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Iran : La semaine en images n°125
12.07.2010

Il y a deux ans en décembre 2008, après l’adoption des nouvelles sanctions bancaires américaines, Téhéran a commencé à manquer de devises. Le régime a alors annoncé une TVA imposant lourdement les Bazaris, les seuls à posséder des devises. Ces derniers avaient fait grève dans plusieurs grandes villes du pays. Le Bazar génère des centaines de milliers d’emplois, il y avait un risque d’apparition de mouvements sociaux incontrôlables susceptibles de renverser le pouvoir. Le régime avait alors abandonné sa TVA. Cette semaine, il a annoncé le retour d’une version plus musclée de cette TVA. L’annonce a immédiatement provoqué une grève générale aux Bazars de Téhéran, de Tabriz, de Machad… C’est un événement important : l’élément central de la semaine.



La genèse de la grève | Le 9 juin dernier, une nouvelle résolution onusienne a appelé les mollahs à suspendre leurs activités nucléaires. Ils ont rejeté la demande car ils ne peuvent pas accepter une offre paraphée par les Etats-Unis, protecteur d’Israël : cela les priverait du leadership de la rue musulmane (ou l’opinion publique musulmane). En réponse à ce refus, on a entendu parler d’un renforcement des sanctions américaines.

Téhéran est économiquement démuni pour résister à cette véritable guerre d’usure économique qui a commencé en 1997 par la loi d’Amato pénalisant les compagnies pétrolières qui invertissaient en Iran. Il a dans un premier temps opté pour une stratégie d’amplification délibérée de la crise afin que la peur d’une vraie guerre menaçant l’approvisionnement pétrolier mondial incite la communauté internationale à forcer les Américains à capituler. Cette méthode n’a rien donné car Washington a toujours esquivé les provocations tout en les utilisant par intermittence pour justifier ses nouvelles sanctions. Pour sortir de ce schéma pénalisant, Téhéran a trouvé une autre solution : ériger le très islamiste et anti-américain Moussavi en héros de la jeunesse pour donner une couleur de plébiscite populaire au rejet du dialogue. C’est le projet Mouvement Vert, en référence à la couleur de l’Islam cher à Moussavi.

Ce projet ingénieux a échoué car le peuple a profité de l’autorisation à manifester en faveur de Moussavi pour descendre dans la rue non pour défendre ce dernier, mais pour scander des slogans hostiles au régime ou encore chanter l’hymne national d’avant la révolution pour montrer son rejet de la révolution et de la république islamique. Le rêve s’est transformé en cauchemar. Moussavi a tombé le masque du candidat démocrate pour appeler le régime à mater le soulèvement. Le Mouvement Vert qui avait suivi ce mot d’ordre a perdu la face. Le peuple n’est plus jamais descendu dans la rue à ses appels.

En l’absence d’une déferlante verte, le régime a été obligé de renouer avec sa méthode de l’amplification délibérée de la crise (qui ne fonctionne pas) tout en cherchant des moyens d’attirer le peuple dans la rue sans quoi il ne peut pas faire valoir un plébiscite du candidat Moussavi. Son premier choix a été de proposer des slogans révolutionnaires visant Ahmadinejad et le Guide, mais pas le système lui-même. Le peuple n’a pas bougé. Par la suite, il s’est mis à pendre des vrais opposants peu avant les dates des manifestations du Mouvement Vert pour exploiter la colère du peuple. Sa dernière trouvaille semble être des actions pour mécontenter la population. Cela a commencé au moment de l’anniversaire du Mouvement Vert le 12 juin par des coupures d’électricité pendant les heures les plus chaudes quand sous une température de minium 40° le seul confort est le climatiseur extérieur, un engin bon marché très répandu en Iran. Il y a une semaine quand le Mouvement avait encore appelé à manifester en mémoire des victimes du soulèvement (tout est bon pour déplacer les gens), le régime avait envoyé ses miliciens arrêter les jeunes des quartiers pauvres dans des conditions très humiliantes.

Cette semaine, le Mouvement Vert avait encore appelé à manifester sur une vaste échelle le 9 juillet, à l’occasion de date des célèbres troubles estudiantins de 1999, le régime s’est lancé dans plusieurs opérations de mécontentement. Sur un fond d’interminables coupures de courant, il a annoncé une multiplication par 10 du prix du pain et par 8 du prix du carburant en septembre avant d’annoncer le retour immédiat de la TVA qui incommode les Bazaris.

La priorité étant à l’équipe B (Mouvement Vert), l’équipe A (des provocations) a été mise en vacances : Larijani, le nouvel homme fort du régime, qui avait été à la pointe des déclarations provocatrices s’est tu et Ahmadinejad, le poseur de conditions, s’est également tu. Le vendredi 9 juillet, le jour J pour le Mouvement Vert, il était attendu au Nigeria pour le sommet des D8, il a quitté le pays dès mardi pour une tournée africaine où il n’a guère parlé du nucléaire.

Acte 1 | Le coup d’envoi de la semaine des mécontentements a été donné dimanche, (2nd jour de la semaine en Iran) par une mesure très impopulaire : l’interdiction des coiffures fantaisistes, la seule joie des jeunes qu’ils soient riches ou pauvres. La mesure est d’autant plus délibérément injuste que les coiffeurs qui ont été mis en scène pour la démonstration ne respectent pas eux-mêmes la mesure.
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Acte 2 (lundi) | Le régime a annoncé le retour de la TVA qui fâche. Les Bazaris de Téhéran et de plusieurs autres villes dont Tabriz et Machad ont baissé les rideaux. Le régime aurait pu alors retirer la TVA pour mettre fin à la crise, mais il n’a rien fait. Aucun officiel n’a pris la parole.
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Acte 3 (lundi) | Le dépôt de cartons du Bazar de Machad a pris feu ainsi que le magasin d’une célèbre marque iranienne de chaussure de Téhéran (à Meydan Khorassan à 800 m du Bazar).
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Acte 5 (mardi) | Alors que la grève commençait à se répandre dans d’autres villes. Mahmoud a quitté le pays (en direction de Mali) avec l’air d’un homme qui n’aurait pas compris la gravité de la situation (photos 1 à 4). Il s’amusait en Afrique et ses petits camarades du régime étaient aux abonnés absents (grandes photos, cliquez pour agrandir).
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L’égyptien n’est pas un géant : c’est l’autre qui fait 1m45.


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Acte 6 (mardi) | Pour piquer la curiosité des gens, le régime a diffusé des fausses photos faisant état d’une suractivité au Bazar. Chacun sait que le bazar est un pilier du régime et il a été un des acteurs de la révolution en paralysant l’économie nationale du temps du Chah. Par des insinuations, on disait aux gens : le régime se disloque, son président est absent, c’est le moment d’agir ! L’action était possible car le Mouvement Vert qui appartient au régime ne disait rien pour récupérer cette action.
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Photo reprise sur le site d’Armin Arefi, le journaliste du Mouvement Vert à Paris


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Acte 7 (mardi) | Au même moment, le régime a diffusé sur le plan international des nouvelles faisant état d’une lapidation et de la pendaison d’un mineur. Il a ainsi occupé l’attention des médias occidentaux pour passer sous silence la grève, qui devait être le déclencheur d’une grosse manifestation et non un sujet d’actu car elle est en soi une preuve d’un rejet du régime. Or, Téhéran ne veut pas d’un rejet du régime comme le soulèvement populaire de l’été dernier, mais il veut une manifestation récupérable à la dernière minute.

Acte 8 (mercredi) | A la veille de la date de sa manifestation, le Mouvement Vert et ses sites étaient silencieux. Sur le net, les sites d’info non siglés Verts, mais habituellement chargés de la promotion du Mouvement Vert diffusaient des appels anonymes à manifester le 9 juillet mais sans aucune référence écrite ou visuelle à la couleur verte. Ces mêmes sites ont aussi évoqué le projet anonyme de couvrir le ciel de Téhéran avec des millions de ballons verts ! Toute la journée, des SMS anonymes ont invité les habitants de Téhéran à participer à l’opération Ciel Vert !
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Acte 9 (jeudi) | A la dernière minute, un groupe inédit, les Etudiants Verts de l’Iran, a appelé à manifester le 9 juillet en solidarité avec le Bazar !

Acte 10 (jour J : vendredi 9 juillet) | Nous n’avons pas d’image des rues bondées et de ce Ciel Vert car il ne s’est rien passé ! Les Iraniens qui pratiquent ce régime de mensonges depuis 30 ans ont encore posé un lapin au régime et son Mouvement Vert. De fait, le régime n’a non seulement pas obtenu le plébiscite pour Moussavi le messager du refus de dialogue, mais il s’est retrouvé avec une grève sur les bras comme il s’était retrouvé en difficulté avec le soulèvement des Iraniens en juin dernier.

Gestion de crise 1 | Pour masquer la grève, Téhéran a annoncé des fermetures prolongées des administrations pour cause de grande chaleur. Il a inclus le Bazar dans ses vacances forcées alors que les souks sont l’endroit le plus frais des villes.

Gestion de crise 2 | Marche arrière forcée. Finies les fâcheries simulées entre les dirigeants. La meute s’est reformée. Le régime a annoncé une rencontre entre le Guide et tous les responsables du régime à tous les niveaux : le gouvernement (Ahmadinejad -bien moins souriant qu’au Mali-), le Parlement (Ali Larijani), le Conseil de Discernement (Rafsandjani), le ministre de la justice (Sadegh Larijani) et tous les miliciens aux commandes de la sécurité ainsi que journalistes étrangers (en fond de salle, ils portent des cravates). Dans son discours, le Guide a parlé de l’unité qui a permis au régime de durer. Il a demandé à ses troupes d’être fières car aujourd’hui cette unité était intacte. C’est un message aux Bazaris : qu’ils ne se mettent pas à rêver de devenir un contre-pouvoir. Le Guide a été rassurant et souriant, mais ses amis derrière lui sur le podium et dans la salle étaient peu souriants et bien pensifs (grandes photos, cliquez pour agrandir).
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3 membres déprimés du Conseil de Discernement : Firouzabadi, Rowhani et Rezaï.


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Gestion de crise 3 | Le régime est revenu à sa méthode de fond : l’amplification de la crise. Ahmadinejad a reparlé de sa première condition pour la reprise du dialogue, la condamnation de l’arsenal atomique israélien par les Etats-Unis. Téhéran a aussi annoncé qu’il avait augmenté ses réserves en uranium enrichi à 20%.