les mollahs dans ces tractations incite le régime iranien à continuer la guerre. Rappelons que cette période avait été marquée par la première utilisation d’armes chimiques par les Irakiens. Les mollahs ont décidé de poursuivre la guerre afin de s’enrichir.

Des milliers et des milliers de jeunes sont envoyés sur le front où ils y trouveront la mort ou seront invalides à vie, gazés ou mutilés, pour remplir les poches des mollahs du sommet de la pyramide du pouvoir en Iran et, en 1988, l’armée irakienne reprend le dessus. Le 18 juillet, Khomeiny accepte le cessez le feu exigé par la résolution 598 du Conseil de Sécurité de l’ONU (20 juillet 1987). L’Iran a fini par perdre son avantage de l’année 1982 sur les Irakiens, épuisé militairement, il accepte le cessez-le-feu le 18 juillet 1988.

Khomeiny qui répétait que la guerre est une bénédiction dit accepter de boire le poison (faisant allusion à la fin des hostilités).

Le 15 août 1990, Saddam Hussein accepte de revenir à l’Accord d’Alger. Il libère les prisonniers de guerre (dans les faits des milliers sont encore en Irak) et quitte les territoires occupés. Le fleuron de la pétrochimie iranienne, la plus grande raffinerie du monde n’est plus, les belles villes iraniennes du sud sont rasées, leurs populations mortes ou vivant misérablement dans les banlieues des grandes villes, le central de Bouchehr a été bombardé, deux générations d’Iraniens sont laminées et des milliards de $ sont à jamais perdus pour les Iraniens. Cet argent qui aurait pu servir à l’Iran si les Américains n’avaient pas œuvré contre un patriote iranien pour le remplacer par un exalté sanguinaire. L’industrie iranienne est à genoux et doit désormais tout acheter à l’étranger. Le traité de paix est finalement signé le 20 août 1990. La guerre a renforcé Saddam et Khomeiny.

Au total, les dépenses militaires, pertes en produit intérieur brut et capitaux non investis, auraient dépassé 500 milliards de dollars pour les deux pays (300 milliards $ pour l’Iran).

Côté iranien, on peut estimer la perte en vies humaines à plus de 1 million et au moins 700 mille invalides ou gazés sans compter ceux qui ont tout perdu dans les régions bombardées.

Sans parler des familles des militaires morts au combat qui vivent sans pensions dans un pays où le pouvoir empêche les femmes de travailler pour les réduire à l’état d’esclaves. Ces millions de gens, eux au moins, sont contre le nucléaire et la guerre, mais parle-t-on d’eux ?

Aujourd’hui, 22 septembre 2005, est l’anniversaire de l’attaque de Saddam sur notre pays.

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Pour en savoir + :
- Iran : La stratégie pacifique de Bush
- (21 septembre 2007)

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- Source : Mémoire pour DEA d’Etudes Politiques :
- LA GUERRE IRAN-IRAK ET L’ONU
- M. Kamran Mohseni
- Université de Droit, d’Economie et de Sciences Sociales de Paris.
- Septembre 1986.
- Président du Jury : M. le Professeur M.R. DJALILI

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[1Ainsi l’aviation du Shah passait pour être l’une des plus perfectionnées du Proche-Orient : 255 F4D et F4E armés de missiles Sparow et SideWinder, 80 F14A Tomcat dotés de missiles Phoenix et des Bell 214 réservés à la lutte contre les blindés et l’héliportage d’assaut, un marché de 160 F16 à livrer.


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