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Iran : Lukoil, un cadeau empoisonné pour les Américains
25.03.2010

Depuis plusieurs mois, Washington n’a cessé de se plaindre d’un manque d’enthousiasme de la part de Moscou ou Pékin à sanctionner les mollahs. Pour le contredire, la Chine a baissé ses achats pétroliers en Iran et Moscou vient d’annoncer le gel des activités iraniennes de sa principale compagnie pétrolière : Loukoïl.



Loukoïl, le premier producteur pétrolier russe, qui a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 81,083 milliards de dollars et un bénéfice net de 7,011 milliards de dollars a annoncé le gel de ses activités sur le champ pétrolier iranien d’Anaran en raison d’une perte exceptionnelle de 63 millions de dollars due aux sanctions américaines.

L’info ressemble à un gag car le champ d’Anaran n’est pas encore en activité : en association avec le Norvégien Norsk Hydro, Loukoïl y faisait de la prospection depuis fin 2007 et avait initialement projeté d’y investir 3 milliards de dollars pour ces recherches, c’est-à-dire une enveloppe 47 fois supérieure à la soi-disant perte évoquée comme la raison de son retrait.

En l’absence de cette « perte », le retrait devient illogique. Ce n’est pas un mystère, mais une stratégie et la clef de sa compréhension est dans le profil de Lukoil, le premier groupe pétrolier privé russe.

En fait, il est erroné de présenter Lukoil comme une compagnie privée comme les autres car on retrouve au sein de son conseil d’administration uniquement les hommes de confiance de Poutine, des politiciens comme Igor Ivanov, mais aussi d’anciens ministres du pétrole ou encore des spécialistes issus de RITEK OJSC, agence d’innovation de l’industrie pétrolière russe. En fait, Lukoil est une entreprise d’Etat russe qui s’est donnée l’image d’un groupe privé pour pouvoir s’installer aux Etats-Unis ou ailleurs sans soulever d’inquiétudes. Avec ce profil et en l’absence de raisons économiques valables pour ce retrait, nous avons là un geste purement politique de l’Etat russe. Etant donné qu’on lui reproche des relations complaisantes avec Téhéran qui seraient un obstacle à des sanctions, l’Etat russe tente de prouver le contraire.

le club des ex-boucs émissaires | Cette tendance avait été inaugurée par la Grande-Bretagne dont les compagnies Vitol, BP, Trafigura, Glencore et Shell, principaux fournisseurs d’essence à l’Iran, accusées par Washington d’être du côté des mollahs se sont presque simultanément retirées du marché iranien. Ce retrait avait de facto placé l’Iran sous un embargo partiel et ainsi ouvert la voie à un embargo plus important car les Américains possèdent 1/3 de Total, un autre fournisseur d’essence à l’Iran. Mais Washington n’avait rien entrepris en ce sens. De fait, en se retirant du marché iranien, les Britanniques ont prouvé que le principal obstacle à de nouvelles sanctions était Washington. En effet, ce dernier a toujours utilisé les sanctions pour forcer les mollahs à devenir ses alliés régionaux, ce qui lui interdit le recours à des sanctions trop fortes susceptibles de les renverser.

Dans ce contexte très particulier, pour ne pas se laisser embarquer dans une escalade de sanctions, les Etats-Unis avaient boycotté politiquement et médiatiquement l’embargo partiel de la Grande-Bretagne. Cette dernière, n°1 mondial du marché pétrolier depuis 1908, avait continué à imaginer différents stratagèmes pour les engager dans une escalade vis-à-vis de Téhéran pour empêcher leur entente qui la privera de sa place du n°1 mondial du pétrole convoitée par les Américains depuis les années 30. Face à ces actions malicieuses de Londres, Washington avait choisi le dédain, évitant ainsi toute escalade afin de continuer sa guerre d’usure qui épuise les mollahs à petit feu et lui assure une victoire certaine car le temps travaille pour lui.

la Chine | Il y a deux jours, la Grande-Bretagne (qui fait preuve d’une belle pugnacité) révélait que la Chine, également accusée par Washington de complaisance envers les mollahs, avait rejoint en quelque sorte son camp d’ex-bouc émissaire en cessant presque ses importations iraniennes !

Très agacé par cette annonce, Washington avait encore une fois évité tout commentaire politique pour éviter toute polémique. Son énervement doit être à son comble car avec l’annonce de Lukoil, il ne se retrouve pas avec un club élargi des ex-boucs émissaires, mais avec les 5 membres du Conseil de Sécurité de facto rangés derrière sa position officielle favorable à des sanctions plus fortes, voire douloureuses. Zut.

La Russie qui comme la Grande-Bretagne ou la Chine souffrira de l’entente irano-américaine vient de changer l’équation du mépris ! Elle a offert le quorum à ses deux autres camarades ouvrant ainsi la voie aux sanctions plus dures que Washington veut éviter.

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(bonus) vers la fin de la crise ? | A la veille de l’annonce empoisonnée de Lukoil, Vladimir Poutine était à Pékin pour renforcer les liens entre les deux pays. Son interlocuteur, Xi Jinping, le vice président chinois, a évoqué la nécessité pour les deux pays de bâtir ensemble un monde multipolaire. Le voici. Cela ne veut pas dire que nous sommes à la veille de la fin de la crise nucléaire iranienne grâce à des sanctions très fortes imposées de force à Washington par le trio atypique du club des ex-boucs émissaires révoltés, mais que nous sommes à la veille d’une nouvelle guerre froide sino-russo-américaine en parallèle avec la guerre anglo-américaine pour le leadership du marché pétrolier mondial.


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| Mots Clefs | Enjeux : Alliances Régionales d’ordre stratégique | Mots Clefs | Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : Grande-Bretagne |
| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : RUSSIE |
| Mots Clefs | Zone géopolitique / Sphère d’influence : Chine |

| Mots Clefs | Décideurs : Lavrov | Ivanov | Poutine | Medvedev |
| Mots Clefs | Enjeux : Sanctions (du Conseil de Sécurité) |

| Mots Clefs | Décideurs : OBAMA |
| Mots Clefs | Enjeux : Apaisement |