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Iran-élections : de Mossadegh à Ahmadinejad
18.12.2006

Hier comme aujourd’hui, un certain lobby occidental a toujours tenté de faire croire au monde qu’il existerait en Iran une forme de démocratie , les choix du régime et des personnalités, qu’ils plaisent ou non, ne seraient que le résultat du souhait du peuple iranien.



Hier, c’est-à-dire au temps « béni » du Docteur Mossadegh, on dit que le peuple iranien a porté au pouvoir son leader nationaliste, un homme élu démocratique qui fut renversé plus tard par le « méchant » Shah. Qu’en était-il réellement ?

Dans ces fins des années 1940, 80% de la population iranienne vivait dans les villages (extrapolation des recensements de 1936 et 1956). Les paysans étaient liés à la terre et subissaient dans les faits un régime de servage, régime qui ne fut aboli qu’en 1963 par le même « méchant Shah ».

Le « nationaliste Docteur Mossadegh », de son nom complet Mossadegh-ol-Saltaneh (Prince Qajar), était l’un des grands propriétaires terriens de l’Iran. Il pratiquait le servage et s’enrichissait comme ses confrères lors des famines des années 1910 (il avait alors 40 ans). Ces famines artificielles furent récurrentes tout au long de la deuxième moitié du XIXe siècle (sous les Qajar) et ne cessèrent qu’avec la prise du pouvoir par Reza Shah, un autre « méchant » (selon l’occident). Ces famines, entretenues artificiellement par les spéculateurs sur les céréales (dont le dernier roi Qajar, Ahmad Shah et le haut clergé), avaient réduit la population iranienne de moitié [1] et transformé un pays prospère en l’un des pays les plus pauvres et misérables de la planète.

Bien que disposant du droit de vote (accordé par la Constitution de 1906), les paysans ne votaient pas ou, quand ils votaient, ils votaient selon les instructions de leur Maître (le princes et le clergé). C’est ainsi que l’Assemblée Nationale Iranienne (le Majlès) était essentiellement composée de grands propriétaires terriens (princes ou mollahs), ennemis jurés des Pahlavis qu’ils considéraient comme gênants dans leur entreprise de mainmise sur les richesses de l’Iran.

Des 20% des habitants des villes, la moitié, c’est-à-dire les femmes, ne disposait pas du droit de vote. Elles n’ont obtenu ce droit qu’en 1963, privilège encore une fois accordé par le Shah contre l’alliance sacrée de la féodalité et du clergé (clergé qui était aussi un des plus importants propriétaires terriens en Iran).

Avant 1963 et les réformes du Shah, au final, seul 10% de la population (tout âge confondu) était en mesure de voter, et encore, la participation n’était pas si élevée qu’on pourrait l’imaginer.

En 1951, Mossadegh, « notre leader nationaliste », qui partageait ce très maigre électorat entre les communistes, les partisans des Pahlavis et les autres tendances politiques, n’était représentatif tout au plus que de 3% des iraniens. Dans ce contexte, parler de démocratie serait abusif.

Bien que la structure sociologique de l’Iran d’aujourd’hui soit très différente, le même phénomène persiste, à savoir la non signification des résultats électoraux. Certes, la paysannerie ne représente plus 80% mais 20% de la population, par ailleurs elle est propriétaire de sa terre (grâce au Shah qui a aboli la féodalité et le servage). Certes cette paysannerie est instruite (toujours grâce aux réformes combattues par le clergé) et dispose de tous les droits civiques, dans les textes et dans les faits. Il est vrai aussi que les femmes ont le droit de vote. Mais pour qui peut-on voter en Iran ?

Le lobby militaro-industriel occidental (qui possède la presse, du moins en France) est favorable au régime des Mollahs et utilise le prétexte des élections comme preuve d’une vie politique démocratique en Iran. A l’exception des journalistes qui souhaitent préserver leur emploi et les experts qui souhaitent rester dans les faveurs de ce lobby, des intellectuels renchérissent et perpétuent ainsi un malentendu sans être eux-mêmes les bénéficiaires directs de ce marché de dupes (à moins qu’ils soient tentés par une carrière dans la presse…). Mais peut-on parler de démocratie sans la liberté d’expression, sans la liberté de réunion, sans la liberté de création des partis politiques et sans la liberté de se porter candidat ?

Les Iraniens ne votent plus [2], et ceux qui votent le font pour que leur carnet d’identité soit dûment tamponné, ce qui leur évitera des ennuis ou des restrictions dans leurs diverses démarches administratives. Le tapage actuel autour des élections en Iran nous semble, dans ces conditions, obscène et mal placé.

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Les dernières élections en Iran :
- Iran : Des élections à effet cosmétique
- (18.12.2006)

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La Révolution Blanche 1963

Le 26 Janvier 1963, le Shah décide de faire approuver ses réformes par un référendum populaire, car le Parlement où dominait les seigneurs féodaux et les politiciens à leurs bottes ou proches du clergé ne l’auraient jamais voté. Les réformes allaient trancher les tentacules d’un système qui excluait toute réforme. Ce référendum, le Shah l’appela la Révolution Blanche, une révolution aux accents sociaux sans effusion de sang.

- 1) Abolition des rapports qui liaient le serf au propriétaire terrien,
- 2) Nationalisation des forêts dans l'ensemble du pays,
- 3) Vente des établissements industriels de l'État pour compenser les pertes que la réforme causerait aux propriétaires,
- 4) Amendement des lois électorales pour permettre l'affranchissement des femmes,
- 5) Approbation de la participation des travailleurs aux profits des entreprises,
- 6) Formation d'un corps d'instituteurs pour renforcer l'effort fait en faveur de l'instruction obligatoire des masses. La jeunesse instruite allait remplacer le mollah dans les villages et essayer de couper la superstition et l’obscurantisme à la racine. Des mesures simples et efficaces qui ont mis le feu à la poudre, l’été 1963 sous le commandement d’un obscure prêtre de 63 ans, Khomeiny.

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[1Cf. les travaux de Mme Homa Nategh sur les famines spéculatives et le rôle des dirigeants Qajar.

[2Les iraniens ne votent plus | Vendredi dernier, les agents du régime sillonnaient les rues des villages en autobus pour proposer aux badauds de voter en échange d’un billet de 10 dollars.