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Liban : L’Iran et le Hezbollah désavoués par les pays arabes
24.07.2006

Avec cette bataille entre Israël et la milice islamiste du Hezbollah nous venons d’assister à un fait rare, celui de voir les gouvernements arabes blâmer publiquement le Hezbollah, en démontrant au passage leur peur face au commanditaire principal du conflit qui n’est autre que la république islamique d’Iran.



L’Arabie Saoudite, forte du soutien de la Jordanie, de l’Égypte, des pays du Golfe mais aussi de l’autorité palestinienne, ont reproché publiquement au Hezbollah ses actes, actes jugés irresponsables, inadéquats, et inappropriés. Non que ces pays soient subitement devenus respectueux des droits d’Israël et de ses citoyens, puisqu’à n’en pas douter, lors de la réunion d’urgence de la ligue arabe au Caire, Israël sera aussi critiqué comme à l’accoutumé. En fait la peur des pays arabes est une peur de la politique expansionniste et impérialiste du régime des mollahs qui avance ses pions politico-religieux dans toute la région en soutenant tous les partis islamistes dans les pays arabo-musulmans.

Selon Saoud al-Fayçal [1], le ministre des affaires étrangères saoudien, les attaques du Hezbollah contre Israël sont inadmissibles car elles font retourner la région des années en arrière. Selon le ministre saoudien, ce retour en arrière est d’autant plus grave qu’à l’époque l’Iran était très affaibli suite à la guerre Iran-Irak alors qu’aujourd’hui ce pays est militairement suréquipé et sa capacité de nuisance s’est énormément accrue. Al Fayçal contribue à cette nuisance accrue et ce sentiment d’impunité à l’inaction de la communauté internationale sur le dossier nucléaire iranien. En d’autres termes et à l’image du ministre saoudien, les pays arabes savent bien que la république islamique a les coudées franches et que toute légitimité accordée au Hezbollah pourrait bien se solder pour eux par les mêmes attentats que dans le reste du monde.

C’est une première donc d’entendre de telles réactions du côté des grands pays arabes, surtout à un moment où les images du Liban sont diffusées sur toutes leurs chaînes de télévisions. Les opinions publiques arabes sont toujours promptes à défendre les attaques les plus inhumaines contre des juifs et elles assimilent Israël au diable, c’est pourquoi la volonté même de ces gouvernements d’aller à l’encontre de leurs opinions est inédite. Pour ces gouvernements, le diable est plus plausiblement incarné par l’Iran qui contrôle aujourd’hui le destin de l’Irak et de la Syrie. Pour les pays arabes et sunnites, le danger le plus important est de voir un Iran chiite se développer. D’ailleurs, dernièrement une campagne contre les conversions intra-islamiques a été mise en place dans le royaume saoudien. Les dirigeants Saoudiens craignent que populations les plus démunies (qui ne profitent pas des richesses du royaume) ne basculent dans le « chiisme ». Depuis, les sites anti-chiites se multiplient et on se demande parfois si aujourd’hui ce type d’apostasie ne serait pas plus dangereux que l’apostasie de quitter l’islam.

« Il existe une doctrine saoudienne qui déclare que la tutelle de Téhéran sur le Hezbollah est la source des problèmes, mais aussi un instrument politique dans les mains de la république islamique d’Iran contre les pays arabes », explique Abu Odeh, sociologue jordanien. « Cette doctrine pense qu’il ne faut pas jouer avec l’Iran qui suit sa propre stratégie en soutenant le Hezbollah contre les Israéliens ». De son côté, Hanna Siniora, analyste au centre de recherche et d’information israélo-palestinien, note que dans les forums de discussion sur Internet la position arabe anti Hezbollah est approuvée par les internautes : « pour la première fois de notre histoire, on a pu voir des critiques d’une attaque contre Israël venant de pays comme l’Égypte ou l’Arabie Saoudite ».

La volonté des gouvernements arabes de défier ouvertement l’opinion publique arabe qui est enragée face à la politique israélienne au Liban ou à Gaza est la preuve des risques auxquels les leaders arabes pensent avoir à faire face. « Qui tire les bénéfices de cette opération ? », se demande un très haut responsable d’un de ces pays arabes qui s’exprime néanmoins sous couvert de l’anonymat, « certainement ni les arabes et ni le processus de paix, mais définitivement l’Iran ! Même sans preuve matérielle de l’engagement iranien dans ce conflit, toute analyse approfondie conduit toujours à Téhéran. »

La confusion règne car les mollahs mènent l’opinion en animant le débat sur l’Irak, le conflit israélo-palestinien et la présence américaine en terre d’Islam. Longtemps les dirigeants arabes n’ont pas su quelle attitude adopter face à l’Iran, un pays musulman mais non-arabe. Ces dirigeants ont peur de l’influence iranienne sur les masses musulmanes. « Vous avez le Hezbollah qui est une minorité chiite contrôlée par Téhéran et l’Iran qui attise le feu contre les gouvernements arabes » , explique Riad Kahvadji, le directeur de l’institut d’analyse militaire pour le Golfe Persique et le Proche-Orient, « le processus de paix a échoué, les palestiniens se font tuer et rien n’est fait pour eux, et voilà qu’arrive le Hezbollah qui marque des points contre Israël ».

Depuis sa création en 1982, le Hezbollah a toujours été dépendant de l’aide financière et militaire des mollahs et il a aussi bénéficié du soutien logistique de la Syrie. Israël a dénoncé la fourniture d’armes sophistiquée par l’Iran au Hezbollah et la présence des gardiens de la révolution islamique qui les entraînent au Liban (300 permanents). Et avec un aplomb phénoménal, Assefi le ministre des affaires étrangères des mollahs a évoqué un simple soutien spirituel à la Syrie et au Liban. Personne ne le croira, que ce soit à Tel-Aviv et encore moins au Caire, à Ryad ou à Amman.

Aujourd’hui pour les pays arabes et c’est nouveau, avant Israël, l’ennemi est clairement désigné, c’est la république islamique des mollahs d’Iran. On peut même imaginer que discrètement certains pays arabes ne vont pas se gêner pour apporter leur aide aux israéliens, en partageant des renseignement qui pourront être fort utiles pour combattre ce régime terroriste et son antenne au Liban.

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[1George Bush reçoit dimanche le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud al-Fayçal, pour lui demander de faire pression sur la Syrie. L’administration américaine a rappelé son ambassadeur à Damas après l’assassinat de Rafic Hariri en février 2005 et ne souhaite pas avoir des contacts directs avec Damas comme l’exigent les Syriens. Selon le Washington Post, l’administration américaine espère que l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Égypte convaincront la Syrie, à majorité sunnite, de se rapprocher du reste du monde arabe et de s’éloigner du régime des mollahs chiites.