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Iran : La semaine en images n°123
27.06.2010

la terre a enfin bougé en Iran | Depuis près d’un an, l’actualité politique iranienne est focalisée sur le Mouvement Vert et ses dirigeants Moussavi et Karroubi qui prônent un retour aux valeurs fondamentales de la révolution islamique, c’est-à-dire le refus de tout compromis avec l’Occident. Il n’y a là rien d’étonnant : les deux hommes sont membres à vie du Conseil de Discernement, une sorte de conseil d’administration plénipotentiaire qui depuis 22 ans décide de l’ensemble des politiques du régime sous la direction de Rafsandjani. Ce dernier qui est vu comme le véritable patron du régime a d’ailleurs soutenu le Mouvement Vert (on pense qu’il en a été l’architecte). Ainsi au travers de cette imitation de révolution de couleur, le régime espérait que ce mouvement hostile au dialogue obtiendrait le soutien d’Obama : logiquement, le président américain n’aurait alors pas pu continuer ses sanctions devant leur refus de négocier. Mais ce projet a été un double échec. Tout d’abord, les Iraniens, qui connaissaient Moussavi, Karroubi et Rafsandjani, n’ont pas adhéré à cette révolution de couleur, mais ils ont profité de l’occasion pour contester le régime. Parallèlement, Washington, qui a besoin de ses sanctions pour forcer les mollahs à devenir ses alliés régionaux, n’a pas marché, mais il a profité de l’occasion pour incruster ses pions dans le processus pour prendre la direction de l’opposition la plus démocratique du régime, s’offrant l’option de prendre le pouvoir de l’intérieur pour mettre les mollahs à son service ! Pour restaurer sa mainmise sur son projet, le régime a essayé d’attirer les Iraniens dans les rues sous la bannière verte par des slogans hostiles à Khamenei : il a provoqué la colère des grands ayatollahs, sans parvenir à duper les Iraniens. En désespoir de cause, la semaine dernière, le Mouvement Vert a tenté d’attirer les Iraniens dans les rues en appelant à une mobilisation en mémoire des victimes du soulèvement anti-régime de l’année dernière. Personne ne s’est déplacé. Ce boycott a achevé tous les espoirs des responsables du Mouvement Vert. Dans le même temps, les pions de Washington ont encore une fois occupé le terrain médiatique pour revendiquer la direction du Mouvement Vert. Moussavi a publié une lettre d’information pour rappeler son attachement au système. La lettre a été boycottée par les médias américains. Cela ne pouvait pas être sans conséquence : cette semaine, Rafsandjani a officiellement fait part de son intention de se retirer de la vie politique.

C’est l’info de la semaine. Toutes les images importantes de la semaine s’y rapportent.



Aussi incroyable que cela puisse paraître, l’annonce de la retraite anticipée de Rafsandjani n’a eu aucun écho en Occident. Cela montre le degré d’ignorance des soi-disant experts occidentaux qui interviennent régulièrement dans les médias. Cette retraite est cependant de la première importance car Rafsandjani concentre entre ses mains l’ensemble des manettes du pouvoir, il est la clef de voûte du système. Il contrôle également plusieurs secteurs économiques convoités par d’autres responsables du régime : l’agriculture, plats préparés (Mahan), les produits laitiers, l’automobile (Saïpa), le pétrole (IOEC), le tourisme (Mahan), le cuivre…

Chacun espère arracher sa part de ce conglomérat politico-financier : les jeunes loups du régime, mais aussi ses collègues du Conseil de Discernement. Mais ces derniers savent également que ces luttes internes pourraient nuire à leur groupe puis au régime. C’est pourquoi il semblerait qu’ils aient décidé en interne de désigner le successeur de Rafsandjani. Ce choix semble être Ali Larijani, ancien Pasdaran, fils de l’ayatollah Amoli-Larijani, gendre de l’ayatollah Mottahari (éliminé par Rafsandjani en 1980). Ce choix était presque incontournable pour plusieurs raisons.

les atouts de Larijani | Tout d’abord parce qu’il a été le premier responsable des médias du Hezbollah en charge de la propagande palestinienne du régime en arabe, langue qu’il maîtrise et aussi parce qu’il a été le premier négociateur pour le nucléaire avec les Six, il est donc parfaitement au courant des deux dossiers urgents du régime.

Le second point qui a joué en sa faveur sont ses origines et ses liens familiaux appréciés des grands ayatollahs car il est non seulement fils ou gendre de célèbres ayatollahs, mais de plus, son propre frère, actuel chef du système judicaire du régime, est un jeune ayatollah qui monte et sa sœur a épousé le fils d’un ayatollah dont la famille a fondé le clergé chiite iranien. Il a un solide réseau derrière lui dans lequel il faut inclure Mohammad-Reza Bahonar, un puissant membre du Conseil de Discernement qui fait la pluie et le beau temps au Parlement du régime.

Il n’existe pas de déclaration officielle évoquant cette succession, mais des images : celles de la visite surprise de Farouk Charaa, le vice-président syrien, reçu d’abord par Larijani radieux avant même qu’il ne rencontre Ahmadinejad dans une ambiance moins flamboyante.
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Ces photos valent une annonce officielle car on n’a pas respecté le protocole. En effet, en raison de l’existence d’une double hiérarchie avec d’une part le président et le guide qui n’ont pas de réels pouvoirs et le Conseil de Discernement qui a tous les pouvoirs, chaque visiteur qui vient en Iran doit rencontrer le président, le Guide, puis le chef du Conseil de Discernement. Le point intéressant est que cette fois, le visiteur venu de chez le principal allié du régime, la Syrie, n’a rendu aucune visite à Rafsandjani ! Il a aussi rencontré Larijani en premier alors qu’en tant que président du Parlement, il a droit à une rencontre en quatrième position ! Une page est tournée.

la revanche de 2008 | Cette transition entre Rafsandjani et Larijani coïncide avec une singulière polémique financière et fort médiatique impliquant les deux hommes, affaire qui annonce une autre transition et une retraite difficile pour Rafsandjani.

Cela concerne l’avenir de Dâneshgâh Azâd Eslami, ou l’Université Libre Islamique, institution privée qui chapeaute des centaines de petites universités locales ou école de commerces à travers le pays. Cette institution a été créée en 1983 par un certain Jassebi grâce à un don de 10 millions de dollars octroyé par le ministère de l’intérieur alors dirigé par Rafsandjani qui en tant que demi-frère de Khomeiny avait des pouvoirs illimités. Ce ministre généreux avec l’argent public s’est retrouvé par hasard aux commandes de cette institution privée en tant que membre du Conseil d’administration. Moussavi et Khamenei siégeaient aussi dans ce conseil, mais selon Jassebi qui depuis la création de cette université joue le rôle de son DG, le véritable patron a toujours été Rafsandjani car il avait été le seul à avoir misé de l’argent. En septembre 2009, le Conseil d’administration de l’université, c’est-à-dire Rafsandjani a fait don des avoirs de cette entreprise créée par des fonds publics à la communauté publique selon les règles d’un contrat islamique nommé Waghf. Le mot signifie « arrêté » ou « placé » : on Waghf (« on place ») un bien pour une certaine durée au profit d’une fondation sociale ou pieuse. Le contrat stipule que les intérêts du bien placé vont à la fondation bénéficiaire, mais que le bien reste la propriété du donateur.

Or, depuis une semaine, les étudiants de cette université signalent bruyamment que Rafsandjani n’avait pas le droit de léguer ces avoirs estimés à 140 milliards de dollars selon le taux de change préférentiel du régime ou 20 milliards de dollars selon le taux réel du rial iranien car selon la Charia, en tant qu’administrateur, il n’en était pas le propriétaire ! Ils manifestent tous les jours devant le Parlement islamique (présidé par Larijani) en affirmant que Rafsandjani, le comploteur Vert, a légué ces avoirs pour une certaine durée afin de se les approprier légalement dans le but de tout reprendre grâce à un don ultérieur à ses enfants.

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Et pourquoi donc ces étudiants manifestent-ils devant le Parlement ? Parce que certains Parlementaires proches de Larijani ont eu la lumineuse idée d’adopter une loi pour donner un cadre légal à ce don contraire aux lois !

C’est un coup terrible pour Rafsandjani car il est à présent accusé publiquement dans les rues d’avoir enfreint la loi de la république islamique et la loi divine pour voler. Les manifestants affirment qu’en léguant ses biens mal acquis à ses fils qui vivent désormais à Londres, il veut enrichir les impies. Il pourrait se voir confisquer tous ses biens qui ont un statut flou comme les terres acquises via l’Université Libre Islamique, biens que le nouvel homme fort du régime peut récupérer en s’appropriant les institutions politiques qui les possèdent réellement. Dans le cas des avoirs fonciers de l’Université Libre, Larijani peut y avoir droit en tant qu’administrateur du Conseil de la révolution culturelle en charge des universités, mais aussi par l’intermédiaire de son frère Fazel Larijani, chargé de la gestion des avoirs à l’étranger de l’Université Libre. Etrangement, cet autre Larijani n’est jamais cité par les étudiants polémistes !

Cette polémique parlementaire à géométrie variable est un coup de maître de Larijani. Le choix de l’attaque n’est pas un hasard : en 2008, Rafsandjani avait discrédité Ali Kordan, le 1er lieutenant de Larijani, par une polémique parlementaire.

A l’époque, Rafsandjani avait utilisé un certain Tavakkoli, le beau-frère de Larijani mais en froid avec ce dernier qui l’avait privé de la présidence d’une commission parlementaire, pour relancer et envenimer les débats à propos de Kordan. En réponse, cette semaine, Larijani a chargé ce même Tavakkoli de relancer sans cesse le débat sur l’inopportunité de cette loi pour ne pas laisser la polémique cesser.

De fait, on peut qualifier d’image de la semaine, la photo prise de Larijani et son nouveau lieutenant Bahonar à l’instant où les députés de leur camp ont adopté la loi qui a lancé cette polémique meurtrière.